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Le feu crépite et Akoulène en approche ses pieds nus, les faisant danser tour à tour au bord des flammes pour se réchauffer en cette nuit froide du désert algérien (Hoggar). Il agrandit le cercle pour laisser s’asseoir celui qui vient se joindre au groupe et lui propose du thé. Pas trop froid ? La lumière vacillante éclaire son visage buriné par le soleil et le vent, façonné par un coeur plein de bonté. Ses yeux pétillent de malice alors qu’il pose des devinettes touarègues aux randonneurs européens dont il a la charge. C’est facile ! Devant le silence découragé de ses interlocuteurs, il donne la réponse, simple comme la vie en plein désert. J’ai rencontré cet homme à la fois simple et empreint d’une grande noblesse lors d’un pèlerinage sur les pas de Charles de Foucauld. Son chant résonne dans l’air pur des montagnes alors qu’il mène sa caravane, monté à dos de chameau. Il n’hésitera pas cependant à stopper tout ce monde au beau milieu d’un sentier perché à 2500m d’altitude pour s’informer de l’état des troupes, avant de reprendre la marche, de son pas à la fois paisible et alerte. Son attention est empreinte d’humour et de délicatesse. Il partage ainsi son temps entre son activité de chamelier et la prise en charge de groupes, tâche qu’il accomplit avec un dévouement qui s’exprime dans les actes les plus banals du quotidien et, je le sens très vite, dépasse largement le cadre de la légendaire hospitalité touarègue. Il suffit de le voir, après le rangement de toute l’intendance, aider encore les randonneurs à plier leur tente-igloo ; l’un d’entre eux est-il malade, il se montre d’une grande sollicitude. Un soir, même, après une longue journée de marche sous le soleil, il n’hésitera pas à repartir à dos de chameau à la tombée du jour pour rechercher un petit sac à dos oublié sur le lieu du déjeuner, parcourant de nuit, pendant six heures supplémentaires, les montagnes désertiques. Un geste qui m’a non seulement bouleversée mais aussi gênée puisque ce petit sac m’appartenait et que je savais qu’il ne recelait rien d’important ! Et tandis que, sur l’Assekrem à 2700m d’altitude en ce mois de janvier, nous achevons la visite de l’ermitage du père de Foucauld, nous retrouvons Akoulène, assis en tailleur, immobile. S’ennuyer, lui ? En voilà une idée… Il vit le présent. Sa profondeur, sa présence à l’autre, toute pleine d’humour, inspirent respect et affection tant chez les Touaregs que chez les Européens. Un petit frère de Jésus en mission depuis de longues années sur Tamanrasset ne me disait-il pas en plaisantant : « Dans le Hoggar, il y a l’Assekrem, et il y a saint Akoulène ! »



