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Une toute petite femme au large sourire nous ouvre la porte. Elle se tient droite et d’emblée, je remarque sa douceur et son humilité. Srivani est Sri-lankaise et travaille à des milliers de kilomètres des siens pour subvenir à leurs besoins. Elle astique méticuleusement, prend les poussières, prépare les repas d’une famille française vivant à Aman. Srivani s’occupe de cette maison comme si c’était la sienne ou comme si elle travaillait par amour, tout simplement.
Enfant unique d’un père catholique et d’une mère bouddhiste, cette petite perle a été marquée très jeune par la souffrance : son père meurt alors qu’elle a à peine dix ans. Sa maman, bonne cuisinière, gagne sa vie en concoctant de bons plats. « Je comprends d’où viennent tes talents de cuisinière ! » lui dis-je ; elle rit en plaçant sa main sur son visage, derrière laquelle me regardent ses grands yeux bruns pétillants de vie, un peu gênée de recevoir une fleur.
À quinze ans, elle rencontre l’homme de sa vie et se marie. C’était un mariage d’amour… Je voulais me marier à l’Église mais ne voulais pas faire de peine à maman, alors j’ai attendu. Son mari, chauffeur de taxi, a béni sa vie de deux beaux enfants. Elle veut le meilleur pour eux et quitte ceux qu’elle aime pour gagner plus et subvenir à ces nouveaux besoins. Elle me montre son petit album de photos et admet que le soir, en les regardant, des larmes coulent sur son visage. Un voile de tristesse transparaît pour disparaître en quelques secondes, la pudeur est là, le travail aussi. Son amour pour sa famille, son sens du sacrifice, sa simplicité à travailler sérieusement m’interpellent…
Après avoir payé les études de ses enfants, Srivani était retournée au pays. Deux ans plus tard, son mari a des problèmes de santé. Elle fait, à nouveau, ses valises : son travail paiera l’hôpital de celui qu’elle aime. Bouleversée par ce poids de souffrance, je laisse un peu tomber l’interview et lui propose de prier pour son mari et les siens qui sont si loin. Après un moment de prière vocale puis de silence, elle me dit : Dieu m’aime vraiment beaucoup, Il m’aime dans ce dont j’ai besoin. On pensait tous que mon mari allait mourir. J’ai dit à Jésus que je voulais revoir mon mari et Dieu a entendu mon cri, il va mieux.
Srivani prie alors pour moi, dans sa langue maternelle. Je découvre une intensité et une ferveur inouïes ! Sa volonté, telle une centrifugeuse, réunit tous ses sens et, de toute son âme, de toute sa force, elle prie. Sa foi déplace les montagnes, j’en suis sûre.



