/ RENCONTRER DIEU / Portrait / La douceur d’un bâtisseur

La douceur d’un bâtisseur

(Auteur: Fr. Bernard de Clairvaux  - Parution F&L n° 260 d’Avril 2007)

COMMANDEZ VOTRE HORS-SÉRIE

Malgré ses yeux d’ébène, le starets Dumitru possède un regard très clair. Il est responsable du monastère Saint-Nicolas à Cluj en Roumanie où naquirent au XVIIe siècle les premières icônes roumaines peintes sur verre. Saint Nicolas est vénéré dans tout le pays, précise ce père orthodoxe qui reste très secret quant à sa propre vie : Je me dois de respecter le secret du moine ! Disons que je suis venu au monastère après l’âge de 18 ans, dévoile-t-il simplement. Cet homme n’est pourtant pas en dehors de la réalité : Ma responsabilité est d’abord d’ordre spirituel pour donner la ligne de conduite d’une communauté de 25 moines, mais en parallèle, j’ai une responsabilité administrative avec beaucoup de réalités et un grand projet, souligne-t-il en arborant un large sourire. Il faut dire que le monastère est en pleine rénovation et qu’un centre y verra bientôt le jour : D’abord à but pastoral et catéchétique, le centre aura aussi une dimension œcuménique, dit-il avec une pointe de gravité dans la voix, car l’enjeu de ce centre semble important. Façonné par une vie quotidienne de huit heures de prière, huit heures de travail et huit heures de repos (ou d’activité personnelle), le père Dumitru n’élève jamais le ton. On sent chez lui un mélange de douceur et d’assurance, une maîtrise de soi, une grande attention, beaucoup de calme, mais il porte en lui un véritable bonheur qui se lit jusque sur les traits de son visage. Il “s’enflamme” malgré tout un peu quand il parle du pèlerinage de saint Nicolas qui a lieu au monastère tous les 15 août. C’est l’un des plus importants du pays : Il arrive alors plus de 300.000 pèlerins… et sur un an, plus d’un million ! L’un des plus grands poètes mystiques roumains, Ioan Alexandru, est enterré dans ce monastère qui est entouré de calvaires en bois blanc plantés de-ci, de-là, dans la nature. Quand on demande au starets ce qu’il aime lire ou quel verset biblique le porte le plus, il n’a pour réponse que ce magnifique constat : C’est difficile de répondre parce que chaque jour est important. Chaque jour demande quelque chose de spécial, chaque jour est différent et le centre de ma vie, c’est Jésus. Il s’arrête un instant et réfléchit en regardant légèrement vers le plafond, avant de poursuivre : Saint Paul était arrivé à dire : « Ce n’est pas moi qui vis, mais c’est Jésus qui vit en moi » ; c’est mon vœu le plus cher !…