Son regard bleu, rempli de bonté et de sagesse, me met tout de suite à l'aise. Abouna Shimeon est prêtre de l'Église syriaque. Cet homme de paix à la longue barbe, d'origine turque, a été marqué par son grand-père. " Il était une colonne à mes côtés, il m'enseignait la vie de Jésus, les Saintes Écritures, la vie des saints et des martyrs. " À 18 ans, il part pour le monastère de Safran. Son désir n'était pas de devenir moine mais de poursuivre ses études. Tous les soirs, après le dîner, moines et étudiants se retrouvent pour écouter la vie des saints. C'est une tradition dans ce monastère. Les désirs de son enfance font surface, désir de devenir comme eux. Shimeon part pour le monastère Saint-Gabriel et deviendra moine après son service militaire dans l'armée turque.
Après deux années passées en Suisse et en Hollande pour raisons de santé, il est envoyé à Jérusalem en 1980. Parlant de Jérusalem, il s'oublie et me raconte combien la situation est difficile, autant du côté des Israéliens que des Palestiniens. Il est censé enseigner à l'École syriaque, une école fermée depuis 1970. Il ne dit rien de son sort et parle de la difficulté de ceux qui l'entourent. Nous avons besoin de prier, de supplier notre Père du Ciel de nous faire à tous miséricorde et trouver un chemin de compréhension... Au moins stopper ce sang versé...
Avec ses sourcils en broussailles, l'homme de Dieu prend son temps. Le stress de la ville ne semble pas l'atteindre. Il porte toutes les contradictions de la Ville sainte dans ses mains pour les offrir au Père. Abouna reconnaît la grandeur et la beauté de son ministère de prêtre les larmes aux yeux : un ministère si saint et si lourd. Avec humilité, Abouna Shimeon sait combien ce ministère le dépasse. Avec humilité et foi, il est sûr que Dieu donne sa grâce aux cœurs brisés, et qu'il lui donne la force de se tenir devant l'autel pour ouvrir les portes du Ciel. Ses yeux pétillent, il s'enflamme et ne peut plus s'arrêter de parler du Paradis.



