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F&L : Vous aviez un désir particulier, petite ?
Anne Sigier : Ah oui, je voulais faire des études pour être sage-femme. Je viens d’une famille nombreuse de dix enfants, on était affineur de fromages. J’étais la troisième. J’ai aidé mon père au travail et donc ne pouvais pas réaliser ce rêve… Plus tard, j’ai retrouvé ce travail d’enfantement dans mon métier d’éditeur.
F&L : Comment êtes-vous devenue éditeur ?
Cela a été providentiel ! Je faisais de la catéchèse. On est venu me présenter une collection de Bible et j’en parlais autour de moi tant elle m’aidait lors de cette catéchèse. Un jour, un monsieur de Paris m’a téléphoné, me demandant si j’acceptais de me rendre au Canada pour parler de cette collection. Je suis donc partie trois fois trois semaines. Ensuite, on m’a proposé de venir au Canada. J’ai fait beaucoup de porte-à-porte puis j’ai ouvert une maison d’édition.
F&L : Une belle aventure alors ?
Oui mais au bout de trois ans, nous avons tout perdu ! Un matin, j’ai découvert mes collections de livres qui flottaient suite à une inondation. L’assureur a refusé de nous rembourser car c’était “act of God”. J’ai voulu partager cela à quelqu’un de ma famille et j’ai téléphoné à mon frère. Mon père était chez lui et il a décroché. Il ne voulait pas que je parte au Canada et nous étions en froid. Je lui ai tout raconté. Il m’a dit : « Je suis fier de ce que tu fais, on est avec toi, l’essentiel c’est votre vie de famille… Téléphone à ton patron, continue de travailler… » Quelques jours après, mon père est mort. Sans cette inondation, je n’aurais pas vécu ce rapprochement avec papa.
F&L : Quelle Providence...
Ce qui est providentiel est que cet échec est devenu un tremplin ! Mon fournisseur m’a dit : « Vous avez tout quitté pour nous, on ne vous a jamais remerciée, voici, c’est pour vous » – en me donnant une quantité de livres. Et quelques mois plus tard, l’assureur a retéléphoné pour me dire qu’il acceptait de revoir notre demande. Tout a pu être remboursé ! Avec cette somme, on a édité notre tout premier livre sur les psaumes. Dans les années 76-77, on commençait à lire la Bible. On a édité des Bibles que l’on donnait et cela a fait connaître le nom de la maison.
F&L : Éditer des livres religieux, ce n’est pas ce qu’il y a de plus rentable…
On a un créneau particulier, c’est vrai. Mais on pense toujours que cela peut apporter plus de vie, donner envie aux lecteurs de se mettre debout ! On reçoit des témoignages parfois bouleversants… Comme cette femme qui est venue me présenter sa fille dont elle n’a pas avorté suite à un livre, me disant : « Elle est belle, n’est-ce pas ? »
Dans la vie d’un éditeur, on se dit : « Ça vaut la peine » !
F&L : Et quel est le verset qui vous nourrit ?
Souvent, je pense à Isaïe 55 : « Ma parole qui sort de ma bouche ne me reviendra pas sans résultat, sans avoir accompli sa mission. » C’est ce que l’on essaye de mettre en pratique. J’aime beaucoup aussi quand Jésus dit à la Samaritaine : « Va, appelle ton mari et reviens ici » (Jn 4,16). Je trouve ça merveilleux, il la met dans sa réalité et dans sa vérité.
Cela m’impressionne de faire la vérité. C’est un peu cela que l’on fait dans notre métier, remettre les gens devant la réalité, les limites et la miséricorde qui vient tout remettre à neuf. Cette parole de Dieu m’a passionnée, cela vaut la peine de la faire connaître…
Biographie
Anne Sigier
1er voyage au Canada en août 1972
8 décembre 1972 : Déménagement avec 4 enfants
avril 1976 : Inondation de l’entrepôt
La librairie Anne Sigier à Québec est depuis 12 ans à la maison diocésaine




