- Dans la même rubrique
- Liste des articles.
- Guy Gilbert.
- Au mur.
- Au défi !.
- Lune de miel.
- Avortement.
Il est 17h, ce vendredi soir, et je m’apprête à rejoindre Nantes où demeurent mes parents. Soudain, je me rappelle les propos de maman : « François, tu apportes bien trop d’affaires inutiles pour le week-end, tu arrives toujours chargé comme un mulet !… » Cette fois, je suis décidé à frapper un grand coup, à n’emporter que le minimum, c’est-à-dire rien du tout. Mais tout d’un coup surgit l’interrogation : je ne me sépare jamais de mon livre des Heures qui me permet de suivre régulièrement l’office des Complies, celui que je préfère. Or je sais pertinemment que mes parents ne disposent pas d’un ouvrage équivalent, et je ne suis nullement prêt à en acheter un autre que je laisserais à Nantes.
Ainsi donc m’adressai-je au Seigneur avec le plus grand des culots : Tu sais combien je tiens à cette prière des Complies ; tu sais aussi combien je ferais plaisir à maman en arrivant sans rien à déballer, mais tu sais aussi surtout que je n’ai absolument pas les moyens de me procurer un autre exemplaire de cet ouvrage ; alors, je ne sais ce que tu peux inventer mais, demain soir à Nantes, je ne te prierai probablement pas avec la prière des Complies, à moins que… C’était là autant une provocation qu’une prière.
Deux heures après, je me retrouve en gare de Nantes, remontant à pied jusqu’au domicile de mes parents, ayant d’ailleurs complètement oublié mon "entretien" particulier avec le Seigneur ! J’arrive place Mellinet vers 20h alors que le jour tombe. Au lieu de la traverser tout droit, je ne sais pourquoi, je fais un écart sur la gauche, peut-être à cause du soleil et, après avoir passé la monumentale statue équestre du général Mellinet, mon attention est attirée par un livre de poche sur le sol. Je me dis : C’est sûrement un polar jeté par un lecteur assouvi. Curieux néanmoins, je me penche et saisis le livre ; quelle n’est pas ma surprise ! Il s’agit du bréviaire des laïcs en édition de poche, qui contient très précisément la prière des Complies…
J’avoue que les bras m’en tombent : Seigneur, vraiment, tu es vivant, doué d’un humour sans pareil pour me prendre à mon propre piège ! En effet, aujourd’hui, il ne m’est plus possible de trouver d’excuse à ne pas réciter cette prière de l’Église car comment oublier cette soirée où le Seigneur me répondit du tac au tac, trois heures après : « Tu vois, je t’ai entendu. »



