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Trahison et pardon

(Auteur : Cécile C. - Parution F&L n° 220 de Septembre 2003)

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Je suis partie avec un ami en vacances au Maroc. Après avoir visité Marrakech, nous avons décidé de prendre la direction des montagnes de l’Atlas. Ce matin-là, nous prenions un petit dèj pic-nic sur une place. Il y avait un homme avec un bonnet bleu marine sur la tête. Visiblement, il nous observait. Il s’est alors rapproché de nous et nous a proposé d’être notre guide dans la montagne. Le contrat était clair :

1. Nous n’avions pas beaucoup d’argent pour le rémunérer.

2. Avant de faire quoique ce soit, nous voulions prendre une heure de silence et de prière chaque matin.

 

Amitié, complicité


Nous avons pris la route. Il était très causant, nous recherchions le silence. Très vite, il nous a dit que nous n’étions pas des touristes habituels. Il était manifestement impressionné de nous voir prier chacun à l’écart. Il était épaté de remarquer que nous n’étions pas des "petits amis" et que nous ne couchions pas ensemble.

Il a voulu alors nous montrer ce qu’était la prière pour lui. Nous les cathos, nous n’avions pas le monopole ! Une amitié s’est tissée. Lui était fier de nous présenter, de dire que nous n’étions pas des touristes mais des priants ! Il nous a fait prier dans une mosquée sans oublier de me faire expérimenter l’âne du fils de l’imam du village ! Tout le village nous regardait avec des éclats de rire car j’étais agrippée comme je pouvais sur cet animal si peu confortable.

De retour en ville, la tête remplie de visages et de souvenirs, nous nous sommes revus. Cette expérience dans la montagne avec lui avait été très forte et intense, au rythme de nos prières, de la découverte de nos différences, du respect de chacun. Il nous a invité à manger chez des amis. Nous sommes alors allés au souk. Il nous a alors proposé d’acheter lui-même les petits cadeaux que nous voulions offrir. Il a pris notre argent, et puis, il a disparu ! Pour moi, c’était très douloureux. Bien sûr je m’étais faite avoir comme une “bleue” mais c’était un ami ! On a décidé d’aller au bout de cette histoire. Au commissariat, on a porté plainte. De retour dans notre petit hôtel, dégotté dans le guide du routard, on a prié. Moi, j’en avais ras-le-bol. Je ne supportais plus rien. Tous les marocains m’exaspéraient. J’avais l’impression d’être une pompe à fric, c’est tout. Enfermé dans la chambre, on a prié.

 

Aucune rancune


De retour chez moi, j’avais beaucoup de choses à raconter ! L’expérience de ce voyage était forte. Chez des amis, après avoir raconté cette histoire, la mère de famille m’a dit combien elle était étonnée d’entendre que je n’en voulais pas à notre ami Larbi. Tu as fait une des plus belles expériences de l’Esprit Saint, m’a-t-elle dit : l’amour des ennemis. Un voile est tombé. J’ai réalisé à ce moment-là qu’effectivement, je n’avais en moi aucune rancune, amertume en pensant à notre guide. Je lui trouvais des excuses et il en avait vraiment ! Finalement, ce guide n’avait pas été payé très cher même avec ce qu’il avait piqué.

J’ai compris que la fidélité à cette heure de silence que nous prenions chaque matin avait été le ciment, la racine pour accueillir le don de l’Esprit : la Charité.

 

 

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