Je purge une peine de prison à vie ici à l’Île Maurice. Si je devais vous expliquer les raisons de cette lourde sentence, cette feuille de papier ne suffirait pas à contenir tout ce que j’aurais à dire, et ce n’est pas la raison de cette lettre. Je veux plutôt partager l’amour de Dieu que je respire à chaque instant même si je me trouve dans ce lieu d’angoisse et de détresse, loin de ma famille et de tous ceux que j’aime.
J’étais un élève des prêtres jésuites dès mon jeune âge, jusqu’à l’obtention de mon bac en 1992, et après cinq ans j’ai reçu comme diplôme de doctorat une peine de prison à vie à l’âge de vingt-quatre ans. C’est mon premier délit et ma première condamnation, j’avais un casier judiciaire vierge. Pourtant, parmi ceux qui ont commis le même type de délit que moi, personne n’a reçu une telle sentence, même si certains sont des récidivistes notoires ou des pros, le maximum pour eux c’est sept ans, six ans, etc.
Parfois je me demande : Qu’ai-je fait de plus que ces gens-là ? Suis-je dangereux à ce point pour mériter une telle condamnation ? et ainsi de suite…
Petit à petit, le Bon Dieu m’a donné les réponses que je cherchais ; pas de la façon dont moi j’aurais répondu, mais des réponses plus merveilleuses. En effet, en répondant moi-même à mes questions, je me suis rendu compte que mes réponses n’étaient que le fruit de mon orgueil, par exemple : C’est parce que tu as refusé de dire My Lord à la juge quand on t’a demandé de t’adresser à elle de cette façon, ou bien : C’est parce que la juge est musulmane, etc.
J’ai réalisé que tout cela n’avait aucun sens car Dieu voulait me montrer autre chose. Il voulait que je retrouve le chemin que mes éducateurs m’avaient montré, car ma vie avant la prison était une vie de désordre, une barque sans destination. Je ne me souciais de rien, je ne pensais qu’à moi-même, à l’argent, à me divertir ; et j’ai oublié sans m’en rendre compte que ma vie n’était plus la mienne.
Pendant tout ce temps, Dieu regardait tous mes gestes, mes paroles, mes façons d’agir, car en ces temps là j’ai montré à tous ceux qui m’entouraient que c’était moi le plus malin, le plus intelligent, le plus fort, et lorsque je parlais on devait m’écouter. Ce que je ne savais pas, c’était que ces gens-là faisaient semblant de m’écouter, et je réalise maintenant que lorsque vous voulez qu’on vous écoute pour de vrai, personne ne vous entend plus, et c’est à ce moment-là que vous cherchez Celui, le Seul et unique qui avait envie que vous lui adressiez la parole, et cette personne-là c’est Dieu.
Les gens ont choisi de libérer Barrabas et ils ont condamné Jésus, mais c’était la façon dont Dieu voulait sauver le monde. Si maintenant les autres partent avec des peines plus légères et que la mienne est lourde, c’est pour sauver ma vie qui allait à la dérive. J’ai réalisé que le sentiment du péché ne doit pas nous accabler ni nous anéantir, mais nous donner une volonté énergique de rénovation ; car je sens le pardon de Dieu qui est créateur et qui fait de celui qui était pécheur une nouvelle création.
Sainte Thérèse m’a beaucoup aidé par ces mots : « Dieu seul suffit ». Souvent j’ai envie de montrer à tous les jeunes que la vie sans Dieu, la vie sans foi n’est pas une vie ; je me sens maintenant comme si j’étais ressuscité d’une vie sans vie à une vie de grâce. Cela ne veut pas dire que j’ai appris à aimer la prison, mais il est difficile de vous décrire ce que Dieu apporte dans ma vie. Même ma famille, je sens qu’elle nage dans cet amour inépuisable. J’ai envie de continuer à vous raconter tout ce que j’ai vécu ici, mais ce sont juste ces deux feuilles qui me sont autorisées. Je prie pour vous et pour votre mission.




