Businessman le jour, adorateur la nuit
(Auteur : Propos recueillis par Cécile Pointeau - Parution F&L n° 238 d'Avril 2005)
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À mon retour en France (après plusieurs années passées aux Etats-Unis et en Asie), en 1998, j’ai rejoint le siège Europe d’un grand groupe américain. J’allais régulièrement adorer, la nuit, seul, à la basilique Montmartre. Un soir, là haut, après avoir reçu le sacrement de réconciliation, un prêtre m’a demandé : Que faites-vous pour les pauvres ?
Les longues journées de travail que je passais avec mes nouveaux collègues créèrent rapidement des liens forts. Ils me partageaient leurs projets, mais également et souvent leurs détresses, voire leurs angoisses, face à une vie apparemment confortable et bien établie. Dans ces drames invisibles et ces vies parfois orphelines de sens, je voulais espérer celle de Zachée. Il avait accepté, lui, de se laisser transformer par la Vérité. Pourquoi pas nous ? C’est fort de cette intuition que j’ai invité quelques uns de mes associés et amis à faire ce pas vers le Christ, la nuit, à Montmartre.
Nous sommes tous petits, mais façonnés à la grandeur et à l’image de Dieu. L’Eucharistie est une source et un lieu de rencontre privilégié pour les pauvres que nous sommes. « Que faites-vous pour les pauvres ? » Je n’ai rien "fait". J’ai proposé une Présence, une Rencontre avec le Christ.
Les premières fois, ce rendez-vous mensuel fut introduit par un enseignement spécifique sur l’Eucharistie, puis, plus tard, par des témoignages mettant en relief les terrains de mission des chrétiens dans la société. J’ai invité pour ce faire de prestigieux aînés : le cardinal Lustiger, sœur Emmanuelle du Caire, le père Ceyrac, Nicolas Buttet et bien d’autres. Ils sont venus nous exhorter à espérer l’évangile dans les vies du monde moderne. Les Semeurs d’Espérance étaient nés.
« L’esprit qui médite cède la place au cœur qui aime » nous dit Saint-François de Sales. En nous fondant dans le mystère eucharistique, le groupe que nous formions acceptait petit à petit la logique de la Croix et du service à l’autre. Le Christ qui se fait prisonnier du Saint Sacrement se faisait prisonnier de notre cœur invité à aimer en Son nom.
Fort de cet appel, nous avons imaginé une démarche de compassion auprès de personnes marginalisées et sans-abri, le soir, dans différentes gares parisiennes. Nous tentons de leur offrir l’amitié à la manière du Petit Prince. Nous les invitons également à découvrir l’Amitié de Dieu, patiente, discrète, aussi grande que silencieuse, semblable à cette hostie posée sur l’autel.
À la suite de cette Rencontre, certains amis de la rue, comme Yves ou Régis, ont retrouvé un cœur, eux qui n’osaient plus aimer, et aussi un travail et un logement. On comprend néanmoins que notre démarche n’est pas en premier lieu d’œuvre sociale, mais d’œuvre mystique puisque nous proposons un "Rendez-vous" où peut se révéler le Mystère.
Notre aptitude à rencontrer notre frère ne réside pas tant dans notre capacité à l’appréhender dans sa psychologie, que dans le lien qui nous unis à Jésus. Comme le Christ, le pauvre me révèle à moi-même. Il est un "sacrement". Il est manifestation d’un Autre. Il est signe visible d’une présence et d’une grâce invisible.
C'est en nous inspirant de la tendresse de la Sainte Vierge, en méditant le chapelet, que nous nous préparons à accueillir nos amis. Marie a porté l’Espérance du monde jusqu’à la Résurrection. Elle est murmure qui conduit à son Fils. Cette perspective aide les Semeurs d’Espérance à écrire leur pèlerinage terrestre comme une lettre aux grands au nom des petits : « Ce que vous avez fait à l’un de ses plus petits, c’est à moi que vous l’avez fait. » (Mt 25, 40).




