Erwan, Étienne et moi, tous trois coopérants de la Fidesco, sommes partis à Kokchétav chez les sœurs de la Communauté des Béatitudes pour une semaine de repos et de ressourcement spirituel. Les sœurs s'occupaient alors des enfants de la paroisse de Kokchétay en les accompagnant à une petite station de ski non loin de la ville. C'est alors qu'il y a eu un accident.
Dur à digérer
Nadia, une jeune fille de 19 ans, postulante à la Communauté des Béatitudes, partie avec les enfants et le prêtre de la paroisse pour faire du ski, a fait une chute et sa tête a tapé contre un arbre. Elle est mort peu de temps après, à l'hôpital. Je l'avais rencontrée quelques mois auparavant avec le père Axel lorsque nous avions passé quelques jours de repos à Kornièvka et je l'aimais beaucoup.
Ce fut pour moi un grand choc, dur à digérer. D'abord, je m'en voulais de ne pas être parti skier avec les autres, d'avoir été paresseux, d'avoir voulu me reposer. Je ressentais aussi cette frustration du temps qui passe inlassablement et qu'on ne peut pas changer. Je désirais plus que tout faire un retour en arrière, mettre sur stop et mettre sur rewind comme sur les magnétoscopes. Cette frustration me plongeait dans la réalité et ça faisait mal.
Le soir même, on a eu un temps d'adoration. Je m'en suis pris alors au Bon Dieu : " Pourquoi ? Pourquoi Tu as premis une chose pareille ? Pourquoi Tu nous as pris une fille aussi bien ? Pourquoi Tu ne m'as pas pris moi, misérable et inutile ? (à ce moment-là, ma mission passait par une période difficile et je me demandais si j'étais bien utile ici au Kazakhstan). Je ne comprends rien. Comment Tu as pu me faire une chose pareille ? Ce n'est pas juste. "
Le lendemain matin, l'absence de Nadia se faisait cruellement sentir. Pendant un temps d'adoration, je ressassais dans ma tête les souvenirs que j'avais d'elle. A ce moment-là, je l'ai imaginée dans les bras de Jésus. Une phrase résonna alors en moi : " Entre dans la joie de ton Bien-Aimé ! " J'imaginais l'immense joie de Jésus de recevoir Nadia dans ses bras.
Cette promesse de joie m'était aussi adressée. J'étais apaisé et arrivais même à rire car je pouvais lui parler en français et n'avais plus besoin de faire trente-six mille efforts pour lui parler en russe.
Autre choc
Quelques heures après, avant de partir, j'ai vu son corps inerte. Là ce fut un autre choc, j'ai dû faire face à la mort. J'ai versé des larmes et après cela, je me sentais à nouveau plus apaisé, tout en ayant en moi cette parole : " Entre dans la joie de ton Bien-Aimé ! "
Je la prie souvent pour qu'elle m'aide dans ma mission à aimer les gens qui m'entourent. Je sais que maintenant, elle est auprès du Père et qu'elle intercède pour moi et pour tous ceux qu'elle a laissés derrière elle.
Nous avions le projet d'aller visiter des orphelins. Je lui ai demandé de m'ouvrir toutes les portes pour que ce projet tienne la route, vu qu'elle s'y connaissait en orphelinats. Ce projet était à mes yeux d'autant plus important qu'il signifiait un renouveau dans ma mission. Eh bien toutes les portes se sont ouvertes L'administration de l'orphelinat (tenu par la police) nous a permis de visiter les enfants sans avoir besoin de remplir tous les papiers officiels et depuis, chaque mardi, je vais à l'orphelinat avec ma guitare pour chanter et jouer avec ces enfants.
Par la prière, ma souffrance s'est transfigurée en source de joie. C'est un peu le mystère de la Résurrection.




