1960 : Xavier Perroy naît à Nantes
1988 : rencontre le Christ à la Cté des Béatitudes
1990-96 : renonce à la poésie
Vœux en 1994, devient Frère Bernard
En revues et dans six anthologies (dont L’année poétique 2008, éd. Seghers)
Collabora à Jean Mambrino, poète de la lumière, Éd. Les Cahiers Bleus, 2005
Dix recueils (derniers édités, voir notes)
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Bernard Perroy parle peu de lui. Ses mots rares sonnent justes. Clairs. Délicats. Et pourtant… un petit quelque chose touche, vous échappe, vous arrête là… Cette tonalité particulière dans la voix, cette fraîcheur du rire… Ses poèmes pourront-ils traduire pour lui et pour nous ce mystère qui l’habite ?
« L’invisible a vibré. Écoute » Alain Suied
La poésie et Bernard : une longue histoire qui a connu de multiples détours… Sa rencontre avec Dieu en 1988 est venue tout bouleverser. Décision est prise, il sera poète du Bon Dieu comme il dit. Fr. Bernard butine à même la vie, sur un chemin autant d’intériorité que d’ouverture : « La poésie est avant tout qualité d’attention et d’écoute. » Les mots ensuite doivent être simples : « J’ai le profond désir de rejoindre tout homme où qu’il soit. » Ses mots murmurent que l’ailleurs est en chacun de nous, que le mystère rayonne autour de nous… Le poète a la nécessité de le dire, d’interpeller, dans une expression à la fois douce et vigoureuse. Les poèmes de Fr. Bernard disent Dieu… ou le disent sans le dire, dans une “présence en creux” : Vivre te dit le vent / Quand il passe sur tes épaules (1). Dieu ne se manifeste pas dans l’ouragan, mais dans la brise légère… C’est un souffle de clarté (2). Sa poésie, proche du silence, chante tout bas et chuchote Tout au fond de chacun / Ce port d’attache / Enfoui sous la rumeur des mots (3).
Artisan des mots
Surtout, ne croyez pas que le poète est ce doux rêveur. Incarnée, la poésie est l’expression d’une expérience qui s'enracine dans la vie. L’invisible ne se rencontre et ne se dit qu’avec ce qui est visible… Dieu s’est incarné pour venir jusqu’à nous. Le poète est alors cet artisan travaillant “la matière” d’une parole qui révèle “en filigrane” la Parole, comme la Création, « ce cinquième évangile », révèle le Créateur. Une belle aventure où Fr. Bernard pourrait se définir comme un chercheur… et un chercheur cherché ! La poésie le conduit sur une voie de vérité, d’humilité. Le poète ramène ses trésors dans son « laboratoire » (4) ; commence alors un long travail : apprivoiser, raboter, assembler les mots et les silences, en faire sourdre l’invisible. Les mots sont un matériau fragile : « Cela peut prendre des mois, des années… Les mots résistent parfois ! » La route du poète passe ainsi par des périodes stériles, douloureuses… temps de jachère, d’abandon… riche de promesses ? Un dépouillement qui creuse l’attente et la réceptivité ; une alternance salutaire entre soif et jubilation. On rencontre d’ailleurs, dans l’écriture du poète, une “alliance des contraires” où visible et invisible, parole et silence, cri et joie, présence et absence se côtoient.
Désir de communion
« Le poète ne vit pas seul. » Fr. Bernard n’a de cesse de le répéter, il a besoin des autres pour écrire. Les amitiés sont nombreuses, poètes et autres artistes, « des frères » (5). Bernard cultive les collaborations comme dans ce Cœur à cœur avec le plasticien Rachid Koraïchi : Le temps d’aimer de toute évidence / D’apprendre d’un autre / Ces tons d’or et de bleu / Qui perlent du bord des yeux (6). Don, la poésie est offrande et invitation à la vie. Bernard Perroy manie prose et poésie pour une célébration du quotidien. Inopinément, ses poèmes deviennent prière de désir manifestant alors une soif profonde qui résonne parfois comme un cri. Fr. Bernard nous entraîne dans ce désir de communion et nous aide, peut-être, à le découvrir en nous. Il prête ses mots, simplement, tel un passeur. Homme parmi les hommes, il faut démystifier le poète tout en préservant le mystère de sa quête. Sa joie ? Traduire le plus fidèlement possible, par le chant des mots, son expérience… puis espérer que tout cela rejoigne un autre cœur, dans une résonance singulière. L’expérience unique devient alors multitude… et symphonie ! Poète, permets-nous d’emprunter tes mots pour te parler : Apprend-nous / Les fruits du ciel / Quand ils abreuvent la terre / Comme la rosée (6). Apprend-nous encore à désapprendre ce que nous croyions avoir vu et que nous avons mal regardé.
(1) Le Calice des jours, collab. Abbaye de Meilleray, 1997 (épuisé)
(2) Un souffle de clarté, éd. Hors Jeu, 1998
(3) Un soir où le soleil d’octobre…, (encre de P. Nouailhat), éd. Sac à Mots, 2005 (La Rotte des bois, 44810 La Chevallerais).
(4) Expression de Max Jacob qu’il cite dans Vous avez dit « Poésie » ? éd. Sac à mots, 2003.
(5) H. Cadou, G. Baudry, A. Suied, G. Pfister, J.P. Lemaire, J. Gauthier…
(6) Cœur à Cœur (49 encres de Rachid Koraïchi), éd. Al Manar, 2006 (Alain Gorius, 96 Bd Maurice Barrès, 92200 Neuilly /
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