Dans les bras du Père : Patricia Menouha, une vie, une oeuvre
(Auteur: Fr. Bernard de Clairvaux - Parution F&L n° 213 de Janvier 2003)
Patricia MENOUHA, sculpteur et peintre, naît à Paris le 3 Août 1951.
D'abord attirée par le surréalisme puis marquée à 14 ans par le Greco au Prado à Madrid, elle sait que l'Art fera partie de sa vie.
Fréquente les ateliers de Montparnasse (Paris) et de Vallauris (Sud France) puis sera l'élève de Volti.
Diplômée internationale Antibes en 1980.
Lors d'une épreuve, sa vie bascule et sa quête vers Dieu l'amène à rencontrer le Christ. Etude biblique en Terre Sainte puis se tourne vers l'art sacré en 1990.
Premier prix Charles Oulmont en 1994. Nombreuses expositions à Paris, dans les églises St-Sulpice, St Germain-des-Prés, La Trinité, Auteuil, Cathédrale d'Angers... Symposium de granit en Bretagne.
Nommée académicien associé puis Chevalier académique en Italie par Grèci-Marino.
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L'œuvre présentée ici, dont le titre est " Le retour de la fille prodigue ", nous semble bien résumer le parcours de Patricia qui nous a d'ailleurs confié : " Être artiste représente pour moi un chemin spirituel. " Cette fille prodigue en effet n'est-elle pas d'abord Patricia elle-même ? Au fil des années, par la grâce, ce retour s'est approfondi dans le cœur de l'artiste qui s'est vraiment mise sous la protection du Père.
Une étreinte partagée
Remarquons la délicatesse du Père exprimée dans cette rencontre, la joie profonde qui transparaît sur son visage, dans son regard, sur ses lèvres, l'attitude de ses bras paternels. Quelle expression dans cette large main ! Le Père vient enserrer le cou de sa fille, l'entourer de sa bienveillance, de son amour inconditionnel pour celle qui a sans doute porté la nuque raide de l'enfant rebelle. La fille prodigue, dans un mouvement où l'orgueil et la désespérance se sont revêtues des couleurs de l'humilité, s'abandonne dans les bras de son Père, joue contre joue, se prêtant à la caresse d'une barbe paternelle…
Magnifique échange ! Combien nous avons besoin aujourd'hui de nous retrouver devant une telle image ! C'est l'heure des retrouvailles après la séparation, un instant privilégié où l'amour ose s'exprimer. Nous pénétrons dans les mouvements de la tendresse, dans le pardon d'un Père, le repentir et la reconnaissance d'une enfant qui retrouve la vie. " L'heure de l'enfer délaissée, le repentir a la beauté du retour balbutié " écrit Françoise Poujade . C'est l'heure où " encerclée de joie, elle se refait un cœur " tandis que " les bras paternels dessinent une caresse où se déplie le pardon. "
C'est l'expérience de Patricia qui, dans une première partie de sa vie d'artiste, a plutôt crié sa souffrance et sa mort. Mais depuis que son œuvre sert Dieu, une sérénité vient transfigurer la souffrance qui n'est plus désespérée ni révoltée. Patricia précise : " Aujourd'hui que je tente l'expérience de Dieu à travers la Bible, ma quête est devenue beaucoup plus paisible. Je consacre et réserve à Dieu un endroit où Il peut descendre s'Il le veut bien. " Dans cet abandon, la souffrance du Christ, la souffrance du monde ne sont pas pour autant effacées, mais Patricia préfère parler d'une " expérience de compassion ". " Dieu nous rejoint dans la souffrance mais aussi dans l'amour et la paix, le tout devenant joie d'être aimé et reconnu. " C'est bien ce qu'illustre " Le retour de la fille prodigue ".
Une rencontre à trois
Patricia insiste sur le fait que son art est au service de sa foi et non sa foi au service de l'art. C'est un art d'inspiration biblique. Il naît d'un véritable dialogue entre l'artiste et son Seigneur. Il y a chez Patricia cette forte réception de la paternité de Dieu. Nous le percevons très bien dans son témoignage de vie et sa façon de se laisser conduire par l'Esprit, dans l'élaboration et le contenu des œuvres elles-mêmes qui veulent transmettre la Parole reçue, la Parole accueillie, la Parole vécue. Patricia nous spécifie bien : " On ne crée pas le sacré. " Le grand mystère de l'art sacré réside en ceci : " Ce n'est pas l'artiste qui rend son art sacré, c'est la Présence, la visite de Dieu dans la matière. " Dieu ne vient Lui-même dans une œuvre que si le sculpteur s'exerce à une démarche authentique dans une disposition d'accueil, " dans une attente méditative, en veilleur, en se remettant souvent en question, en apprenant à écouter et à aimer, tout simplement ! " Effectivement la seule présence d'une de ces sculptures attire la grâce car l'œuvre porte les stigmates de cette rencontre à trois entre Dieu, l'artiste et la matière.
Taillées le plus souvent à dimension humaine, directement dans le tronc d'arbre ou le bloc de pierre, les créations ne sont pas " peaufinées " dans une esthétique figée, mais laissent davantage apparaître le mouvement de la vie. " Je veux saisir l'émotion de la matière, nous dit Patricia, donc je travaille vite pour qu'elle paraisse en mouvement. Une fois que le dialogue est terminé, je n'y touche plus ! " Patricia ajoute : " J'essaie de rendre vivantes mes sculptures, même en les déformant. " Par exemple, les pieds de la fille prodigue ne la portent plus car elle est à la fois transportée par son élan et portée par les bras de son Père. Tout ici privilégie la joie, l'intensité de la rencontre. Les sculptures de Patricia, au service du divin, portent toujours la marque d'un réel humanisme. " La Parole de Dieu offre un thème… et l'on devient spectateur-acteur de ce qui se manifeste dans la matière. "
De la mort à la vie
Laissons-nous pénétrer par ce langage des formes et de la matière au service de la Parole, sachant combien Dieu n'a pas pris d'autre chemin pour nous manifester son amour, puisque sa Parole, le Verbe, s'est fait chair en épousant jusqu'à l'intime la matière même de notre propre humanité. Ce langage est un hymne à l'amour, à la vie. Oui, la fille prodigue retourne à la vie ! C'est aussi l'expérience de Patricia qui nous confie : " Pour moi, dans ces moments de création, je dirai que mon âme reçoit un accroissement de vie. " Elle signe d'ailleurs ses œuvres avec deux lettres hébraïques supplémentaires signifiant la vie. Le constat de la souffrance et de la mort n'est pourtant pas difficile à faire (il suffit de tourner le bouton d'une radio ou d'une télévision…) mais Patricia le perçoit désormais à travers la victoire du Christ sur toute mort, comme en témoigne son tryptique qui s'intitule " De la mort à la vie ". On passe du christ enserré dans ses bandelettes au Christ ressuscité pour enfin aboutir à la vision d'un monde nouveau, d'un monde restauré ! Cette restauration se passe en premier lieu dans chacun de nos cœurs et dans celui de Patricia qui s'abandonne dans les bras de son Père et qui pourrait reprendre à son compte les paroles de Thérèse de Lisieux : " C'est la confiance et rien que la confiance qui doit me conduire à l'amour. "
A l'exemple de la " fille prodigue ", c'est dans cet élan de confiance et d'amour que Patricia transmet ce qu'elle a reçu et nous dit : " J'essaie d'amener les âmes au Seigneur. Tâchons d'être habités par l'amour et devenons bénédiction pour les autres. " Ce n'est sans doute pas par hasard si nous remarquons, épinglé sur le mur de son séjour, un bout de papier avec cette inscription manuscrite : " Soyez BONS comme votre PERE des cieux est BON. "
Pour en savoir plus
Un musée permanent (plus de 60 de ses œuvres que l'on peut visiter sur demande et tous les Dimanches en été) se trouve dans l'église de La Cropte, village de Mayenne où Patricia demeure.
Un livre : " Spiritualité à fleur de peau " (magnifiquement éclairées par la poésie de Françoise Poujade), une vidéo sont disponibles par correspondance (et possibilité de création, en belle pierre blanche, de votre saint Patron).
Patricia Menouha, Le Bourg, 53170 La Cropte. Tél. 02.43.98.74.69. - Port. 06.18.16.67.50. - http://membres.lycos.fr/menouha





