P. Vuaillat et P. Elie : des notes et des paroles
(Auteur: Fr. Bernard de Clairvaux - Parution F&L n° 262 de Juin 2007)
- Père Jean Vuaillat : Né à Lyon en 1915, le poète est aussi musicien. Il montera le premier opéra du jeune Mozart. Il a fondé et dirigé les fameuses Maîtrises de Dijon et de Lyon, et celle de Lisieux. Publié dès l’âge de 17 ans, il reçut de nombreux prix et fut couronné par l’Académie Française à cinq reprises. Décédé en juin 2009.
- Père Élie : Né en 1957 à Prades, en Catalogne, Alain Raubert a l’expérience de différents groupes avant de découvrir la musique médiévale et baroque en pratiquant le luth. Un appel de la foi, en 1990, le fait entrer à la communauté des Béatitudes où il devient le prêtre Père Élie dont on ne compte plus les multiples concerts…
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Comment eut lieu la rencontre ? Un livre glisse des rayonnages d’une bibliothèque et tombe sur le sol ! Père Élie feuillette l’ouvrage et la communion s’établit : les pensées et la prière d’un prêtre, le père Jean Vuaillat, s’offrent à ses yeux, à son cœur… Les deux prêtres, le jeune et le vieux, se retrouveront à Lyon comme deux frères. L’aventure est lancée !
Rendons gloire à Dieu !
L’aventure débute des décennies plus tôt pour Jean Vuaillat, ce chanoine de 92 ans qui reçut le Prix Amélie Murat en 1960 pour son recueil Sacerdotales (pour l’ensemble de son œuvre : 27 recueils et 7 études ou biographies de musiciens et de saints). Il n’est sans doute pas le meilleur ! s’exclame aujourd’hui cet homme haut en couleurs, plein d’humilité et d’humour… Ce passionné est connu pour sa revue de poésie Laudes qu’il fonda en 1966. La revue eut une extraordinaire longévité – ce qui est rare dans le genre – puisqu’elle vécut jusqu’en 2006 ! Il faut signaler l’étonnant dynamisme d’une revue lyonnaise qui s’affiche chrétienne et qui possèdera pourtant une audience nationale. Elle accueillera aussi bien les nouveaux talents que les grands noms de la poésie française : Les uns sont bien souvent devenus les autres ! précise Jean Vuaillat. Pourquoi « Laudes » ? Parce qu’il y a une constante dans ma vie ; c’est la louange. Rendons gloire à Dieu en tout temps !
Mariage heureux
Rendre gloire à Dieu… Le poète et le musicien le font superbement dans ce CD (Troisième CD du père Élie après Pour que je Te ressemble, 2000 et En attendant que Tu reviennes, 2002) plein de finesse et de profondeur où textes et arrangements s’accordent si bien qu’ils nous arrachent parfois quelques larmes ! Nous sommes devant la vulnérabilité des hommes, prêtres ou non, et l’immense bonté d’un Dieu qui se donne toujours, particulièrement en son Eucharistie : À toi qui viens chercher, pour la faim de tes frères, l’aliment que ne peut leur donner ta misère, adresse le Seigneur au prêtre, dans le chant d’ouverture. Un très beau texte marial s’élance sur les sons "orientalisants" d’un luth et d’une percussion : Aurore semblable à l’aurore / Qui prélude à chaque matin / La Vierge ne sait pas encore / Qu’elle est la source et le chemin… D’un bout à l’autre, nous rencontrons mille et une "trouvailles", tant par les mots du père Jean que par les arrangements ciselés du père Élie. Ce dernier nous plonge dans de superbes atmosphères, diversement colorées, toujours au service de la profondeur des textes. Reconnaissons que les arrangements vocaux et instrumentaux de ces « Sacerdotales » sont un chef-d’œuvre et le signe d’une maturité musicale à laquelle est parvenu le père Élie.
Une quête commune
Dans « Ite Missa Est » (La messe est dite), les chœurs scandent les trois mots comme un refrain. Arrivent les percussions : Et selon l’habitude, les fidèles s’en vont, pressés, dans le matin. Mais la fin de la messe en est le vrai prélude pour qui comprend l’envoi de ces trois mots latins. Nous sommes bercés par l’alternance des moments doux et des départs rythmés comme dans « Prélude à l’Évangile » où soudain monte un Alléluia à trois voix, émouvant de chaleur et de beauté ! Il revient régulièrement puis conclut a capella le morceau, les voix se superposant de façon magique en de merveilleux contrepoints... Parfois, ce sont violon et violoncelle qui se donnent la main tandis que le prêtre dit : Tous, solidaires, vous tenez avec moi, contre les vents contraires, l’arbre nu de la croix… Ou sur la pulsation d’une basse : Seul à ton autel, comme un nouveau prophète entre le peuple et Toi, j’élève sur ma tête le pain blanc de l’amour, qui tremble entre mes doigts… Et le poète s’adresse de nouveau à Marie : J’ai vu bien des pays, traversé bien des gares, et maintenant je fuis leurs feux et leurs fanfares… Je viens à vous sans bruit, comme l’enfant prodigue… Le père Jean s’arrête aussi sur la création : L’aube en fleurs, les soirs roses, tout le bonheur est là dans les petites choses que nous ne cherchons pas. Une vieille tante lui avait dit un jour : Tu as le don d’admiration ! C’est vrai d’ailleurs pour les deux hommes, dans cette quête commune d’humanité, de prière et de beauté…
Pour entrer en lien : avec P. Jean Vuaillat, Maison Louise-Thérèse, 10 rue Édouard Payen, 69130 Écully ; avec P. Élie, 04.93.42.20.28.
www.pere-elie.fr /
productionmission(at)hotmail.com ; B.P. 30, 78960 Voisins-le-Bretonneux.





