Michel Arcelin, prière de pierre
(Auteur: Fr. Bernard de Clairvaux - Parution F&L n° 266 de Novembre 2007)
1942 : né à Avignon
1968 : marié, 2 enfants
1985 : se met à la sculpture
1991 et 1995 : 1er Prix de sculpture au Salon de La Ménitré
1997 : alors très loin du Christ, le couple se convertit au catholicisme
Expose en France (Bourgogne, Anjou…)
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Tout ce “petit monde” communique les saveurs ou les peines de la vie, notre pâte humaine avec ses bonheurs, ses désirs, ses souffrances, ses espérances.
Le chant de la pierre
Admirons ci-contre la « Lecture amoureuse de la Parole ». Un moine se trouve au pied du Livre. Il caresse la Parole ; il ne la tient pas ! précise l’artiste. Un soleil se trouve à la base de la sculpture. L’astre, aussi dardant, aussi fort soit-il, se trouve au-dessous de la Parole. Cette sculpture est une œuvre trinitaire dans laquelle nous reconnaissons la main du Père, ainsi que Jésus – par la présence du Livre – qui est la Parole même du Père et enfin, à gauche, l’aile de l’Esprit. Des doigts du Père émanent la force de l’amour ou les rayons de la Grâce. Quand je prends ma pierre, explique l’artiste, je ne sais franchement pas ce que je vais faire ! Je pose mes mains sur la pierre et je prie ; puis je me laisse vraiment porter. Michel Arcelin sculpte dans du calcaire de Bourgogne. C’est une pierre que l’on retrouve dans beaucoup d’églises romanes de Rhône-Alpes comme à Cluny ou à Paray-le-Monial, avec ces figurines très suggestives sculptées sur les chapiteaux : J’ai toujours aimé la sculpture romane, même avant de taper dans la pierre, confie l’artiste. C’est une pierre reconnaissable à sa couleur jaune et à sa dureté. Michel utilise la technique de la taille directe, une technique où l’artiste attaque directement la pierre, sans modèle ni dessin ou maquette préparatoires. Cela comporte des risques et l’artiste peut rencontrer des problèmes techniques, des fêlures à l’intérieur de la pierre, ou une poche de terre, des morceaux qui s’effritent… Le sculpteur raconte avec passion comment les coups de marteau provoquent d’abord un bruit mat, puis les choses s’organisant au fur et à mesure, il y a un moment où quand on “toque” la pierre, celle-ci “chante” comme si toutes les scories de trop étaient retirées : C’est à ce moment-là que je trouve le titre ; il s’impose à moi.
Côté pile, côté face
Si cette « Lecture amoureuse de la Parole » rayonne de simplicité, dans un climat de prière et de sérénité, il n’en est pas toujours de même, comme pour cette sculpture dont le titre est déjà tout un constat : « Nous n’aurons pas d’enfants ensemble ». Au moment de tailler, quand la forme est arrivée, raconte Michel, on a appris que notre nièce venait d’être opérée de deux cancers, au sein et à l’utérus : ça m’a bousculé car c’était le thème de cette statue. Pendant des années, le sculpteur a gardé la pièce sans pouvoir la montrer ouvertement à sa nièce, mais celle-ci la découvre un jour et insiste alors pour que l’artiste la lui explique ! C’était le moment, l’heure de Dieu… Dans cette œuvre, la femme a le ventre plat et l’une de ses mains vient cacher sa poitrine. L’homme barbu est son mari qui crie sa douleur. Deux personnages sur la gauche sont comme des anges consolateurs : Des anges sans ailes, ça ne me dérange pas ! Au pied de la statue se trouve un poisson, signe d’eau et de maternité. L’œuvre traite de la souffrance humaine, mais également de l’espérance. Les œuvres de Michel possèdent souvent un côté pile et un côté face : Derrière l’ombre se cache la lumière. Au dos de la statue, la main du Père pousse et amène un enfant… Il y a aussi un soleil ou une roue : La vie, le mouvement de la vie, ça n’arrête pas. La nièce adoptera en effet trois enfants venus d’Éthiopie. Michel imaginait-il toute l’œuvre qui allait jaillir de ses mains quand il connut, il y a plus de vingt ans, le sculpteur Théophile Thévenet qui, dès la première rencontre, lui remit une pierre, des ciseaux et un marteau ? Une fécondité pour Michel qui ne s’est jamais tarie…





