Marcel Radisson – Renais !
(Auteur: Fr. Bernard de Clairvaux - Parution F&L n° 264 de Septembre 2007)
Né en 1940 à Lyon, veuf depuis 20 ans, 4 enfants
Autodidacte depuis 25 ans
Fut économe en hôpital, s’occupa de handicapés physiques…
Depuis 1999, membre du CVX (Communauté Vie Chrétienne) d’inspiration ignacienne (dont il porta l’atelier d’art durant 4 ans)
Nombreuses expositions collectives depuis 1988 – « Renais ! » fut présenté en 2006 à la Biennale d’Art Sacré Actuel à Lyon
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Immense tenture où les scènes se croisent et s’interpellent dans un télescopage de l’espace et du temps. Tous les épisodes de la vie du Christ, de sa naissance à sa résurrection, forment un seul et même mystère que saint Irénée (1) appelle, en un beau raccourci, « l’incarnation rédemptrice ».
Ombres et lumière
L’œuvre nous plonge dans une atmosphère toute médiévale (2) et comprend trois parties. Examinons ci-contre la partie centrale qui traite directement de cette incarnation rédemptrice. À la Croix, radieuse et lumineuse, se superpose une Vierge à l’Enfant. Notre salut “passe” par Marie que les orientaux nomment Théotokos, Mère de Dieu. Elle tient dans ses mains le voile de Véronique sur lequel s’est imprimée la Face douloureuse de Celui qui vivra sa Passion. Tout se concentre autour de la Croix, mais notre rédemption débute déjà par cet anéantissement d’un Dieu qui se fait petit enfant ! Au sommet de la Croix, nous devinons l’âne et le bœuf qui entourèrent Jésus à sa naissance. Sur la barre horizontale, nous apercevons un alignement de coupes et d’assiettes, figure de la Cène. Le Seigneur, dit l’artiste, m’invite à sa table, à renaître avec Lui aujourd’hui. De part et d’autre de la Croix, le voile du Temple se déchire, laissant apparaître le mystère de notre salut… « Le Premier-Né d’entre les morts » (Col 1,5) se trouve dans les bras de la Vierge Marie, mais également au pied de la Croix, dans une mandorle - sorte d’amande lumineuse - qui traduit dans l’iconographie le rayonnement et la puissance du Christ ressuscité. Ce dernier, debout, apparaît à Marie-Madeleine au matin de Pâques. Elle-même se tient à genoux, proche de la pierre du tombeau vaincu. C’est elle, éperdue d’amour, qui versa du parfum sur les pieds de son Sauveur – la scène est évoquée juste au-dessus. De l’autre côté de la Croix, c’est le lavement des pieds qui est évoqué, geste que Jésus fit à chacun de ses disciples… En bas à droite se tiennent deux angelots : l’un regarde la scène dans la lumière, l’autre est encore à moitié dans l’ombre… Il y a un réalisme chez l’artiste qui mêle différentes atmosphères, entre ténèbres et lumière, pour nous monter que nous avons besoin d’un Sauveur…
De la déchirure à l’enfantement
Nous pouvons “renaître” grâce au Christ né en ce monde, mort et ressuscité ! L’artiste confie : Au-delà des épreuves, cette renaissance m’a habité au cours de la réalisation de cette tenture qui est l’aboutissement d’un parcours personnel semé de déchirures, mais aussi de lumière. La partie gauche de l’œuvre traite de la quête et de l’espérance de l’humanité pécheresse. Le péché, dit l’artiste, est un appel à pardonner. Saint Jean-Baptiste, intermédiaire entre l’Ancien et le Nouveau Testaments, se tient tout à gauche. Viennent les mages dont deux portent des têtes représentant le Ying et le Yang : “pirouette” de l’artiste pour apporter une note universelle et dire que tout homme cherche Dieu à travers différentes sagesses… Un ange porte “le fruit défendu”, porte la voix des hommes face au Christ naissant. Au-dessus : sorte de “tag” où il est écrit : « Le grand soir. » Il n’y a qu’un grand soir, précise l’artiste, celui de Gethsémani… La partie droite de l’œuvre représente l’Église (3), porteuse également du fruit, car elle est l’Épouse féconde « sans tache ni ride » (Ep 5,27) nous enfantant à la vie éternelle par les eaux du baptême, mais elle est en même temps encore en voie de sanctification. Adam et Ève, dans l’audace de la foi, avancent en eau profonde. Enfin, la figure du printemps (4), en bas à droite, s’émerveille du mystère de notre salut et nous engage à cultiver le même émerveillement !
(1) Père de l’Église du IIe siècle, à Lyon.
(2) Le cadre est inspiré d’une fresque (1343) de Lorenzetti, « Du bon et du mauvais gouvernement de la cité », à Sienne en Toscane.
(3) Inspirée de la Vénus de Boticelli.
(4) Inspirée de Boticelli.





