L'instant magique du Déclic
(Auteur: Fr. Bernard de Clairvaux - Parution F&L n° 275 de Septembre 2008)
M. Kopistko
1986 : École du Bolchoï, diplômé en 1994.
1995 : CNDC d’Angers. Engagé par Fattoumi-Lamoureux.
2005 : crée avec Geneviève Sorin
C. Munier
Diplôme d’État en danse classique et contemporaine.
1994/1996 : CNDC d’Angers. Engagée par Bouvier-Obadia
M. Cotillon
1970-82 : Centre International de la Danse à Paris.
1983 : enseignement et chorégraphie à Poitiers
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Qui n’a pas connu cette fraction de seconde où la solitude s’évanouit par la grâce d’un échange de regards, d’une rencontre ? Faire de cet instant magique, de ce “déclic”, toute une pièce chorégraphique est un véritable coup de maître qu’ont réussi Clarence et Maxim…
Clarence Mugnier et Maxim Kopistko dansent avec autant de virtuosité que d’humanité, d’humour, de poésie, de tendresse… Ils ont conçu ce spectacle de danse contemporaine avec la complicité d’une troisième chorégraphe, Michelle Cotillon (1).
Au creux de l’intime…
Le scénario évolue sur un solo féminin, un solo masculin, puis un duo où homme et femme se rencontrent. Toute la dimension de l’ouverture à l’autre est ici admirablement traitée : deux cœurs se livrent, celui d’une femme, celui d’un homme, dans leurs aspirations les plus secrètes… Les trois parties, plus qu’un “suivi narratif”, nous restituent des “ambiances” dans lesquelles nous n’avons qu’à nous laisser bercer. Nous avons voulu créer une histoire émotionnelle, confie Maxim, quelque chose de facilement perceptible pour le spectateur. Tout plonge d’abord dans le noir ; seul un paravent est éclairé d’une lumière bleue qui passera au jaune orangé… Soudain, deux jambes surgissent de derrière le paravent. Musique : la femme apparaît… Elle nous fera passer par maints sentiments avec ses “expressions dansées” et le jeu merveilleux des contrastes entre musique ou silence, rythme rapide ou lent, gestes saccadés ou déliés, avec des changements de vêtements depuis la simple combinaison jusqu’au tailleur, en passant par un pantalon blanc ou des talons aiguille rouges. On va de l’inquiétude au désir, en passant par le doute ou l’affairement des tâches ménagères dont un dépoussiérage, avec un chiffon fictif, sur fond de “chanson 1900”… Sont évoqués la toilette autour d’une bassine, le pétrissage de la pâte pour un gâteau, la lecture d’un livre… Une superbe scène : celle d’un simulacre de conversation pour lequel Clarence installe deux chaises autour d’une table, sur un air d’opéra. Le solo masculin se joue autour d’un fauteuil dans lequel Maxim s’installe, relâché ou prostré ; il l’enlace parfois, le prend sur ses épaules ou l’abandonne… Un autre “objet de substitution”, face au manque, sera cette veste rouge avec laquelle Maxim s’exprime comme en un duo…
Besoin de l’autre…
L’éventail sonore et musical est riche et suggère, comme les objets, les situations : violon plaintif, bruits d’eau, piano “à la Satie”, Bach au clavecin, métronome, xylophone ou les notes fluides des ondes Martenot… Une musique aux accents sud-américains accompagne, dans une touche tragi-comique, les “travaux d’approches” de “lui” devant “elle” indifférente. Puis les deux danseurs évoluent alternativement “à l’unisson” et “en décalé” (on retrouve alors pour chacun les figures des gestes qu’il effectuait en solo). C’est un jeu de cache-cache : ils s’ignorent ou se regardent sans se voir vraiment. Quand tout à coup, c’est le déclic ! L’homme lâche sa veste, l’échange des regards se prolonge… Moment magique sur fond de flûte sopranino… Les deux corps, face à face, se rapprochent, les mains se touchent, puis les bras. Les corps s’enlacent dans la lenteur d’une valse… Seul, chaque protagoniste se heurte à ses limites et à ses manques. L’harmonie ne se trouvera qu’à deux, précise Maxim ; et Michelle explicite le mot DECLIC : D comme désir, doute ; E comme errance ; C comme complexité, cette part d’ombre et de lumière en chacun ; L comme liens, relations ; I comme l’Instant, ce fameux déclic, quand tout s’illumine ; C comme certitude, être convaincu, aller jusqu’au bout de ce que l’on porte… Clarence et Maxim, sensibles au travail de l’image, aiment la sculpture ou le cinéma. Maxim cite Antonioni : Les acteurs sont des objets qui participent à la composition de l’image. Il est fondamental que les objets soient au bon endroit au bon moment. On est effectivement époustouflé par le travail de composition de “Déclic”… et quand la scène est de nouveau plongée dans le noir, on reste sur sa faim ! C’est volontaire, dit Clarence : Après le déclic, ne pas s’attarder, sinon, tout risque de s’étioler. Elle ajoute ce proverbe qu’elle affectionne : Mais quand on aime, il ne fait jamais nuit…
(1) 2005 : fondent la Compagnie Clair’Empreinte (02.41.57.45.94. /
michelle.cotillon(at)tele2.fr). 2006/2008 : élaborent le projet “Déclic” lancé par M. Cotillon. Le 28 novembre 2008, prochaine représentation à “La Clauserie”, 49260 Montreuil-Bellay





