Les gravures de Leslie
(Auteur: Fr. Bernard de Clairvaux - Parution F&L n° 230 de Juillet-août 2004)
Née à New-York en 1959.
Étudie l’art dans diverses académies : Paris (1979), Boston (1982, obtient son « Bachelor of Art » avec 1er prix en Histoire de l’Art), Jérusalem (1985, Maîtrise sur l’Art Juif et Hébreu), tout en travaillant dans divers ateliers de gravure (Bellini à Paris, Sadnat Hahedpes à Jérusalem…)
1986 : possède son propre atelier à Paris, avec l’artiste Israélien BEN.
Depuis 1994 : possède son atelier à Chartres.
Diffusion internationale et nombreuses expositions : la première en 1979 à Paris sur « Les Saints Martyrs », puis Jérusalem, Suisse, Canada, Italie, Espagne, Angleterre, Allemagne, U.S.A., Australie, France.
Mère de famille, trois enfants de 7 à 16 ans.
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Son atelier, à trois minutes de la cathédrale de Chartres, respire un monde de paix, de couleurs et d’enfance. D’ailleurs, elle nous confie : Je suis encore un enfant qui adore colorier ! Ne nous y trompons pas, la façon inimitable qu’elle a de lancer ses traits dans l’urgence pour croquer ses personnages ou de rapprocher audacieusement certaines couleurs, vient d’une liberté acquise en vingt-cinq années de métier.
Dès dix-neuf ans, elle fréquente plusieurs ateliers de gravure tout en poursuivant de solides études d’art. Après avoir utilisé le cuivre, le bois ou le linoléum, elle use depuis dix ans d’une technique bien à elle en gravant sur du polystyrène. Elle le colorie ensuite en y déposant des encres lithographiques dont on se sert pour les estampes. Puis elle presse le support de polystyrène colorié sur du papier préparé à l’encre noire. En « grattant » le papier pour confirmer les contours de ses personnages, l’encre noire apparaît !
Mon sujet principal, nous dit-elle, est « autour de l’humain ». C’est une certaine célébration de ce que je trouve beau dans l’humain, même si ce n’est sans doute pas à la mode ! En 1983, elle fut encouragée par Jean Dubuffet à suivre sa voie d’expression toute personnelle, sans souci d’académisme ou du quand dira-t-on. On trouve dans toute son œuvre comme une nostalgie de l’amour fou (c’est l’un de ses titres). L’amour, c’est pour moi le grand thème, que ce soit entre deux amoureux qui s’embrassent, thème qui revient souvent, ou par l’expression de la maternité, comme dans la série de ses « Vierge à l’Enfant » dont nous avons ici un bel exemple.
Elle puise son inspiration dans des domaines très variés : la danse, la musique, la poésie et dans des thèmes bibliques, mythologiques ou historiques. Mais Leslie précise : Il y a un élément mystique dans tout mon travail. Il n’y a pas dans son art de séparation entre le profane et le sacré. Le sacré peut être dans tout. Elle aime sur ce sujet rapporter une petite histoire qu’elle tient de son mari : Dans une communauté juive polonaise, il y avait un enfant brillant. Le rabbin voulait le tester. « Je te donne deux sloti (monnaie du pays) si tu peux me dire où Dieu se trouve. » L’enfant reprend : « Je vous donne cinq sloti si vous pouvez me dire où Dieu ne se trouve pas ! »
Leslie avoue avoir lu trois fois la Bible en entier. Elle quitta son New York natal pour Jérusalem en désirant connaître davantage ses racines juives et apprendre l’hébreux. Elle se souvient de son plus beau shabbat qu’elle vécut à Jérusalem, ayant rencontré un rabbin qui jouait magnifiquement bien du violon et ouvrait la porte à tous, juifs et non juifs. Des violons, nous en retrouvons dans son œuvre, comme nous en trouvons dans celle de Chaggall qu’elle affectionne particulièrement. Elle se dit sensible à la musique hassidique qui s’élève comme un avant-goût du ciel, au son du violon ou du hautbois, comme nous pouvons le voir chez ces anges qui accompagnent ici la Vierge. Elle a illustré toute une Hagadda, livre liturgique de la Pâque juive. Elle porte en elle l’héritage de ses ancêtres comme un cadeau, même s’il est parfois lourd à porter ! Mais elle s’intéresse aussi, depuis son adolescence, à la mystique catholique. Elle s’est penchée tout un temps sur les saints martyrs chrétiens, mais aussi sur le témoignage de Martin Luther King. Elle a une grande admiration pour Jésus. Elle ne cesse de nous répéter : Je veux ouvrir des portes dans ma vie…
Leslie passe la plupart de son temps dans son atelier. Je vis en ermite ! Mais ce chemin solitaire prédispose à l’intériorité, au don de soi, à une écoute de soi-même et des autres que Leslie, dans son pèlerinage sur la terre, ne cesse de pratiquer.





