Les Bernardins – Histoire d’une prestigieuse reconversion
(Auteur: Fr. Bernard de Clairvaux - Parution F&L n° 286 de Septembre 2009)
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Le Collège des Bernardins, pur joyau architectural, lieu de dialogue entre les savoirs humains contemporains et l’approche de la Révélation, entre raison et foi, au-delà de tous les clivages… Arrêtons-nous sur ce lieu prestigieux.
« L’homme aura toujours besoin d’un lieu pour réfléchir, exprimer son art, vivre ses émotions, effectuer ses recherches »(1). Le Collège des Bernardins est l’un de ces lieux, en plein cœur de Paris, unissant la beauté de son architecture à l’utilisation des techniques les plus modernes, au service de l’art, de l’étude et de la recherche.
Héritage cistercien
Quand nous entrons dans le Collège des Bernardins, nous sommes saisis par l’harmonie et la beauté du lieu, héritage cistercien dont saint Bernard énonça les principes : pureté des lignes, justesse des proportions, maîtrise de l’éclairage naturel, simplicité et dépouillement s’opposant au superflu et aux décorations ostentatoires… Le tout prédispose à la paix et au recueillement. Cette sobriété n’empêche pas une recherche technique très élaborée dont les architectes actuels, responsables de la restauration du lieu, ne reviennent pas ! Créé en 1247 par Étienne de Lezington, abbé de Clairvaux, le Collège des Bernardins fut l’un des grands foyers de la pensée occidentale médiévale, accueillant les plus brillants esprits de l’Europe entière. L’idée de ce bâtiment relevait pourtant d’un pari audacieux.
Un double défi
Premier lieu cistercien construit en pleine ville, “les Bernardins” marquent la volonté de s’inscrire dans le grand phénomène d’urbanisation de l’époque alors que cent ans plus tôt saint Bernard préconisait les lieux “déserts”. Étienne de Lexington osa enfreindre l’opposition de son Ordre en pressentant l’enjeu d’un lieu de formation spirituelle au plus près des lieux de débats de son temps. Et cela permit à de jeunes moines de poursuivre des études universitaires tout en respectant la règle de l’Ordre. Cette ambition intellectuelle s’est doublée d’un véritable défi architectural car le terrain disponible était marécageux et inondable, mais Étienne décida néanmoins de réaliser un édifice important, tant en surface qu’en hauteur. Le bâtiment possédait 4 niveaux : cellier, rez-de-chaussée avec studium et réfectoire, deux étages, la charpente en bois voûtée abritant le dortoir.
Innovation et patrimoine
Détourné de sa vocation à la Révolution, le lieu devint au XIXe siècle une caserne de pompiers ! Ceux-ci l’abandonnèrent dans les années 70. Le lieu reprit sa vocation initiale grâce à l’intuition du Cardinal Lustiger ainsi qu’aux diverses compétences d’une équipe passionnée et opiniâtre. Il fut inauguré le 4 septembre 2008 par le Cardinal Vingt-Trois, archevêque de Paris. Le 12 septembre, le Pape Benoît XVI y prononça son discours destiné au monde de la culture. La restauration a donné lieu à de réelles prouesses techniques où l’innovation se mit au service du patrimoine(2). Le rez-de-chaussée est devenu un vaste espace d’accueil et d’expositions. Le cellier, déblayé de tonnes de terre, abrite la bibliothèque et les salles de cours de l’École Cathédrale(3). Le premier étage abrite les locaux administratifs. Deux auditoriums (4) se nichent sous les combles pour des débats accueillant des spécialistes de toutes disciplines.
En renouant avec l’audace des constructeurs d’origine, on a ainsi permis que “les Bernardins”(5) deviennent un nouveau pôle culturel au service de l’Église et de la Société, au service de l’homme dans toutes ses dimensions et sa destinée…
Notes
(1) Mgr Jérôme Beau, évêque auxiliaire de Paris, directeur du Collège des Bernardins
(2) Un livre splendide retrace l’aventure extraordinaire de ce chantier : “Le Collège des Bernardins - Histoire d’une reconversion”, éd. Alternatives, 2009
(3) Ayant connu un développement considérable avec le Card. Lustiger, elle propose à 4000 étudiants une formation philosophique et théologique
(4) L’un de 250 places, l’autre de 128 places, dotés des avancées technologiques les plus récentes
(5) Membre de la “Charte européenne des abbayes et Sites cisterciens”




