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La Résurrection et l’icône
Descente et relèvement

(Auteur : Sr Eva-Myriam - Parution F&L n° 216 d'Avril 2003)

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La première icône de Pâques est celle du « Samedi Saint », de la Descente aux Enfers, qui révèle le sens spirituel profond de la fête, nous introduisant au cœur du mystère du salut. Car dans la tradition iconographique byzantine, le moment même de la Résurrection ne peut être reproduit. On alterne entre l’événement du Samedi saint et celui du matin de Pâques, entre la descente aux enfers et les femmes au tombeau ou encore les apparitions du Christ ressuscité à Marie-Madeleine, à Thomas ou aux apôtres. C’est cette complémentarité que l’on retrouve dans le plan iconographique des églises orthodoxes.

Les personnages
À la droite du Christ se trouvent Abel, le premier mort et le premier pasteur juste, avec son bâton. Derrière Abel : Noé, Abraham et l’un des prophètes. À sa gauche, nous retrouvons, avec leur couronne, deux rois, ancêtres du Christ : Salomon l’imberbe et son père David qui chanta : « Des profondeurs, je crie vers Toi, écoute mon appel » (Ps. 130). On reconnaît aussi Jean-Baptiste, le Précurseur, annonciateur de la venue du Sauveur sur terre et « jusque dans les Enfers. » (Fête de son martyre, Matines). Au centre de l’icône, on voit le Christ en gloire, rayonnant de lumière, foulant aux pieds les portes de l’Enfer. Il illumine tout de sa clarté et relève Adam et Eve qui incarnent l’humanité entière.

Le relèvement
Nous assistons vraiment au mouvement de la victoire du salut. Le Christ descend chercher l’homme au cœur des ténèbres en brisant les portes de l’Hadès qui symbolisent la puissance du Mal et du péché. Les serrures, les cadenas, les clous sont dispersés et manifestent que tout reste désormais ouvert. Nos premiers parents sont arrachés avec force des cercueils, non pas d’une « poignée de main », comme d’égal à égal avec le Christ, mais en se laissant relever par le poignet. C’est particulièrement dans cette partie de l’icône qu’est souligné le sens de la Résurrection en tant que Relèvement - en grec Anastasis - titre véritable de l’icône. Un double mouvement s’opère, descendant et ascendant, où l’on voit la mort et tous ses symboles (portes, cercueils…) écrasés par les pas de Celui qui en même temps relève de la chute et donne accès à la Vie. En relevant Adam et Eve, c’est chacun d’entre nous que le Christ relève.

Lumière née de la lumière
Dans une icône, nous ne voyons pas de ciel bleu, ni de nuit étoilée. Le fond de toute icône est appelé « lumière ». Le Ciel, c’est Dieu lui-même, et Dieu est Lumière. Quand on regarde l’icône, il faut que la lumière vienne par l’intérieur.  C’est pour cela qu’il est important d’exécuter une icône dans la prière.
L’image parle aux sens et touche avant tout les « yeux du cœur ». Le rôle de l’icône n’est pas de nous rapprocher de ce que nous voyons dans la nature, mais de montrer que nous sommes en face du monde spirituel. Un combat s’est engagé entre la lumière et les ténèbres dont le Christ est le grand vainqueur. Lorsqu’Il brisa les portes, « les ténèbres de l’Enfer devinrent éblouissantes » disent les pères de l’Église, car Jésus est la lumière incréée. Sur l’icône, l’or symbolise cette lumière incréée, parce que l’or est une matière qui ne rouille pas et qui reste toujours lumineuse.
L’auréole, cet espace lumineux qui entoure la tête, symbolise en Orient le rayonnement de la sainteté. Sur l’auréole du Christ, on fait toujours un trilobe. Ce n’est pas une croix. C’est l’inscription : « Je suis celui qui est. »
Le Christ apparaît au centre d’une mandorle (= amande), car sa divinité est cachée dans son humanité comme l’amande est cachée dans la coque. La mandorle symbolise aussi l’union du ciel et de la terre, du visible et de l’Invisible, de l’Esprit et de la matière. Chaque cercle de la mandorle prend une coloration de plus en plus sombre et bleue en se rapprochant du centre : passage de la lumière physique (blanche) à la lumière spirituelle (bleue). La lumière à laquelle nous sommes renvoyés n’est pas d’abord la clarté naturelle des visages, rendue par telle ou telle couleur, mais celle de la grâce divine.

Le langage des couleurs
Le bleu profond est la plus immatérielle des couleurs. Le regard s’y enfonce à l’infini. Par son faible rayonnement, elle est « passive » au niveau matériel, mais « active » au niveau spirituel. Ce bleu foncé domine sur l’icône de la Descente aux Enfers. Le brun est la couleur de la terre, de l’argile. Il ne possède pas le dynamisme ni le rayonnement des couleurs pures. Et pourtant, l’icône est remplie de ces couleurs qui jouent avec la lumière, image d’une terre transfigurée, comme on peut le voir au niveau des rochers. Le noir est la négation de la lumière, le symbole des ténèbres, du chaos, de l’angoisse et de la mort. C’est pourquoi, sur l’icône de la Descente aux Enfers, le lieu des Enfers, sous les portes brisées, est noir.
Le blanc n’est pas vraiment une couleur et pourtant, elle correspond à la somme de toutes les couleurs. Rien n’est plus lumineux que la lumière blanche. Elle est la couleur de la Révélation, de la Théophanie. C’est la couleur du vêtement du Christ après la Résurrection et également à la Transfiguration. Le blanc exprime aussi la joie et le bonheur.

Image liturgique
Image liturgique, l’icône prend le relais des mots lorsque ceux-ci achoppent face au mystère. Un va-et-vient admirable s’instaure entre l’icône et les textes liturgiques byzantins qui s’enrichissent mutuellement et nous façonnent au plus profond de notre foi. Aussi, comme le font nos frères orthodoxes durant le temps pascal, nous pouvons nous écrier, face à Celui qui nous relève et nous prend dans sa Vie : « Le Christ est ressuscité ! Il est vraiment ressuscité ! »