/ RENCONTRER DIEU / Artistes / Kim En Joong : le combat sacré

Le combat sacré : Kim En Joong

(Auteur: Fr. Bernard de Clairvaux - Parution F&L n° 237 de Mars 2005)

1940 : Né à Booyo, Corée du Sud, d’un père calligraphe
1959-63 : École des Beaux-Arts de Séoul
1965-67 : Études à « l’École Graduée » - Donne des cours de dessins au Petit Séminaire et y découvre le catholicisme – Baptême en 1967
1969 Suisse (travail et expositions) – Rencontre du Père aumônier de l’Université de Fribourg – Débute ses études de théologie
1970 : Entre chez les dominicains – Ordination en 1974
1975 : Paris, au Couvent de l’Annonciation où il vit et travaille depuis - Baptise ses parents en 1975
Expose à Séoul, Paris, Genève, Vienne, Bonn, Rome, Tokyo, Dublin, Bruxelles, Zurich…

COMMANDEZ VOTRE HORS-SÉRIE

Nous approchant de la façade d’un immeuble parisien, rue du Faubourg Saint-Honoré, nous sommes loin d’imaginer que se cache par derrière - dans la cour intérieure – l’église et le couvent dominicain de l’Annonciation où nous attend le père Kim En Joong.

Ramener à l’essentiel


Kim En Joong est d’origine coréenne. Son art s’inscrit à la jonction de plusieurs civilisations, de mondes opposés qu’il a appris à connaître, à apprivoiser. Par l’intuition des formes, par la force des lignes et des courbes, par le jeu des couleurs, leur chatoiement, leur transparence… le peintre nous donne de pressentir toute la profondeur de sa vie intérieure. Avant de peindre, comme Michel-Ange, je me prépare spirituellement pour que je ne sois qu’un instrument de Dieu qui fait passer le Mystère, nous dit-il simplement. Il faut tâcher d’être vide de soi quand on se présente à Dieu. L’œuvre de Kim En Joong, docile à l’Esprit, nous renvoie effectivement à l’image d’un au-delà qui nous dépouille de nous-mêmes. Tout ce que je fais n’est qu’un tâtonnement pour tenter de déchirer le Ciel.

Il y a beaucoup de chemins pour aller à Dieu qui est Vérité, Lumière, Bonté, Beauté, Parole, Silence... Les toiles de Kim En Joong nous « parlent » au cœur, nous « disent » quelque chose du Dieu humble et silencieux, du Dieu tout-puissant en Amour, source de toute lumière, de toute vie et de tout mouvement. Par le biais des formes et des couleurs, l’artiste aiguise en nous ce désir de silence, d’intériorité, de pureté et de bonheur, comme après une sorte de « décantation intérieure » qui nous ramène à l’essentiel, bien au-delà de ce que nous propose généralement notre monde d’aujourd’hui.

Kim En Joong nous dit : Il y a des gens de bonne volonté chez qui l’on voit la Présence de Dieu. Ils ont une bonté toute intérieure. Quand on est extériorisé, on perd l’âme ; l’âme est comme morte. Or notre monde actuel manque de pudeur. On a perdu le sens du sacré, et il y a une permissivité très grave. Dire cela aujourd’hui, c’est aller à contre-courant des modes, et c’est courageux. Mais notre artiste a reçu, lors de son ordination, cette phrase d’évangile : « Vous aurez beaucoup à souffrir ; ayez du courage, j’ai vaincu le monde » (Jn 16, 33). Il avoue : C’est vrai que l’art engendre un combat ; le démon n’est pas beau ! Il y a trop de démons dans ce monde et en nous ! La vie d’un artiste authentique est celle d’un véritable lutteur.

Si l’on en restait à ce constat, ce pourrait être terrible, mais chez cet homme de petite taille, à la fois vif, souriant et réservé, habitent justement une bonté, une sérénité et une joie très profondes. Il les tire de sa relation à Dieu, comme avec la Bible par exemple : J’aime énormément le prophète Isaïe pour son espérance ! C’est plus précisément, pour ce dominicain, l’espérance forte en la Résurrection. Lors d’une exposition, on a placé le tableau ci-dessous à côté d’une méditation écrite par le cardinal Danneels sur ce mystère.

Kim En Joong distingue art et prière, mais je ne sépare pas. Il ajoute : Je préfère autrement plus la fraîcheur et la luminosité des pommes de Cézanne à la plupart des œuvres dites sacrées ou à une Madonne de la Renaissance italienne, techniquement parfaite, mais dont manque l’aspect spirituel ! Dans sa lettre à « Monsieur Cézanne » ouvrant l’un de ses livres, il lui écrit : La mièvrerie pieuse n’arrive pas à la cheville de votre univers spirituel. Il aime Bonnard et Rouault dont il connaît le petit-fils. Distinguer l’abstrait du figuratif lui semble d’ailleurs bien arbitraire. Dans le figuratif, on peut avoir beaucoup d’abstrait et aucune vie. Les tableaux du peintre coréen comportent vie, chaleur, élan, rythme... Nous jubilons devant le chant radieux des couleurs ! On parle, à propos de son œuvre, d’abstraction lyrique.

En entrant chez les dominicains, il était prêt à ne plus peindre, mais le révérend père Menasce, ami de Jacques Maritain et parlant vingt-trois langues, alors pris d’une attaque et ne pouvant plus parler que par le regard, donna un texte à Kim En Joong pour sa profession solennelle : Dieu respecte le don qu’il a confié aux hommes. Priez Fra Angelico et continuez. Nous souscrivons encore aujourd’hui à cet encouragement !