Isaac Fanous
Renouveau de l’icône copte
(Auteur: Fr. Bernard de Clairvaux - Parution F&L n° 234 de Décembre 2004)
1919 : Naissance au Caire
1941 : Diplômé de la faculté des arts appliqués du Caire
1965 : Étudie l’iconographie byzantine et russe à Paris avec Leonid Ouspensky
1967 : Retour au Caire et directeur du département artistique pour l’art copte à l’Institut des études coptes
1990 : Iconographie de l’église de la Vierge à Los Angeles (U.S.A.)
1994 : Vitraux et mosaïques de la cathédrale catholique du Caire
2000 : Rencontre avec Jean-Paul II au Caire
- Dans la même rubrique
- Liste des articles.
- Les Bernardins.
- Dominique Hanquart : Art de vivre, art de peindre.
- La multiplication des pains.
- K. Mindszenti : L’arc-en-ciel des cœurs confiants.
- Isaac Fanous.
- L’instant magique du Déclic.
- Michel Arcelin, prière de pierre.
- Dans les bras du Père.
- Affaire d’hommes et de tissus.
- Vos réactions
- Envoyer à un(e) ami(e)
- Imprimer cette page
Maître Isaac Fanous… Un grand personnage par son talent d’iconographe et son humilité. Père du renouveau de l’art copte, nous l’avons rencontré à Dijon où ses icônes, avec celles de ses nombreux disciples, étaient exposées en France pour la première fois.
À la question Depuis quand peignez-vous des icônes ?, Fanous répond Oh ! çà ne fait pas cinquante ans, mais sept mille ans ! Son art, faussement naïf, résulte en effet d’une connaissance profonde de l’histoire et de la civilisation égyptiennes.
Tradition et création
D’abord étudier et reconnaître le legs de l’Égypte ancienne et de l’art copte, nous dit-il, puis l’artiste contemporain doit réinvestir ce legs dans une création nouvelle. Le style du Maître se reconnaît par la pureté des formes, la droiture des regards, la qualité lumineuse des couleurs et une grande construction de la composition. Fanous nous en donne un exemple : En regardant bien, vous découvrirez que tout le personnage d’un saint tient en largeur dans le diamètre de l’auréole. La nouveauté, c’est d’abord selon lui une redécouverte de ces proportions anciennes. C’est découvrir ensuite combien les procédés de l’Égypte ancienne utilisent le symbolisme, l’abstraction, le cubisme : éléments que l’on retrouve dans l’art contemporain. Les visages coptes ne cherchent pas à « imiter » le visage humain ; l’art copte n’entre pas dans les détails comme dans l’art byzantin. Une stylisation ou abstraction des formes sont là pour exprimer une vision d’éternité. Voyez ces visages ovales ou ces yeux en amande soulignés de noir, si caractéristiques !
L’Entrée en Égypte
C’est le thème de l’iconographie égyptienne par excellence ! On ne parle pas de la Fuite en Égypte, mais de l’Entrée en Égypte. Cet événement, souvent sous-titré en anglais ou en arabe : D’Égypte, j’ai appelé mon Fils (Mt 2,15), est vécu comme l’« Illumination » et la conversion de l’Égypte. Parmi les symboles égyptiens, on rencontre le Nil, les palmiers ou l’ibis, oiseau sacré de l’Égypte ancienne que le christianisme identifie au Sauveur car il débarrasse la terre des insectes nuisibles, comme le Christ a débarrassé l’Égypte des idoles.
La Sainte Famille rentre en Égypte, conduite par Joseph sur qui repose un ange. Celui-ci est revêtu de la tunique blanche et de l’étole, évocation de sa pureté et de son rôle de serviteur de la Liturgie céleste et du dessein de Dieu sur l’humanité. La terre d’Égypte, en accueillant son sauveur, s’offre à la lumière divine (en jaune derrière les auréoles) et se laisse féconder : les palmiers s’épanouissent en éventail et donnent leurs fruits ; la terre fleurit ; le Nil (très stylisé) devient porteur de vie éternelle. En effet, les poissons, symboles des évangélistes, sont déjà attentifs à Celui qui vient ! La séparation, en trois plus un, représente les trois évangiles synoptiques plus celui de Jean.
Malgré l’humilité de la scène, c’est une Vierge en Majesté qui nous fait face. Vêtue de son manteau bleu étoilé, elle est le nuage léger prophétisé par Isaïe, le trône du Christ (Is 19,1). L’âne lui-même est élevé au rang de Chérubin car c’est lui qui porte le trône de la Majesté divine (Ps 17,11) ; son regard, d’une grande intensité, nous partage son émotion ! Le Christ, comme souvent, est au centre de la composition, vers qui tout converge.
Jésus enseigne au Temple
L’icône d’Emad Bibawi, de « l’école fanousienne », montre Jésus vêtu de blanc par sa divinité et de rouge par son humanité immolée. La douceur et la force de son regard qui pénètre dans le nôtre, révèlent son Amour infini. Fanous est l’inventeur de « l’ombre lumineuse » dégagée par les personnages saints, comme ici par le Christ. Si nous sommes dans la prière, il ne faut pas hésiter à innover selon ce que nous révèle l’Esprit à notre cœur, dit-il. Les rideaux marquent la séparation entre l’Humanité et Dieu après le péché originel ; leur ouverture sur la lumière divine, symbolisée par l’or dans lequel l’auréole du Christ vient se confondre, est le signe de la réconciliation et de l’harmonie restaurée entre le Créateur et sa création, grâce au Christ venu nous sauver.
Pour conclure, Fanous nous précise ce qu’il attend de ses élèves : Qu’ils soient des créateurs ! C’est exigeant. L’iconographie demande une vie d’union au Christ et une formation solide en théologie. C’est une vocation, un appel par l’art à la sainteté !
Deux « passeurs » importants de l’œuvre d’Isaac Fanous en France :
François Chenue, responsable à Dijon de l’atelier d’icônes Jean de saint Denis et de l’association Ayin, 12 impasse des Buissonnets, 21160 Corcelles-les-Monts (03.80.42.93.18.) qui fût le maître d’œuvre de l’exposition avec Ashraf Sadek, responsable de l’association et revue Le Monde copte, 11 bis rue Champollion, 87000 Limoges (05.55.50.21.87) et biographe officiel d’Isaac Fanous.
Un livre : L’Incarnation de la lumière - L’œuvre d’Isaac Fanous, Ashraf et Bernadette Sadek, éd « Le Monde copte », n° 29, 450 p, 61 €





