L'amour sans mesure, Hildegard Michaelis, peintre
(Auteur: Fr. Bernard de Clairvaux - Parution F&L n° 258 de Février 2007)
Née en 1900 à Erfurt, entre aux Beaux-Arts de Hambourg à 17 ans Se spécialise dans le tissage. Expose en Allemagne et en Hollande. Après sa conversion au catholicisme, fonde des monastères de spiritualité bénédictine en Hollande (1935), en Suisse (1962) et en France (1963, 1966) où l'on cherche l'harmonie et la beauté pour Dieu : ateliers de tissage, sculpture, vitraux… En 1966, hémiplégique, ne se consacre plus qu'à la peinture et entre dans une période de créativité exceptionnelle. Meurt en 1982, laissant aux sœurs et aux frères (Abbaye Sainte-Lioba, 530 chemin des Mérentiers, 13109 Simiane-Collongue, 04.42.22.60.60, benedictins(at)lioba.com ) le soin de continuer la mission que Dieu lui avait confiée.
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L'artiste a pourtant expérimenté la souffrance : son frère est mort défiguré à Verdun et elle-même fut paralysée, mais elle s'est laissée transfigurer. En mai 2005, le peintre Arcabas découvre son œuvre et écrit : J'ai été ébloui par l'œuvre de Hildegard Michaelis. Frappée par la maladie, abandonnée par la moitié droite de son corps, elle réapprend tout avec la moitié gauche, pour faire apparaître, en couleurs, une foi qui étreint le monde, dans une joie qui n'a d'égale que sa liberté.
La peinture de Hildegard transmet une paix et une force à celui qui la contemple. Elle sème quelque chose d'invisible qui la dépasse. Il y a beaucoup de générosité dans ces œuvres qui s'offrent à nous comme des "icônes" de la générosité de Dieu. Celui-ci désire que nous goûtions à son amour lumineux et miséricordieux, pourvu que l'on se laisse "toucher"… Les "touchers" de Dieu nous reconstruisent et nous ramènent à notre dignité d'enfants de Dieu.
Cela est aussi vrai d'une œuvre de création artistique lorsqu'elle se laisse inspirer, consciemment ou non, par la grâce du Créateur. Elle nous "touche" et nous fait du bien ! Nous retrouvons tout cela dans les tableaux de Hildegard, qui reprennent souvent les faits de Jésus venu "toucher" les hommes par sa parole et par ses gestes, pour les sauver de leurs lèpres intérieures ou physiques.
Ici, Jésus se penche sur le fils de Timée (Bartimée), un mendiant aveugle assis à la sortie de la ville de Jéricho. Au passage du Messie, Bartimée se met à crier : " Fils de David, Jésus, aie pitié de moi ! " (Mc 10, 47) et Jésus alors le guérit en étendant la main. Les deux hommes sont au centre du tableau. La scène est entourée d'un halot triangulaire qui se distingue de l'ensemble par ses couleurs mêlées de blanc. Le blanc peut évoquer la lumière et la grâce… Jésus, " Lumière du monde ", est entièrement vêtu de blanc. Au sein du triangle (souvent symbole trinitaire), on devine une référence à la terre et au ciel par les tons bruns et bleus : Jésus est le Médiateur entre le ciel et la terre qui, en Lui, deviennent un seul et même pays !
L'artiste, excellente coloriste, passe par la "ronde des couleurs" pour nous amener à la "ronde des hommes". Certains se tiennent par la main, d'autres échangent à deux… mais il y a aussi des solitaires. Il s'agit apparemment de solitudes différentes. L'une semble douloureuse chez ce petit homme vert qui se trouve dans la foule. Celle-ci fait de ses "bonshommes" des êtres sans traits précis. Elle en fait des anonymes… L'autre semble plus radieuse chez cet homme en contact avec "le triangle de la grâce"… L'aveugle aussi était seul, rabroué par la foule, mais il sera réhabilité au sein du groupe, une fois guéri par Jésus, " cheminant alors à sa suite " (Mc 10, 52) en toute confiance.
Hildegard a ce mot riche d'une expérience profonde : Il n'existe pas de mesure plus grande à l'amour que la confiance. Remarquons aussi ce canard un peu pataud et, en haut, cet oiseau blanc plus léger, en plein vol, nous rappelant l'Esprit…
La nature est un sujet de prédilection pour Hildegard qui multiplie les paysages, avec ou sans animaux, avec ou sans hommes, reprenant des épisodes bibliques ou s'arrêtant tout simplement sur la beauté de la Création qui nous fait pressentir mystérieusement la Beauté du Créateur.
Nous sommes dans les feux et les scintillements des rives du Jourdain. Hildegard donne ici de l'importance au mouvement et à la lumière. Tout est dit avec une gamme extraordinaire de couleurs et de nuances qui viennent enchanter notre regard et notre cœur… Quelque soit le sujet, l'art de Hildegard est imprégné du souffle de la foi et nous revivifie. Elle-même écrit : Cherche ton Dieu et ton cœur revivra. Par-delà la mort de la peintre, son œuvre ne cesse d'en témoigner…
Pour découvrir davantage l'œuvre et la vie de Hildegard Michaelis, un très bel ouvrage rassemblant 50 œuvres : Cherche Dieu et ton cœur revivra, préfacé par Arcabas, avec un texte de Dom André Louf, aux éditions du Cerf, 2006, 128p, 34€.





