/ RENCONTRER DIEU / Artistes / Affaire d’hommes et de tissus

Affaire d’hommes et de tissus

(Auteur: Fr. Bernard de Clairvaux - Parution F&L n° 276 d'Octobre 2008)

1952 : née à Cherbourg ; famille catholique ; 9 enfants
1970-73 : cours de la Ville de Paris (dessin)
1973 : mariée ; 8 enfants
1977 : entre à la Cté de l’Emmanuel (son mari, diacre, en a la responsabilité sur l’Essonne)
1997 : prof de gym diplômée pour adultes
Une quinzaine d’expositions dont en 2008 : Paray-le-Monial et Maurepas (1).

COMMANDEZ VOTRE HORS-SÉRIE

Je ne veux pas donner de sens à ce que je fais, confie Hélène. D’ailleurs, je mets rarement de titre. L’artiste ne se noie pas dans les explications : Quand je crée, je ne veux pas réfléchir… C’est comme si mon cerveau arrivait dans mes mains ! Son œuvre est un mélange d’intuition et de savoir-faire nés d’un regard qui vient réveiller le nôtre.

Les gens…
Hélène Pouzoullic a toujours aimé dessiner : Ayant un mari peintre (M. Maufay), ma professeur de musique expliquait la musique avec la peinture ; pour moi, tout est lié, musique, danse, peinture, écriture… Ses thèmes ? J’aime regarder les gens, leurs attitudes, leurs postures… Un homme, lors d’une exposition, avait du mal à trouver ses mots pour expliquer à l’artiste ce qu’il ressentait face à ces tableaux qui pour lui n’étaient pas seulement figuratifs : C’est quand même abstrait, disait-il. L’œuvre d’Hélène est un art figuratif qui nous mène au-delà de ce qu’il représente. Son œuvre nous parle en fait parce qu’elle nous rend compte de l’homme, de ses expressions, de cette présence ou absence de communication, de toutes ces vies “parallèles” qui s’ignorent le plus souvent, de l’homme avec tout son mystère…. J’ai rencontré Hélène lors d’une exposition intitulée « Les Temps du silence » (1) : temps de connivence ou de solitude, une solitude choisie ou subie… Ci-contre, un “arrêt sur image” sur cinq personnages nous met en face de plusieurs situations. On remarque deux hommes regardant dans la même direction, proches l’un de l’autre, dans une même tension ou une même complicité… La couleur est de la partie : signe de vie ? L’homme seul au chapeau nous tourne le dos, les mains dans les poches. Il marche… D’un bon pas ? Ou d’un pas nonchalant ? Triste, joyeux ou indifférent ? Et ces deux autres, davantage devinés que vus, dont les traits du visage sont absents : vont-ils vers nous ou s’éloignent-ils ? Leur attitude donne une perception agréable de mouvement par la démarche et les têtes qui s’éloignent l’une de l’autre… Qu’est-ce qui se trame – ou non ! – entre ces cinq personnages ? Dans mes tableaux, chacun voit ce qu’il veut, affirme l’artiste. On se sent rejoint par toute la question des rapports humains et du sens de la vie. Où vont ces personnes ? Qu’est-ce qui habite leur cœur ?

Matière à récupération…
Hélène récupère tout ce qu’elle trouve : éduquée à l’économie, mais sans manquer de rien. Une façon d’aller à contre-courant d’une société de consommation, même si elle avoue aussi en faire partie ; une façon de dire qu’il n’y a jamais rien de foutu… Et puis, ça m’amuse ! J’aime le textile, une matière douce, légère, et je peux rouler mes tableaux. Hélène utilise également du papier d’emballage, du bois, de grandes nappes en papier… Ci-dessus, nous trouvons un homme assis, entouré de chaises vides. Est-il simplement tranquille à goûter le silence ou se sent-il seul ? Est-il abandonné à la vie ou souffre-t-il d’abandon ? Un homme devant ce tableau fut ému jusqu’aux larmes. En se portant acquéreur de l’œuvre, il confia à l’artiste que cela l’avait rejoint profondément dans l’épreuve d’une séparation… Hommes, femmes, prisonniers, musiciens ou enfants afghans en train de sourire malgré la souffrance, tous ces personnages nous parlent au cœur. L’artiste retient un mot de Peter Sellars lu dans un journal : « L’art cicatrise le tissu blessé, celui de l’individu comme celui d’une société toute entière. » Hélène ne veut surtout pas parler d’art sacré, mais elle avoue : Je ne ferais rien si je n’avais pas la foi. Involontairement, son œuvre témoigne de sa vie de prière. Elle habite à côté d’un carmel : C’est une chance ! La messe a lieu tous les jours ; j’y vais quand je peux ; ça m’apaise beaucoup… Je possède un grand amour pour l’Église. Elle se souvient aussi, parmi les personnes qui sont comme des balises sur son chemin d’artiste, de cette dame un peu originale, Mme Leconte, habitant près de chez elle, qui a sculpté la Vierge de l’île Bouchard : Elle me disait en substance que la chose essentielle, c’est Dieu…

(1) Exposition “Les Temps du silence” organisée par Régine Minet (autre rencontre importante sur le chemin de l’artiste) à la Maison du Cèdre, 9 place des Buttes – 78310 Maurepas Village / 01 30 66 11 82 – assoclecedre(at)wanadoo.fr
Pour contacter l’artiste : famille.pouzoullic(at)free.fr