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Saint Jean-Marie Vianney (1786-1859)
L’âme d’un curé de campagne

(Auteur: Monseigneur Bagnard - Parution F&L n° 241 de Juillet-Août 2005)

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« Jean-Marie Vianney est un témoin hors pair de l'accomplissement du ministère et de la sainteté du ministre », disait Jean-Paul II. Allons à la rencontre de ce prêtre dont la seule gloire est d'avoir accompli d'une manière extraordinaire le travail ordinaire d'un curé de campagne.

La sainteté signifie d'abord l'intimité avec Dieu. Le Père Toccanier, au procès de canonisation du Curé d’Ars, exprime le cœur de la vie de Jean-Marie Vianney : Dieu, rien que Dieu, Dieu partout, Dieu en tout ; toute la vie du Curé d'Ars est là.

C'est cette intimité avec Dieu qui lui a ouvert le chemin de l'ordination. J'ai entendu bien des prêtres raconter que, pendant ses études, il avait montré une piété exemplaire et que c'était en considération de cette piété qu'il avait été appelé aux saints ordres. On connaît, en effet les difficultés intellectuelles du jeune Vianney, son manque de mémoire, son impossibilité à saisir la langue latine et son renvoi du séminaire où il n'était resté que quelques mois.

Cette vie intime avec Dieu se poursuivit une fois prêtre. En s'occupant du salut des autres, le Curé d'Ars ne négligeait pas sa sanctification personnelle : il consacrait à la prière, à la méditation, aux visites au Saint-Sacrement, le temps qu'il ne donnait pas au salut des autres.

Au commencement de son ministère à Ars, comme il avait encore peu d'occupations, il faisait de fréquentes et longues visites au Saint-Sacrement, de sorte qu'on disait qu'il avait choisi l'église pour sa demeure. Persuadé qu'il faut se sanctifier soi-même pour sanctifier les autres, il s'efforçait d'augmenter en lui l'amour de Dieu par une vie de prière, de mortification et de pénitence.

Une intériorité ainsi habitée par la présence de Dieu rend capable d'éprouver de la joie au cœur de toutes les épreuves. Le Curé d'Ars n'en a pas manqué. Peu de temps après son arrivée, les bruits ont couru dans le village qu'il était le père d'un enfant qu'une jeune fille de la paroisse attendait. La rumeur s'amplifiait ! On vint placarder sur la porte du presbytère les accusations les plus injurieuses. Le curé restait silencieux. Il entendait tout. Il remettait son sort à Dieu : « Comme j'étais alors heureux dans ces moments-là. Tout ce que je demandais au Bon Dieu, Il me l'accordait. » L'épreuve vécue en union avec Dieu devient une terre de fécondité pastorale : « Je lui ai entendu dire qu'il suffirait d'aimer les croix pour qu'on pût les porter facilement ; l'amour des croix en détruit l'amertume, comme le feu qui brûle les épines leur enlève ce qu'elles ont de piquant. » Les épreuves, pour ceux que Dieu aime, ne sont pas des châtiments mais des grâces.

Jean-Marie Vianney va s'attacher à ses paroissiens d'une façon admirable. C'est en raison de ce lien d'affection que le Curé va progressivement modifier le comportement de ses paroissiens. Parce qu’ils ont peur de lui faire de la peine, insensiblement les paroissiens vont changer de conduite. Un nouveau climat va s'instaurer dans toute la paroisse. On lit dans le procès de canonisation : Il sut tellement attirer l'affection de ses paroissiens qu'il fit cesser les danses fort en usage dans le pays, en les menaçant de les quitter s'ils ne cessaient de danser... Il ne combattit pas les abus par des moyens brusques et violents… mais par des instructions pleines de douceur et de foi.

Là où va s'exprimer avec le plus d'ampleur le lien du curé avec ceux dont il a la charge, c'est dans le Sacrement du Pardon. Mais alors les contours géographiques de sa paroisse vont considérablement s'élargir. Au cours des vingt dernières années, ses journées avaient à peu près le même programme. Le voici, décrit par Catherine Lassagne, une de celles qui ont approché le plus près du Curé d'Ars :

« Il commençait à confesser à une heure ou deux heures du matin et il entendait les pénitents en moyenne quinze heures par jour. Les jeûnes, les macérations, les infirmités, le manque de repos et de sommeil ne retranchaient rien à la longueur de ces séances ; elles ne cessèrent que le 30 juillet 1859, c'est-à-dire cinq jours avant sa mort. Il mettait en pratique ce qu'il disait des saints dont le cœur se dilate à proportion des âmes que le Bon Dieu met sur leur chemin, comme les ailes de la poule s'étend à proportion du nombre de ses petits. La foule des pénitents était immense. Un grand nombre passaient la nuit sous le porche de l'église et se pressaient, dès qu'elle était ouverte, autour du confessionnal. »

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