Marie-Louise Trichet (1684-1759)
Tendre folie d’une humble servante
(Auteur: Sr Lucienne Favre, Fille de la Sagesse - Parution F&L n° 273 de Juin 2008)
Née le 7 mai 1684 à Poitiers dans une famille chrétienne de la petite bourgeoisie, Marie-Louise est la quatrième parmi sept enfants. C’est une famille modeste, aimante et chaleureuse avec un père, Procureur, doux et affable, une mère vive et déterminée. Marie-Louise est une fillette calme et silencieuse, trop, dit sa mère qui se lamente : « Que ferons-nous de cette fille ? Elle est stupide ! » À quoi son père répond : « Vous vous trompez, Dieu fera par elle de grandes choses. »
Un jeune prêtre breton
À la fin de sa scolarité, Marie-Louise demeure dans sa famille, avec sa sœur Elisabeth, secondant sa maman pour les tâches domestiques et le soin des enfants plus jeunes. Elle visite les pauvres et les malades qui s’entassent à l’Hôpital Général tout proche, établissement qui était surtout le refuge pour tous les miséreux de la ville : sans-abris, malades, abandonnés.
D’une manière providentielle, à l’âge de 17 ans, elle rencontre le père Grignion de Montfort. Ce jeune prêtre breton est un missionnaire au sens fort du terme, passionné de Jésus-Christ et impatient de l’annoncer. Formé à Saint-Sulpice à Paris où il a été ordonné prêtre en 1700, il cherche sa voie : évangéliser les campagnes, servir les pauvres, parcourir le monde pour prêcher la bonne nouvelle, vivre dans la contemplation ? En 1701, il est nommé aumônier de l’hôpital de Poitiers.
Marie-Louise lui confie son désir de devenir religieuse. Réalisation qui semblait impossible, à cause de la dot que ses parents ne peuvent verser. Car à cette époque, une religieuse ne peut être que cloîtrée. Le père de Montfort lui promet qu’elle sera religieuse et lui demande de patienter. Elle continue à le rencontrer, au grand dam de sa mère qui redoute l’influence de ce prêtre à l’originalité marquée et au zèle dérangeant : « Tu deviendras folle comme lui ! » dit-elle.
« Allez vivre à l’hôpital ! »
Le père de Montfort doit quitter Poitiers et Marie-Louise fait un essai de vie monastique qui tourne court. Au retour du père, Marie-Louise renouvelle sa demande. La réponse est étonnante : « Allez vivre à l’hôpital ! » Boutade, peut-être, car le père de Montfort n’a toujours pas de solution pour elle. Marie-Louise le prend au mot et s’en va, seule, trouver l’évêque afin de solliciter une place à l’hôpital au service des pauvres. Pas de place vacante ! Alors elle implore qu’on l’accueille « en qualité de pauvre » ! L’évêque, très ému, accepte. Voilà Marie-Louise pauvre parmi les pauvres : mêmes conditions de vie, même promiscuité, avec des activités selon ses capacités : soins, catéchisme, prière.
Le père de Monfort rêvait alors de fonder une congrégation. Il avait réuni une quinzaine de filles handicapées. C’est dans ce groupe qu’il introduit Marie-Louise, à la dernière place. Le 2 février 1703, il lui remet un habit singulier, celui que portent les paysannes de la région, en bure grise, avec un châle de toile blanche et une coiffe comme les femmes du pays ; avec une croix et un chapelet, cela fait un costume religieux d’un genre nouveau… Ainsi vêtue, Marie-Louise s’engage, dans la chapelle de l’hôpital, pour le service de l’Église dans les pauvres et les petits. Voici l’acte de fondation de la Congrégation et pourtant, Marie-Louise est seule, sans communauté et sans projet. Montfort quitte Poitiers et lui recommande de ne pas sortir de l’hôpital avant dix ans.
Pendant ces dix ans, elle n’a que quelques lettres et de rares visites pour la soutenir, mais elle en profite pour améliorer grandement le sort des pauvres de l’hôpital. En 1713, le père de Montfort recrute une autre personne, Catherine Brunet. En 1714, alors qu’il se trouve à La Rochelle, il y appelle les deux Sœurs pour ouvrir une école pour les fillettes pauvres. Les Sœurs arrivent en mars, rien n’est prêt, mais elles se mettent à l’œuvre et l’école est vite une réussite.
« Nommez-vous les Filles de la Sagesse »
Au cours de l’été 1715, le père de Montfort vient les rencontrer. Il leur donne un nom : « Nommez-vous les Filles de la Sagesse », une mission : « le soin des pauvres et l’éducation des enfants », une Règle approuvée par l’évêque de La Rochelle et une Supérieure : Marie-Louise. Deux autres jeunes filles sont admises comme novices. La Congrégation est alors instituée.
Pour enraciner la Congrégation, il faut, pense Marie-Louise, une Maison-Mère qui soit un lieu d’accueil des jeunes sœurs, de formation et de rassemblement pour toutes. Or, le père de Montfort est décédé lors d’une mission à St-Laurent-sur-Sèvre, à l’âge de 43 ans. Une rencontre providentielle et des circonstances inattendues amènent Marie-Louise à envisager cette fondation à St-Laurent-sur-Sèvre. Une bienfaitrice y a acquis une maison pour les sœurs. En juin 1720, Marie-Louise y arrive seule, un soir : elle trouve une maison très pauvre et presque vide. Sur une table, un morceau de pain noir et une cruche d’eau : c’est le festin d’arrivée des Filles de la Sagesse à St-Laurent pour l’établissement de la Maison-Mère.
Après quelques jours, les autres sœurs arrivent et un brave homme du pays propose son aide. Le curé-doyen ne se montre pas accueillant et cause bien des tracas : il ne pensait pas recevoir des religieuses si pauvres qui ne pourraient pas de sitôt prendre en charge les pauvres et fonder une école !
Un « charisme de simplicité »
Cependant, plusieurs jeunes filles, attirées par ce genre de vie religieuse nouveau, sans cloître, demandent leur admission et malgré un dénuement qui perdure, la Congrégation croît rapidement. Dès 1724, on peut envisager de fonder des communautés à l’extérieur : la première sera Rennes.
Marie-Louise est morte à St-Laurent, le 28 avril 1759, 43 ans jour pour jour après le père de Montfort. Elle avait 75 ans. Son tombeau se trouve à St-Laurent-sur-Sèvre près de celui du fondateur. Elle a admis 175 sœurs et fondé 35 communautés hors de St-Laurent.
Sur le plan spirituel, Marie-Louise a intégré, pour lui donner corps à sa manière, la spiritualité du fondateur, qui est une spiritualité de l’Incarnation. Elle avait remis sa vie entre les mains de Marie, par la Consécration de soi-même à Jésus-Christ, Sagesse incarnée, par les mains de Marie, que le père de Montfort avait recommandée. Alors que, toute jeune, elle se sentait attirée par la vie contemplative,
elle a découvert peu à peu que la contemplation peut se vivre à fond dans une vie apostolique très active ; elle a ainsi vécu une remarquable unité de vie. Une de ses biographes parle à son sujet de charisme de simplicité, « une capacité à accueillir le quotidien et à inventer sa vie, jour après jour dans le sillage de Dieu ».
Pour en savoir plus sur les Filles de la Sagesse :
www.fillesdelasagesse.fr




