Mohandas Karamchand Gandhi naît le 2 octobre 1869 à Porbandar, petit port situé sur la côte Ouest de l'Inde. Il est le quatrième enfant de Karamchand et Lutlibai Gandhi et appartient à la caste des Vaishya qui doit traditionnellement pratiquer des emplois modestes. En effet, le patronyme Gandhi signifie " marchand d'épices ". Cependant la faveur du Prince a permis aux Gandhi d'obtenir le titre de Diwan (Premier ministre) de Porbandar, ce qui leur donne une certaine aisance.
Mohandas vit une enfance paisible et heureuse. Sa mère Putlibai est une femme pieuse, simple et avisée. De son père, l'enfant a reçu le sens du devoir et de l'honnêteté ; c'est un homme peu instruit, mais de riche expérience et d'une " réputation méritée de stricte impartialité " (Autobiographie). Ces deux exemples ont lentement façonné l'esprit et le cœur du petit Mohandas. Sa première conviction a été de comprendre que " la morale est le fondement de tout et que la vérité est la substance de toute morale " (Autobiographie).
Selon la coutume, il est marié à 14 ans à Kasturbai, âgée seulement de quelques mois de plus que lui. Comme leurs caractères sont fort différents, les premiers moments de ce nouveau ménage sont assez turbulents. Elle se montre espiègle, aimant les jeux de son âge ; lui imposant de lourdes restrictions, il veut tout régenter alors qu'elle s'efforce de n'agir qu'à sa guise… L'école, puis plus tard les études supérieures leur permettront, heureusement, de ne pas vivre en cercle fermé. Sur les conseils d'un brahmane, Mohandras projette de poursuivre ses études de droit à Londres, ce qui lui permettrait d'exercer un métier lucratif et brillant. Malgré l'opposition de sa famille, il s'embarque le 4 septembre 1888, et confie à son frère sa femme et son jeune fils Harilal. Dans un premier temps, il se laisse séduire par le brio de la société occidentale. Puis il prend conscience du côté superficiel de cette vie mondaine, et y renonce du jour au lendemain. Au bout de trois ans, il obtient son diplôme d'avocat et revient en Inde. En 1893, il accepte de se rendre en Afrique du Sud afin de défendre les intérêts d'une entreprise lors d'un procès. C'est là qu'il vit ses premières luttes et devient populaire. En 1896, il fait venir sa femme et ses enfants, et travaille comme avocat jusqu'en 1899. En 1914, il revient définitivement dans son pays natal et décide de le redécouvrir en profondeur. Dès son arrivée, il lutte contre les modalités du pouvoir, ce qui lui vaut plusieurs séjours en prison. En 1944, sa femme Kasturbai meurt lors de sa détention. Le 30 janvier 1948, Nathuram Godse, un extrémiste hindou, l'assassine ; il succombe en invoquant le nom de Rama, l'un des noms hindous donnés à Dieu. " Car la mort est certaine pour ce qui naît, et certaine la renaissance pour ce qui meurt ; devant l'inéluctable, pourquoi s'apitoyer ? " Ce verset a été récité le matin même durant la prière.
L'homme politique
Gandhi ne peut pas être considéré seulement comme un penseur ou un philosophe. Toute son action s'inscrit dans la vie politique des pays dans lesquels il a résidé. C'est après avoir amèrement été victime de la ségrégation raciale en Afrique du Sud, qu'il s'insurge et obtient de modestes victoires. En 1894, le gouvernement du Natal refuse aux Indiens le droit d'être membres du corps législatif. Gandhi organise une pétition, reçoit dix mille signatures et fonde le Congrès indien du Natal. Il prépare alors de grands mouvements pacifistes de " désobéissance civile ". En 1899, lors de la guerre des Boers, il s'engage comme infirmier dans l'armée britannique. Ceci peut être compris comme un signe d'attachement à l'Empire Britannique, mais c'est aussi un acte d'abnégation et d'humilité. Gandhi, premier avocat indien d'Afrique du Sud, a peu à peu rejeté tous les honneurs. Dès son retour en Inde, en 1915, Gandhi s'est mis à lutter pour la libération de son pays du joug de l'Angleterre et plus globalement de l'emprise de l'Occident. Son autorité, son influence sont dues aussi à ses talents d'orateur. Il renoue avec l'Inde profonde et pauvre, et sa première grande cause est la défense des paysans déshérités du Bihar (frontière du Népal) qui travaillent pour des maîtres britanniques. Il se rend aussi à Ahmadabad où il inaugure le jeûne comme moyen de pression sociale et politique. Le 6 avril 1919, il organise un mouvement général de grève et de silence, qui aurait été un succès si le général anglais Dyer n'avait pas fait abattre 300 à 400 personnes dans la foule " pour l'exemple ".
Gandhi proposera aussi un programme de non-coopération à l'Empire Britannique : boycotter tout ce qui provient de l'Occident, tant au niveau culturel (école, fonctions honorifiques…) qu'au niveau économique. Pour relancer l'artisanat local, il invite les Indiens à filer eux-mêmes leurs étoffes. Le 12 mars 1930, il entreprend la célèbre " marche du sel ", marche de 24 jours (230 kms) qui symbolise le refus de la taxation anglaise sur le sel. Il est suivi par des villageois, des journalistes, des intellectuels et devient célèbre dans le monde entier.
À partir de 1930, il s'éloigne de la scène politique, laissant la place à Nehru. Cependant lorsque la seconde guerre mondiale éclate, il se montre intraitable et pousse à l'insurrection contre l'Angleterre ; emprisonné, c'est Churchill qui va le faire libérer en 1944. Affaiblie par la guerre, la Grande-Bretagne laisse l'Inde vivre son indépendance pour laquelle Gandhi a combattu dès le début ; elle est proclamée le 15 août 1947. Indépendance signifie alors désunions internes entre hindous et musulmans. Ces derniers réclament un état séparé. Gandhi tente de réconcilier ces deux communautés, mais la partition de l'Empire entre le Pakistan et l'Inde devient une fatalité. Un grand exode commence alors, de même que des massacres de part et d'autre faisant un à deux millions de morts. Gandhi jeûne pour éviter le pire à Calcutta. Ceux qui ont pris les armes les déposent à ses pieds : c'est son dernier " triomphe " avant son assassinat.
Le Mahatma, ou " la grande âme "
Homme politique influent, Gandhi ne peut pas être rigoureusement défini comme tel. Sa force et son originalité viennent de cette combinaison entre le politique, le religieux et un travail acharné sur lui-même. Il a lutté sur les fronts sociaux et économiques, mais bien plus encore sur le plan personnel. Pour lui, la politique se fait " par le bas ", par une vie concrète et humble qui commence par soi-même. Politique et religion restent indissociables. La vie de cet être aspirant à la plus radicale simplicité ne répond pas à un schéma rigide ; on le voit en évolution, mettant ses principes au contact du réel. Il semble se contredire parfois, mais il garde une fidélité profonde à son idéal.
Gandhi perçoit l'univers comme régi par une Intelligence, un Principe suprême : satya (vérité) ou Dieu. Tous les êtres vivants incarnent ce principe, ils sont " fondamentalement un " puisqu'ils participent de cette essence divine. Pour Gandhi, ils sont identiques et non pas tout simplement égaux. L'amour, dans son sens le plus général, reste alors la forme de relation la plus haute. Amour signifie ici se préoccuper des autres. C'est dans la simplicité, dans la pureté de cœur qu'il reconnaît la présence de Dieu, d'abord comme une " voix intérieure ", puis comme une lumière, une douceur et un amour pénétrant au plus profond de l'être. Par sa dette à l'égard de l'Évangile, il y a en lui une rencontre pathétique entre l'Orient et l'Occident, même s'il a su fustiger les limites du matérialisme.
Certes, il est toujours resté profondément attaché à la religion hindoue, mais il l'a "colorée" de cette rencontre avec le christianisme. Il a su faire l'amalgame de plusieurs religions sans pour autant tomber dans une sorte de syncrétisme conduisant à une pensée vague et éthérée. À sa façon, il a admiré et aimé le Christ, incarnation de l'amour, et il s'est toujours laissé saisir par son enseignement, surtout le Sermon sur la Montagne. En visite à Rome à la chapelle Sixtine, il s'arrête devant le Christ en croix et ne peut retenir ses larmes. Il avoue : devant autant d'amour, on ne peut s'empêcher d'être ému jusqu'aux larmes. Épris de la dignité humaine, il n'a jamais pu supporter que l'on puisse y porter atteinte.
Ses luttes
La lutte contre l'intouchabilité chez Gandhi n'est pas une simple revendication sociale. Elle revêt le caractère même de sa philosophie, elle l'illustre. Il a toujours voulu améliorer le sort des intouchables, rejetés, considérés comme les parias de la société, ceux auxquels les tâches les plus abjectes sont confiées. Sans hésiter il a accueilli dans son ashram d'Ahmédabad une famille de cette caste ; il a aussi partagé les travaux qui leur sont réservés disant : L'humilité constitue la connaissance et tout le reste n'est qu'ignorance. Il les désigne tous sous le nom de Haryans ou " enfants de Dieu ".
Gandhi a aussi lutté pour améliorer la condition féminine en Inde, affirmant que la femme est l'égale de l'homme, sa compagne, son amie, sa collègue. Il a voulu éviter le mariage d'enfants, écrivant au sujet de sa propre expérience : Je ne vois aucun argument d'ordre moral au sujet d'un mariage si ridiculement précoce. Malgré les oppositions avec son épouse, ils ont formé un couple uni et fidèle. En 1906, à l'âge de 37 ans, il fait vœu de chasteté totale, considérant Kasturbai comme sa sœur, dans la maîtrise totale des sens.
La non-violence
Gandhi a essayé d'établir le principe de l'amour dans tous les domaines de la vie, qui implique l'ahimsa ou la non-violence. Elle découle de la force de l'âme et dicte les actes. Il la définit ainsi : le principe de l'ahimsa est violé par toute pensée mauvaise, par toute hâte excessive, par le mensonge, la haine, le fait de souhaiter du mal à quiconque ; on le viole aussi lorsqu'on garde pour soi ce dont le monde a besoin. Pour lui, l'adversaire, quel qu'il soit, doit être vaincu par la sympathie, la patience et la compréhension : La patience implique une souffrance personnelle. On défend la vérité non en faisant souffrir son adversaire mais en souffrant soi-même.
La non-violence implique douceur, compassion, humilité, maîtrise des puissances affectives…
Elle tend vers la perfection absolue. Elle a une portée universelle, elle pénètre tout et confère à l'homme toute sa dignité. Elle concerne ainsi tout être humain, du plus faible au plus fort, pourvu qu'il accepte de s'impliquer. Gandhi ajoute : elle est aussi difficile, ou aussi facile, à pratiquer que n'importe quelle autre vertu, sans qu'il soit nécessaire d'en comprendre toute la philosophie. Il nous a ainsi prouvé que l'homme et l'humanité portent en eux-mêmes les possibilités d'une joie profonde.




