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Clémence Ledoux (1888-1966)
Confidente de la Reine du Ciel

(Auteur : Monique Plassard - Parution F&L n° 256 de Décembre 2006)

COMMANDEZ VOTRE HORS-SÉRIE

Dans les rues du village, une petite fille marche d'un pas alerte et décidé. Elle est fière d'avoir été jugée digne de rendre service à sa maman : d'habitude, c'est plutôt à ses trois sœurs aînées qu'on fait appel, mais pas à elle, la cadette…

Une enfant qui se laisse instruire
Clémence est née à Halluin, dans le Nord, en 1888. Aujourd'hui, elle est si contente d'aller à la pharmacie, sur la place de l'église, chercher des médicaments pour sa maman, qu'elle a très envie d'aller faire une visite à Jésus au tabernacle ! Pourtant, mystérieusement, elle se sent retenue par son ange gardien : " La pharmacie d'abord, pas l'église ! Ton devoir d'état ! " Comme chaque fois que son ange gardien la reprend, Clémence sait que c'est une leçon qu'il lui faudra retenir pour sa vie entière : elle comprend que Jésus sera encore plus consolé de la voir rapporter sans tarder les remèdes attendus et qu'il n'aime pas les surcharges de prières. Dans sa vie d'enfant, Clémence se laisse quotidiennement instruire : par ceux du Ciel comme par ceux de la terre. De son papa, tisserand, elle reçoit le goût du travail bien fait ; de sa maman, elle comprend qu'une maison, si pauvre et petite soit-elle, peut devenir un havre de paix où chacun découvre combien il est béni du Père. En famille surtout, Clémence reçoit le don inestimable de la foi, qui est comme le soleil de la vie… Ô mon Dieu, comme maman m'a montré la vraie vie ! Merci de l'avoir si bien éclairée ! Son cœur ne quitte pas Jésus et Marie, qu'elle appelle avec affection ses deux Amours. À Jésus, elle a fait l'offrande de tout son être le jour de sa première communion, à douze ans. La même année, elle entre dans un atelier de textile où elle sait gagner l'estime de chacun et se voit confier de plus en plus de responsabilités.

Son cloître, le Cœur de Jésus
Clémence aimerait beaucoup que Jésus lui montre quel est le cloître où elle pourra se donner à lui sans réserve. Mystérieusement, toutes les portes auxquelles elle frappe restent fermées. Jésus lui fait comprendre que ce qui lui importe le plus, c'est que sa petite épouse s'enracine profondément dans son Cœur, qu'elle apprenne à y demeurer, quels que soient les contradictions et les méandres du chemin. C'est dans cette intimité avec Lui qu'elle puisera la force d'aimer ceux qui l'entourent et qui ont besoin d'elle en cette guerre qui commence. Ce n'est pas nous qui décidons, c'est l'Amour, se plaît-elle à répéter. Aussi est-ce bien volontiers qu'elle se met au service des siens et n'épargne pas ses forces, ni de nuit ni de jour. Elle étonne son entourage par son esprit d'initiative, son sens de l'organisation, son courage. En sa compagnie, tout semble plus léger, plus facile à vivre. Quel déchirement, pourtant, quand elle rentre en France et qu'elle retrouve son cher village complètement dévasté, sa maison natale détruite, quand elle apprend bientôt que sa maman s'est éteinte en Belgique sans pouvoir lui dire un dernier adieu ! Auprès de ses deux Amours, Clémence trouve la force de tout accepter. Avancez pas à pas sur le chemin que vous trace au jour le jour la Providence. Quel qu'il soit, ne l'oubliez pas, ce sera toujours un chemin de lumière et de grâce, un chemin d'amour, que vous parcourrez enveloppé de la tendresse de votre Maman du Ciel.
Après toutes ces années de labeur, une nouvelle étape s'ouvre pour elle : en 1920, elle part faire une retraite à Tourcoing, dans la communauté des Humbles Filles du Sacré-Cœur, et découvre que c'est là que Jésus l'attend pour y vivre leurs épousailles sacrées. En ce temps d'après-guerre, tout est à reconstruire dans cette communauté, non seulement les bâtiments, mais l'édifice spirituel des pierres vivantes qui manque dangereusement de cohésion et d'harmonie. Clémence pressent que Jésus a soif d'être consolé par plus de ferveur, plus d'unité entre ces âmes consacrées. Elle accueille l'appel à redonner à cette maison une nouvelle jeunesse. Elle prend le nom de Marie du Calvaire, et devient peu à peu inséparable de la supérieure, Mère Marie du Saint-Esprit. De leur profonde unité va jaillir un vrai printemps pour toute la communauté, qui reçoit un nom nouveau : les Réparatrices du Sacré-Cœur.

Un message pour le monde
C'est dans ce climat de ferveur retrouvée que, le 31 mars 1931, sœur Marie du Calvaire voit soudain le Ciel s'ouvrir : Ô Maman, pourquoi est-ce que tu t'es faite si belle aujourd'hui ? Un splendide spectacle se déroule en effet sous ses yeux : elle peut contempler la Vierge Marie qui reçoit de la Trinité Sainte le diadème de la royauté ; elle voit Jésus inviter sa Mère à prendre place sur un trône à ses côtés et la présenter en Reine à toute la cour céleste ; elle voit l'émerveillement des anges et des saints. Puis apparaît le pape Pie X qui déclare : " La volonté formelle de la Trinité Sainte, c'est que Marie reçoive sa vraie place et sa vraie gloire, sur la terre comme au Ciel… " Tel est le message que Marie du Calvaire a pour mission désormais de porter à l'Église et au monde. Soutenue par sa supérieure, elle va s'y employer de toutes ses forces, de toute son énergie, et en 1933, grâce à la générosité de bienfaiteurs, on voit s'élever dans l'enceinte du couvent une magnifique chapelle dédiée à Marie Reine Immaculée. Peu à peu, à Tourcoing, les cœurs se tournent vers cette Femme couronnée d'étoiles qu'ils viennent prier avec foi. Mais pour la messagère de la Reine de l'Univers, c'est le début d'un long chemin de croix : jalousies, trahisons, soupçons, malveillances, calomnies, incompréhensions, tout est fait pour ruiner l'œuvre naissante et pour en écarter celle qui en est l'instrument de prédilection. Cette œuvre à laquelle sœur Marie du Calvaire a été appelée, cette mission qu'elle a reçue, elle en est radicalement dépouillée en ces jours de janvier 1935 où elle se voit définitivement privée de sa vie religieuse.

Grain de blé tombé en terre
C'est un douloureux exil pour Clémence, loin du couvent de Tourcoing, de ses Sœurs, du sanctuaire béni. Elle qui aimait tant sa vie religieuse, la voilà maintenant brisée dans ses aspirations les plus légitimes, brisée dans son cœur, sa réputation, son action… Tel le grain de blé tombé en terre, elle s'enfouit silencieusement dans le cœur de ses deux Amours, en plein monde. Pour l'instant, j'ai une nouvelle vocation : celle de souffrir en hostie, de prier, de me sacrifier, de me consumer. Hostie avec lui, hostie partout, hostie en tout, hostie toujours. Aucune révolte, mais une acceptation sans retour de ce que permet son Époux. Elle sait qu'on peut tout lui prendre, sauf la grâce de Dieu : c'est là le secret de sa force. Elle avance sans comprendre, en se laissant travailler, modeler, identifier à sa Souveraine. Ô Maman, je voudrais tant te ressembler sur la terre. Je voudrais être la joie de Dieu, je voudrais être la consolation de Dieu. Je voudrais être pour Dieu cette âme délicate, comme tu l'as été toi-même. Donne-moi toutes les délicatesses de ton cœur, dis-moi comment tu l'aimais, comment tu pansais ses plaies, comment tu essuyais ses larmes, comment tu le consolais, comment tu chantais pour réjouir son Cœur… Clémence a l'intuition que c'est dans l'alliance de toute sa personne avec Marie Reine Immaculée qu'elle est appelée à devenir elle-même comme un nouveau sanctuaire, où resplendira la beauté de cette Reine d'amour et de lumière.

Une nouvelle vocation
Dans son épreuve, Clémence ne reste pourtant pas sans appui : Bernadette quitte le couvent pour la suivre ; Claude Masurel, un tout jeune homme, lui est donné comme un autre saint Jean. Lui aussi est amené à faire un choix crucifiant : s'il veut rester fidèle à la Reine de l'Univers et à sa messagère, il devra renoncer pour le moment à sa vie de séminariste et à la perspective prochaine d'une ordination sacerdotale. C'est ainsi qu'en 1948 vient s'établir à Paris, dans un appartement de la rue Mirabeau, une humble communauté de vie porteuse d'un grand mystère, petite " trinité " composée de Clémence, Claude et Bernadette. Tout est prêt pour démarrer une vie nouvelle, une vie de foi où, dans la simplicité du quotidien, ils apprendront à vivre en compagnie de la Reine du Ciel, sans autre richesse que leur consécration, sans autre commandement que celui de la charité. N'est-ce pas ainsi qu'ils hâteront l'avènement du Royaume, en donnant à Marie, dans leurs cœurs et leur maison, la place qu'elle a au Ciel ? Que Jésus et Marie règnent dans notre maison, qu'ils y règnent tous les deux, et que règnent aussi la ferveur, la charité, l'amour. Oh! comme je voudrais qu'ils trouvent chez nous un autre " chez eux " ! Paris offre aussi l'espace pour de nouvelles rencontres, pour de nouvelles amitiés, que ce soit avec des prêtres, des religieuses, des jeunes mariés, des familles… De la petite trinité de la rue Mirabeau, plongée dans la simplicité de la vie ordinaire, émane comme un parfum de Ciel, et les cœurs ne s'y trompent pas ! Clémence découvre de plus en plus combien sa vie consacrée, sa vie de baptisée au cœur du monde est bien une vocation nouvelle pour ces temps nouveaux.

« Chez Mère »
Plus les années passent, et plus Clémence est comme une mère qui attire à elle les enfants que le Ciel veut lui confier : on est si bien en sa présence, une telle lumière se lit dans son regard, une telle paix rayonne de ses gestes, de ses paroles. En sa compagnie, on sent monter en soi la force de supporter comme elle les épreuves de cette vie, le goût de vivre comme elle. Son cœur maternel est devenu vaste comme l'océan, il a pris les dimensions même du Cœur de Marie Reine Immaculée… En 1955, tous trois viennent s'installer à Bois le Roi, près de Fontainebleau : ce sera "Chez Mère". "Mère" - tel est le nom qui lui est donné maintenant par ses plus proches - aménage sa nouvelle maison avec soin pour que chacun s'y sente à l'aise. Rien ne nous empêche d'avoir une maison agréable, joyeuse, pour attirer les âmes et les cœurs à passer chez nous quelques heures de bonheur, comme si c'était le Cénacle de Dieu. Au rez-de-chaussée, il y a sa chambre, le lieu où, dans le secret, son Père du Ciel la regarde : c'est là qu'elle prie, qu'elle s'offre. Dans les allées du jardin, elle se promène avec Marie Reine Immaculée. Elle comprend qu'il faut élever un oratoire où tous pourront venir se recueillir auprès de leur Souveraine et que de grandes grâces seront accordées en ce lieu. Elle comprend que la Reine de l'Univers veut venir habiter au milieu de ses enfants pour leur apprendre à vivre du Ciel sur la terre. J'ai le bonheur d'avoir accompli la Volonté de Dieu. J'ai mis tous ses enfants entre ses mains et elle est sur son trône. La Reine du Ciel et de la terre est chez nous à sa place, et j'ai confiance qu'elle accomplira de grandes choses. Le 16 avril 1966, Mère quitte cette terre, promettant à ses enfants qu'elle pourra encore les visiter, les aider dans tous leurs besoins, les soutenir dans leur mission. Quelques années plus tard, le 25 juin 1981, Claude est ordonné prêtre, devenant ainsi le premier fils Missionnaire de Marie Reine Immaculée et le père de toute une lignée de fils et de filles, appelés à rendre sur cette terre la charité visible.

Pour en savoir plus :
Vie de Clémence Ledoux, Monique Plassard, Éd. Marie Reine Immaculée (2006). Disponible auprès des Ateliers Marie Reine Immaculée, 26 rue de la Paix, 71600 Paray le Monial, 03 85 81 57 62, et à la Fraternité de Marie Reine Immaculée.