Sainte Foy (290 – 303)
Folle de Dieu
(Auteur : Père Gérasime - Parution F&L n° 231 de Septembre 2004)
« La valeur n’attend pas le nombre des années », la sainteté non plus ; la vie de nombreux enfants en témoigne. Sainte Foy, par sa foi intrépide, sa charité ardente et son courage dans le martyre en est un vivant exemple. Vie d’une toute jeune fille, décapitée à treize ans.
Sainte Foy naquit dans la cité d’Agen (Lot-et-Garonne), vers l’an 290, d’une famille païenne de grande noblesse. Elle avait une sœur, plus jeune qu’elle de deux ans, nommée Alberte. La jeune Foy fut confiée à une nourrice chrétienne, qui la présenta à l’évêque d’Agen, Saint Caprais, qui se cachait dans une caverne à cause de la persécution que l’empereur Maximien faisait subir aux chrétiens. L’évêque Caprais lui donna le baptême et le nom de Fides, et lui inculqua la connaissance et l’amour de Jésus-Christ, si bien que l’enfant grandit en piété et en sagesse avec précocité.
Une ardente charité
Au fond de sa villa située à peu de distance de la cité, entourée de sa nourrice et de quelques autres serviteurs chrétiens, la jeune Foy employait ses journées à assister les chrétiens pauvres et persécutés, à confectionner des vêtements pour les pauvres, et distribuait d’abondantes aumônes. Mue par son ardente charité, la jeune patricienne dérobait incidemment des aliments dans la cuisine de son père, et les portait elle-même aux pauvres, aux chrétiens cachés et en particulier à l’évêque Caprais. Le père de Foy finit par comprendre que la jeune fille était chrétienne. Celle-ci n’eut désormais plus à cacher sa foi et se mit à prêcher publiquement la religion de Jésus-Christ et à convertir beaucoup de cœurs.
Dénoncée et martyrisée
En l’an 303, l’empereur Dioclétien publia un édit de persécution contre les chrétiens. À nouveau les fidèles chrétiens cherchèrent une retraite dans les forêts profondes ou dans les grottes. Sainte Foy avait treize ans. Dans l’espoir que la constance de l’enfant ne tiendrait pas devant les supplices ou par crainte de perdre la faveur de l’empereur, son père la dénonça lui-même comme chrétienne auprès du proconsul Dacien, qui exerçait une persécution furieuse sur la partie méridionale de la Gaule.
Amenée par les soldats devant le proconsul Dacien, la jeune Foy refusa d’abjurer sa foi avec une inébranlable résolution. Elle fut d’abord flagellée puis condamnée à être placée sur un gril pour y être brûlée à petit feu. Depuis son gril, la sainte convertit par son exemple et par ses paroles cinq cents païens parmi la foule nombreuse venue assister aux supplices. L’évêque Caprais, qui apercevait la scène depuis la grotte où il se cachait, vint se présenter devant le proconsul pour proclamer sa foi, ainsi qu’Alberte, la petite sœur de la sainte. Après avoir été interrogé par le proconsul, et avoir témoigné de sa foi avec détermination, Caprais fut condamné à être flagellé. Alors deux jeunes païens d’Agen : Prime et Félicien, touchés par le témoignage de Caprais, sortirent de la foule et se déclarèrent chrétiens. Fou de rage, le proconsul Dacien fit détacher la jeune Foy du gril et ordonna qu’ils soient tous jetés en prison.
Décapitée
Le lendemain, Foy et sa sœur Alberte, ainsi que les frères Prime et Félicien, placés à la tête des cinq cents nouveaux convertis, furent emmenés au temple de Diane pour y sacrifier aux idole. L’évêque Caprais étant laissé en prison, son martyre fut différé de quelques jours. Soutenus par la détermination de la sainte, ils refusèrent tous de sacrifier à l’idole. Sainte Foy, sa sœur Alberte et les frères Prime et Félicien furent décapités par les soldats. Les cinq cents chrétiens nouvellement convertis furent massacrés par la foule furieuse des païens.
C’était le 6 octobre de l’an 303, la fête de sainte Foy est célébrée le jour même, celle des saints Prime et Félicien le 7 octobre, de saint Caprais le 20 octobre, de la foule des martyrs innommés le 26 octobre et de sainte Alberte le 11 mars.
Les chrétiens échappés du massacre purent recueillir le corps de sainte Foy. Ses reliques furent l’objet d’une grande vénération, dans la basilique qui fut construite sur l’emplacement de son martyre dès le début du Vème siècle.
De nombreux miracles
Sainte Foy devint célèbre par ses nombreux miracles jusque dans les royaumes étrangers. À tel point qu’au IXème siècle, les moines de l’abbaye de Conques (Aveyron), fondée vers 371 au fond des montagnes du Rouergue, pleins de vénération pour sainte Foy, furent déterminés à ce que leur monastère possède ses saintes reliques car l’abbaye dépérissait faute de reliques. Ils envoyèrent un de leurs moines à Agen, déguisé en prêtre pèlerin. Le moine de Conques s’intégra à la communauté monastique d’Agen. Il y demeura dix ans et y inspira une telle confiance qu’il fut chargé de la garde des reliques. Il put alors choisir le moment le plus propice pour les dérober et les emporter à son abbaye qui connut alors une grande prospérité. Elle les a conservées jusqu’à ce jour.
Les pèlerins s’arrêtaient pour prier devant la belle statue reliquaire en Majesté. Elle est à ce jour la seule Majesté carolingienne ayant survécu aux outrages du temps. Elle est recouverte de plaques d’or et d’argent doré incrustées de pierres précieuses, de cristaux et d’émaux. Elle renferme le crâne de la jeune martyre.
Depuis 883 le corps de sainte Foy est à Conques. Le livre des Miracles nous montre un nombre incalculable d’interventions de la sainte, et à quel point elle était vénérée. Des miracles innombrables s’y opéraient tous les jours.
Le pèlerinage de sainte Foy à Conques acquit une éclatante renommée jusque dans les contrées les plus éloignées. Ce pèlerinage était si populaire qu’il pourrait être considéré comme le "Lourdes" du Moyen-Âge. C’était devenu en outre une étape importante du pèlerinage de Saint-Jacques-de-Compostelle.
Le peuple, considérant que la sainte joignait à ses vertus si sublimes un tempérament enjoué d’enfant, donnait à ses miracles le nom de "badinages" ou "jeux" de sainte Foy. Les troubadours l’avaient surnommée la "Joglaresse". Elle est la patronne des enfants.
Une renommée mondiale
La vénération de sainte Foy fut particulièrement vivante en France, au Portugal, en Espagne. Les conquistadors de la péninsule ibérique répandirent son culte en Amérique, ce qui explique qu’il y ait tant de Santa-Fé aux États-Unis, au Mexique, au Brésil, en Argentine, au Chili, en Colombie dont la capitale est en réalité Santa-Fé-de Bogota.
Le prodige le plus familier de sainte Foy est la délivrance des chaînes des prisonniers qui l’invoquent, et ont recours à son assistance. En leur donnant la liberté, elle leur recommande de porter leurs lourdes chaînes sur leurs épaules et de les offrir à Conques comme trophée de leur délivrance, et de rendre grâce à Dieu de les avoir libérés.
Elle ne fait aucune distinction entre l’innocent et le coupable, pratiquant la justice de miséricorde. Tout captif qui implore son secours avec insistance et persévérance est exaucé. Sainte Foy a libéré une telle quantité de prisonniers que les chaînes, (Les Bodies, nom donné aux fers des captifs) suspendues en ex-voto encombraient la basilique.
Les moines firent forger avec les nombreuses chaînes d’immenses grilles pour protéger les passages de l’église formant une magnifique dentelle de fer.
Pour le Jubilé 2000, l’abbaye de Sainte Foy a fait le geste de rendre temporairement les reliques de la sainte à la ville d’Agen.
Sainte Foy a pleinement réalisé cette fière parole qu’elle devait lancer au tyran Dacien : Je m’appelle Foy, et ce nom je le justifie par mes œuvres.




