Saint Louis-Marie Grignion de Montfort
Apôtre et Prophète 1673-1716
(Auteur : Agnès Renault - Parution F&L n° 164 de Juillet-Août 1998)
Béatifié en 1888, il fut canonisé par Pie XII en 1947.
Rome vient d’entreprendre un dossier pour le proclamer Docteur de l’Eglise selon les nouveaux critères établis pour la doctorisation : sainteté remarquable, doctrine éminente, influence universelle.
«Un autre Jésus-Christ en la terre», formé par Marie. Apôtre, pour ramener au Père ses pauvres enfants abandonnés, il est aussi prophète du règne de Jésus par Marie. Son message est pour notre époque, une immense source d’espérance.Le 31 janvier 1673, à Montfort sur Meu, à 30 km de Rennes naissait, le petit Louis-Marie Grignion, dans une famille dont les revenus ne suffisent pas toujours à l’éducation de cette famille nombreuse.
Les prémices de toute sa vie
Louis-Marie dès son enfance «se retirait dans quelque coin de la maison pour vaquer à la prière et réciter son chapelet devant une petite image de la Sainte Vierge» (Grandet). Son désir de gagner des âmes, trouvait en sa sœur Louise, l’occasion de s’exercer : il avait une dizaine d’années, elle en avait trois ou quatre ! «Ma chère sœur, vous serez toute belle et le monde vous aimera si vous aimez Dieu» (Grandet).
A 11 ans il entre chez les jésuites à Rennes. C’est un élève brillant, c’est aussi un artiste, il s’initie à la prosodie, il peint et sculpte.
Il visite les pauvres à l’hôpital. Il recourt à Marie en toute nécessité «avec une simplicité enfantine pour tous ses besoins temporels aussi bien que spirituels» (Blain).
Le séminaire 1692 à 1700
Louis-Marie a 19 ans, il veut devenir prêtre pour toucher les cœurs, secourir les pauvres et les conduire à Jésus.
Il fait de solides études, d’abord à la Sorbonne puis au petit séminaire de Saint Sulpice. Chargé de la bibliothèque, il se forme par lui-même. Sur un grand cahier qu’il emmènera avec lui dans toutes ses missions, il recopie des passages entiers d’auteurs marials : des Pères de l’Eglise, de ses maîtres de l’Ecole Française, notamment Bérulle, M. Olier, Saint Jean-Eudes...
Son amour pour la Sainte-Vierge est connu de tous. Il sera autorisé à répandre la dévotion au saint esclavage de Jésus en Marie. On lui confie l’entretien de la Chapelle de la Vierge dans l’Eglise Saint-Sulpice, (c’est là qu’il célèbra sa première messe, «comme un ange à l’autel» dirent les témoins). Il est choisi pour représenter le séminaire au pèlerinage de Notre Dame de Chartres. On sait aussi qu’elle ne lui refuse rien.
C’est un temps de ferveur et d’humiliations de la part de ses maîtres et de certains de ses condisciples. Il supporte ces épreuves avec humilité et... reconnaissance ! Son humilité, et surtout son obéissance indéfectible témoignent dès cette époque de sa sainteté. Cependant, son comportement à l’emporte-pièce tranche sur les habitudes ecclésiastiques de l’époque et éveille des méfiances. Qu’on en juge ! Des chanteurs distribuaient aux enfants des recueils de chansons obscènes : il les achète et les déchire.
Voit-il un attroupement autour d’un charlatan ? Il harangue la foule, lui montre que Dieu leur demandera compte de leur attention à ces propos grossiers. Touchés, les spectateurs quittent les lieux.
Le 5 juin 1700, à 27 ans, il est ordonné prêtre. On lui refuse de partir au Canada, il se soumet, quitte Paris pour Nantes, où c’est la déception : « Je n’ai pas trouvé ici ce que je pensais... J’ai en vue d’aller me former aux missions, et particulièrement à faire le catéchisme aux pauvres gens, ce qui est mon grand attrait... » écrit-il à son directeur.
Pauvre parmi les pauvres
De Nantes, à pied comme d’habitude et sans un sou, il se rend à Poitiers, il arrive en si triste état que les pauvres qui l’ont vu en prière se cotisent pour lui venir en aide.
A l’hôpital (il s’agissait à l’époque d’un asile où tous les pauvres très nombreux, étaient entassés dans des conditions effroyables), il parvient à remettre de l’ordre dans l’administration et à améliorer la condition des pauvres. Malgré l’ordre qu’il parvient à instaurer, il est vivement critiqué et l’objet d’humiliations répétées.
Aimer les pauvres n’est pas un vain mot, il veut éprouver dans sa chair leur misère, les serrer sur son cœur, boire dans leur verre, soigner leurs plaies, surtout quand elles sont répugnantes. Un soir, il trouve un pauvre couvert d’abcès, presque moribond, il le prend dans ses bras, l’installe dans son lit, le soigne. Cela lui arriva bien d’autres fois.
Il organise une petite communauté religieuse, qui ne durera pas, avec douze femmes parmi les pauvres. Au milieu de la salle commune il plante un écriteau : «La Sagesse».
Marie-Louise Trichet
Une jeune fille vient se confesser à lui, «sur le conseil de sa sœur», dit-elle, il lui répond : «Non, c’est la Sainte Vierge qui vous envoie». C’est Marie-Louise Trichet, la première supérieure des filles de la Sagesse ! Elle vécut héroïquement la spiritualité de son maître : l’amour de la Croix, la pauvreté, l’abandon à la Providence par les mains de Marie. «Vous vous confessez au prêtre de l’hôpital ; vous deviendrez folle comme lui», lui avait prédit sa mère ! Pendant dix ans elle restera seule, à l’hôpital, où elle est très appréciée. Elle est inquiète de ne pas voir se préciser l’avenir de la congrégation, Montfort la rassure : «Vous serez religieuse, même s’il faut pour cela attendre dix ans !».
Temps d’épreuve et de grâce
A ce premier séjour à Poitiers succède une année à Paris.
Temps d’épreuve, il est rejeté de ses anciens maîtres : « Je ressens l’effet de vos prières, écrit-il à Marie-Louise Trichet, car je suis plus que jamais appauvri, crucifié, immolé... ».
Temps de grâce aussi, il lit dans l’Ancien Testament les Livres de Sagesse, il recopie, s’en nourrit, en est tout imprégné. Il écrit son premier ouvrage, « L’Amour de la Sagesse éternelle ».
Appelé à la mission
Réclamé par les pauvres à Poitiers, il s’y rend. Rejeté de l’hôpital, mais autorisé à prêcher, il déploie, dans les quartiers malfamés de Poitiers, une véritable évangélisation de rues.
Interdit dans le diocèse, malgré les résultats extraordinaires qu’il a obtenus, Montfort, désemparé, se rend à Rome au printemps 1706, il a 33ans. Il part à pied, comme Jésus, comme les apôtres, le bâton sur lequel est fixé son crucifix, dans une main, dans l’autre, le chapelet. Au premier pauvre rencontré, il donne ses écus et troque son vêtement contre les haillons d’un miséreux. En chemin, il évangélise, soigne, réconforte.
Le Pape Clément XI l’envoie en mission : «Vous avez Monsieur, un assez grand champ en France pour exercer votre zèle. N’allez point ailleurs, et travaillez toujours avec une parfaite soumission aux évêques dans les diocèses auxquels vous serez appelé» (Grandet).
A son retour, Montfort s’engage dans la mission à travers tout l’Ouest de la France. C’est une période d’errance, il prêche là où on l’accueille, sur les routes, sur les places, toujours accompagné de pauvres qui reconnaissent en lui un des leurs.
Le Calvaire de Pontchâteau 1709-1710
Montfort, ce grand entraîneur de foules les a cette fois mobilisées pour un projet grandiose à la gloire de la Croix. C’est un véritable «chantier populaire» où pauvres et gens de condition se côtoient. Il s’agit d’ériger un calvaire, véritable Bible de plein air riche de signes et de symboles. Il a fallu près d’une année pour venir à bout de cette entreprise audacieuse ! On imagine la joie de Montfort !
Le 14 septembre 1710 doit avoir lieu l’inauguration triomphale.
Hélas ! c’est le drame, la consternation : l’évêque interdit la bénédiction. Montfort se précipite à l’évêché. C’est bien vrai ! Et qui plus est, il faut tout détruire ! Montfort pleure, mais chez lui, aucune révolte, il se soumet : «Je ne suis ni bien aise ni fâché. Le Seigneur a permis que j’eusse fait, Il permet aujourd’hui qu’il soit détruit. Que son Saint Nom soit béni !»
Le missionnaire
Ce n’est qu’en 1710, après cette cruelle épreuve que l’évêque de La Rochelle le mobilise. Il a 37 ans, il multiplie les missions dans tout le diocèse. La moisson est abondante. Sa réputation de sainteté grandit. On parle de guérisons, d’apparitions, on l’a surpris plusieurs fois en présence d’une «Belle Dame» avec qui il était en conversation, il ne niait pas que c’était la Sainte Vierge ! A La Rochelle au cours d’une Eucharistie, on le voit tout rayonnant de lumière, le fait semble s’être produit plusieurs fois.
En 1712, lors d’un temps d’ermitage il écrit son chef-d’œuvre : «Le Traité de la vraie Dévotion à Marie*». En juin 1715, à la grotte de Mervent où il s’est retiré, il écrit le «Secret de Marie*» cette œuvre est le résumé du «Traité de la Vraie Dévotion».
Il possède au plus haut point la connaissance de l’âme populaire qu’il sait toucher par les liturgies, les processions et entraîner par les cantiques, qu’il a composés (plus de 20000 vers d’une grande richesse théologique), sur des airs à la mode, faciles à retenir. Toutes les missions se terminent par le renouvellement des vœux du baptême et la consécration à Jésus-Christ par les mains de Marie : «Je me donne tout entier à Jésus-Christ par les mains de Marie, pour porter ma croix à sa suite, tous les jours de ma vie». Il établit la dévotion au Rosaire. L’expérience le lui a appris : une paroisse qui ne reste pas fidèle au Rosaire perd tous les bienfaits de la mission.

Le fondateur
Il laisse derrière lui, des confréries, des congrégations, parfois des écoles ou des asiles dont s’occupent ceux qui ont été touchés par sa parole, enflammés par sa charité.
Les pauvres, les malades, les enfants, la formation de missionnaires de Marie sont l’objet de toute la sollicitude de Montfort. A partir de 1713, il préparera l’avenir, en posant les assises de ses deux principales œuvres : Les Filles de la Sagesse et la Compagnie de Marie pour les prêtres missionnaires, (Montfortains). Les frères de Saint Gabriel, voués à l’enseignement, sont aussi mais indirectement de la famille montfortaine.
Sa dernière mission sur la terre
Sa mort à 43 ans, le 28 avril 1716, est sa dernière mission sur la terre ! Il laisse entrer la foule qui se presse à sa porte. Il la bénit avec son crucifix indulgencié ; dans l’autre main, il tient une statue de la Sainte Vierge, Celle qui ne le quitte pas ! Une dernière fois, il rassemble ses forces et chante :
« Allons mes chers amis, allons en Paradis. Quoiqu’on gagne en ces lieux, le Paradis vaut mieux. »
On l’entendit encore dire : « C’est en vain que tu m’attaques, je suis entre Jésus et Marie. Deo gratias et Mariae (Grâce à Dieu et à Marie). Je suis au bout de ma carrière. C’en est fait, je ne pècherai plus. » Puis, il retourne au Père.
«Voici un secret que le Très-Haut m’a appris...»
En 1842, on retrouve le manuscrit du «Traité de la vraie dévotion» dans un coffre où il avait été caché, Montfort avait annoncé ces circonstances. Dès lors, cette œuvre n’a cessé d’être traduite, éditée et rééditée (Il y a 40 ans on comptait déjà 328 éditions en 24 langues ! ). Son incroyable succès n’est comparable qu’à celui de «l’Histoire d’une âme» de sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus. Ces deux écrits ont en commun de proposer une voie d’accès à la sainteté - dans la perspective du Concile Vatican II - ouverte à tous, et surtout aux plus pauvres. Cette voie est la consécration à Jésus par les mains de Marie.
L’exposé de Louis-Marie est très simple, en voici les axes fondamentaux, exposés dans le «Traité de la Vraie Dévotion» et le «Secret de Marie».
L’admirable échange
«C’est par la très sainte Vierge Marie que Jésus-Christ est venu au monde, et c’est aussi par elle qu’il doit régner dans le monde» (V D 1)
«Le Très-Haut, l’Incompréhensible, l’Inaccessible, Celui qui Est, a voulu venir à nous, petits vers de terre, qui ne sommes rien. Comment cela s’est-il fait ? Le Très Haut a descendu parfaitement et divinement par l’humble Marie jusqu’à nous sans rien perdre de sa divinité et sainteté ; et c’est par Marie que les très petits doivent monter parfaitement et divinement au Très Haut sans rien appréhender.» (VD 157)
Marie et l’Esprit Saint forment en notre âme, Jésus-Christ
«C’est avec elle,(Marie), en elle et d’elle qu’il (L’Esprit-Saint) a produit son chef d’œuvre qui est un Dieu fait homme, et qu’il produit tous les jours jusqu’à la fin du monde les prédestinés et les membres du corps de ce chef adorable : c’est pourquoi plus il trouve Marie, sa chère et indissoluble Epouse dans une âme, et plus il devient opérant et puissant pour produire Jésus-Christ en cette âme et cette âme en Jésus-Christ.» (VD 20)
L’esclavage d’amour
«Avant le baptême, nous étions au Diable, comme ses esclaves ; et le baptême nous a rendus esclaves de Jésus-Christ» (VD 68). La vraie dévotion à Marie est un esclavage d’amour, par lequel on fait tout en Marie, par Marie et pour Marie. Mais c’est pour qu’elle nous remette à Dieu qui seul peut nous consacrer, c’est à dire nous diviniser ! Marie est le chemin le plus direct, le plus facile, le plus assuré pour parvenir à l’union à Dieu.
Jésus, par amour, a accepté de devenir esclave, en Marie d’abord, et dans sa passion : «Le Christ Jésus s’est anéanti lui-même prenant la condition d’esclave» (Ph 2, 7).
«Jésus notre grand ami s’est donné à nous sans réserve, corps et âme, vertus, grâces et mérites... N’est-il pas de la justice et de la reconnaissance que nous lui donnions tout ce que nous pouvons lui donner.» (VD138)
«L’esprit de cette dévotion... est de rendre une âme intérieurement dépendante et esclave de la très sainte Vierge et de Jésus par elle» (SM 44).
Les fruits de cette dévotion
- «L’expérience t’en apprendra infiniment plus que je ne t’en dis, et tu trouveras, si tu as été fidèle au peu que je t’ai dit, tant de richesses et de grâces en cette pratique, que tu en seras surprise et ton âme en sera toute remplie d’allègresse» (SM53).
- «La sainte Vierge,... se donne aussi tout entière à celui qui lui donne tout...» (VD144).
- «Cette pratique de dévotion donne une grande liberté intérieure, qui est la liberté des enfants de Dieu, aux personnes qui la pratiquent fidèlement... Elle ôte l’ennui, la tristesse et le scrupule» (SM. 41).
- «En leur taillant de bonnes croix, elle leur donne la grâce de les porter patiemment et même joyeusement...» (SM22).
- Si intimement unie à Jésus, Marie conduit ses enfants à l’union avec son Fils : «Elle les unit à lui d’un lien très intime et les y conserve» (VD 211) si bien qu’ils peuvent dire avec l’Apôtre : «Ce n’est plus moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi» (Ga 2, 20).
Le temps de Marie, une prophétie en voie de réalisation !
On peut imaginer combien de grâces seront répandues le jour où saint Louis-Marie Grignion de Montfort sera proclamé Docteur de l’Eglise, quand sa «petite voie» de la «Vraie Dévotion à Marie» sera reconnue comme une voie très sûre de sainteté !
«Quand viendra ce temps heureux et ce siècle de Marie où plusieurs âmes choisies et obtenues du Très-Haut par Marie, se perdant elles-mêmes dans l’abîme de son intérieur, deviendront des copies vivantes de Marie pour aimer et glorifier Jésus-Christ ? Ce temps ne viendra que quand on connaîtra et on pratiquera la dévotion que j’enseigne : «Ut adveniat regnum tuum, adveniat regnum Mariae ! (Que vienne le règne de Marie pour que vienne ton règne !)» (VD 217).
Le Pape Jean Paul II qui a pris dans Grignion de Montfort la devise «Totus Tuus» (Tout à Toi) confiait à A. Frossard :
«La lecture de Grignion de Montfort (Traité de la vraie dévotion) a marqué dans ma vie un tournant décisif... Je me suis aperçu bien vite qu’au-delà de la forme baroque du livre, il s’agissait de quelque chose de fondamental». (N’ayez pas peur ! A. Frossard. Paris 1983).
Marthe Robin et le Père Finet, dès les origines des Foyers de Charité, ont souhaité que toutes les retraites aient leur sommet dans «La Consécration de soi-même à Jésus-Christ par les mains de Marie», avec le texte et selon l’esprit de Saint Louis-Marie Grignion de Montfort.
Sur ce texte et cette consécration, Marthe aurait dit à un Père de Foyer : «Il importe de tenir au texte de saint Louis-Marie Grignion de Montfort, comme on tient aux mots de l’Evangile. Evidemment, «En présence de tout la cour céleste», ça fait un peu drôle. Mais «Esclave», oui, comme l’enfant qui vit tout abandonné. «La Sagesse», oui, c’est Jésus la Sagesse, c’est-à-dire la conformité aux vouloirs divins de son Père. La Sagesse c’est la dépendance... La Consécration de saint Louis Marie Grignion de Montfort : tous ces mots se trouvent dans la Bible, c’est un texte inspiré.»
Nombreuses sont les communautés et congrégations qui, comme les foyers de Charité, vivent dans leur spiritualité, cette consécration. Nombreux aussi sont les fidèles pour qui cette découverte a marqué dans leur vie comme dans celle de notre Saint Père «un tournant décisif». Soyons attentifs à cette parole de Jean-Paul II : «Cette dévotion parfaite (à Marie) est indispensable à qui entend se donner sans réserve au Christ et à l’œuvre de la Rédemption» (N’ayez pas peur ! A. Frossard. Paris 1983).
Pour en savoir plus :
de St Louis-Marie Grignion de Montfort :
-Le Traité de la vraie Dévotion
-Le Secret de Marie




