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Saint Ambroise de Milan

(Auteur : Sylvie Marre - Parution F&L n° 221 d'Octobre 2003)

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Généralement le nom de saint Ambroise de Milan évoque celui qui a converti et baptisé saint Augustin. Toutefois il occupe une place importante en tant que théologien ; il a aussi joué un rôle essentiel dans l’histoire occidentale de la chrétienté.

Avec saint Augustin, saint Jérôme et le pape saint Grégoire le Grand, il reste « l’un des quatre grands docteurs d’occident ». Il est aussi très connu dans l’Eglise d’Orient dans laquelle il a exercé une grande influence.

Ses origines
Saint Ambroise est issu de la famille des Auréliens, famille appartenant à la noblesse romaine chrétienne. Elle avait donné plusieurs hauts fonctionnaires d’état de même que le martyr Soteris. Son père a exercé sa fonction dans la ville de Trèves, il a été le plus haut fonctionnaire impérial de la Gaule avec pleins pouvoirs judiciaires.
Il est difficile de déterminer la date exacte de la naissance de saint Ambroise. On la situe généralement autour des années 339. Nous sommes dans les premiers siècles de l’Église, moment où les catéchumènes sont beaucoup plus nombreux que de nos jours. Conformément à la tradition de l’époque, c’est à l’âge adulte qu’il va recevoir le baptême.
Son père meurt de façon prématurée, cet événement conduit sa mère à retourner à Rome avec ses trois enfants (deux garçons et une fille). C’est là qu’Ambroise va recevoir une formation approfondie en philosophie, en rhétorique et en littérature ; formation classique dans la haute société de cette époque. De même, conformément à la tradition familiale, il va se mettre au service de l’État. Il a d’abord été avocat au tribunal de la préfecture de Sirmium, conseiller de l’empereur Probus et, en 370, à l’âge de 30 ans, gouverneur consulaire de la province d’Emilie Ligurie à Milan.

« Ambroise évêque »
L’évêque qui détient la charge de la province de Milan meurt en 373. Or celui-ci n’a pas su faire l’unité car il a sympathisé aux doctrines ariennes lorsque cela s’avérait nécessaire pour lui. Les catholiques sont plus nombreux mais les ariens veulent placer quelqu’un de leur rang. Le peuple se réunit à l’église, il est prêt à faire une sédition pour obtenir un nouveau pasteur. Ambroise intervient, il tente de calmer la foule. Voici qu’un enfant l’interrompt pour s’écrier : « Ambroise Évêque ! » Le peuple répond à cette voix et s’associe à cette exclamation. Ambroise proteste, en effet il n’est que catéchumène. Il s’esquive, la foule le suit. Il s’enfuit à cheval pendant la nuit, il se perd et se retrouve le lendemain matin à son point de départ. C’est seulement après la ratification par l’Empereur Valentinien Ier qu’il accepte. Après le baptême, en l’espace de quelques jours il reçoit toutes les ordinations ecclésiastiques. Cette élection par acclamation populaire trouve son écho dans les vies d’Augustin, de Martin de Tours et d’autres évêques de l’Église des premiers siècles. Il a ainsi occupé le siège épiscopal de Milan de 374 jusqu’à sa mort en 397. Cet évêque néophyte se met alors à étudier la Bible et les Pères à l’école du prêtre Simplicien qui lui succédera, afin d’obtenir une culture religieuse, culture dont il est jusqu’alors dépourvu. Il se plonge donc dans la lecture des Pères Grecs. Pendant vingt-trois ans il fera passer leur message en retranscrivant et en commentant leurs écrits en latin.

Son action politique
À l’époque d’Ambroise le christianisme est en plein désarroi, désarroi dû aux différentes querelles contre les hérésies, l’arianisme en particulier. Des oppositions, des malentendus, des difficultés théologiques font obstacle à une paix véritable, paix que tous désirent. Elle ne peut cependant pas être obtenue sans l’adoption d’une attitude juste envers le pouvoir politique, sans l’établissement d’un rapport entre l’Église et l’État.
L’attitude politique d’Ambroise de Milan garde un aspect républicain. Pour lui le pouvoir de l’Empereur n’est pas absolu et l’Eglise a le droit d’intervenir lorsque la vérité est menacée par le pouvoir civil. L’Empereur reste alors dans l’Eglise et non au-dessus d’elle. Il a su influencer Gratien afin qu’il se détermine résolument en faveur du christianisme, lui démontrant qu’il ne pouvait pas être chrétien à titre personnel et se révéler autrement, beaucoup plus neutre, dans l’exercice de sa fonction. Ainsi, dans cette perspective, à plusieurs reprises, il s’est ouvertement opposé au pouvoir politique.
En 386, l’impératrice Justine veut attribuer à un évêque arien une église de Milan. Il se montre intraitable. Avec l’aide du peuple rassemblé dans l’église convoitée il va soutenir une longue résistance passive, il fait occuper la basilique. Il oblige ainsi l’impératrice à capituler devant l’arme de la résistance passive. Il a répondu en ces termes aux envoyés de l’Empereur : Si l’Empereur me demandait ce qui est à moi, mes terres, mon argent, je ne lui opposerais aucun refus, encore que tous mes biens soient aux pauvres. Mais les choses divines ne sont point sous la dépendance de l’Empereur (…). S’il vous faut ma personne, la voici.
Il sait donc traiter fermement avec les empereurs, que ce soit avec l’usurpateur Maxime, meurtrier de Gratien, pour défendre les droits de Valentinien II (383-384), ou avec Théodose (388-395) dont la personnalité va être conquise par le saint évêque. En 390, en guise de représailles et de répression collective face à l’assassinat du gouverneur de Thessalonique, il fait massacrer sept mille habitants de cette ville. Ambroise l’accuse de s’être rendu coupable de meurtre et lui impose de fréquenter l’Eglise pendant quelque temps en pénitent. Il lui écrit : Il a été commis dans la ville de Thessalonique un attentat sans exemple dans l’histoire : je n’ai pu le détourner : mais j’ai dit d’avance combien il était terrible… Je n’ai contre toi aucune haine ; mais tu me fais éprouver une sorte de terreur. Je n’oserais, en ta présence, offrir le divin sacrifice ; le sang d’un seul homme injustement versé me le défendrait ; le sang de toutes les victimes innocentes me le permet-il ? (Traduction de Villemain, Epist. XVIII). Théodose est réconcilié après avoir reconnu sa faute officiellement devant la communauté, probablement le jour de Noël 390.  Cependant avant d’être un acte politique, ceci est plutôt un acte pastoral et Ambroise a obtenu de cet empereur qui a même été son ami qu’il se conduise comme le plus humble des chrétiens en se soumettant à la pénitence publique. « Cette pénitence de Théodose est un événement capital dans l’histoire de l’Église et dans celle de l’Empire ; elle nous offre le premier exemple d’un souverain se reconnaissant soumis à des lois plus hautes que les siennes et d’un évêque revendiquant le pouvoir de juger et d’absoudre les empereurs. » (J. R. Palanque).

Un saint pasteur
Outre son action politique Ambroise a toujours fait preuve d’une grande autorité morale grâce à la sainteté de sa vie, à sa droiture, à la fermeté avec laquelle il a combattu les diverses hérésies. Ses premières aptitudes à gouverner se sont étendues rapidement pour faire de lui un vrai pasteur ayant le sens de la justice mais profondément doux par sa charité. Tous ceux qui l’ont côtoyé se sont laissé rapidement séduire par cette personnalité assez extraordinaire. Devenu évêque il s’est dépêché de se dépouiller de son riche patrimoine au profit des pauvres. En vendant les vases de son église il a racheté les captifs. Il est devenu l’homme de tous, ayant aussi bien des rapports avec la haute noblesse qu’avec les plus démunis. Son objectif a aussi été d’organiser des œuvres caritatives : assistance aux pauvres, aux malades, aux prisonniers avec l’exercice de la justice publique, la protection juridique de ceux qui sont dépourvus de tout. Il est aussi intervenu à maintes reprises pour obtenir une grâce spéciale pour les condamnés à mort. Le petit peuple dont il a accordé les procès pendant de longues journées lui a été entièrement dévoué. Valentinien a même affirmé à ses courtisans : « Si Ambroise levait le doigt, vous même me livreriez à lui pieds et poings liés ».
Par son éloquence il a réussi à captiver la foule et a su ôter les dernières interrogations du futur saint Augustin. ICelui-ci témoigne : « Je considérais Ambroise comme un homme heureux au regard du monde (…). Quant aux espérances qu’il portait en lui, aux combats qu’il avait à soutenir contre les tentations inhérentes à sa grandeur même, aux consolations qu’il trouvait dans l’adversité, aux joies savoureuses qu’il goûtait à ruminer Votre Pain, avec cette bouche mystérieuse qui était dans son cœur ; de tout cela je n’avais nulle idée, nulle expérience. ». À l’instar du futur évêque d’Hippone, de nombreux candidats au baptême ont afflué dans son église. Il a aussi gardé le souci de la pénitence, de la réconciliation dans son acception la plus profonde, celle avec Dieu.
Son activité pastorale s’est aussi accompagnée d’une œuvre littéraire très abondante avec de nombreux écrits exégétiques, moraux, ascétiques, dogmatiques. Sa production est complétée par des discours, des lettres et des hymnes.

Le culte de Marie, la virginité
Saint Ambroise a toujours vécu dans le souci de l’Église. Ceci l’a directement conduit à réfléchir sur la figure de Marie. En effet dans les premiers siècles son visage s’esquisse peu à peu. Ambroise garde une place particulière dans le culte marial. Il est considéré comme un père de la mariologie occidentale et définit ainsi la Mère de Dieu pour éviter certains dérapages : Elle est le Temple de Dieu et non pas le Dieu du Temple. C’est lui qui va la proposer comme modèle de toutes les vertus et son influence sur la spiritualité mariale populaire va être très profonde. Certains émettent des doutes face à sa sainteté, il leur répond : La naissance du Christ est réelle, charnelle mais miraculeuse. Dans son Incarnation Dieu n’abolit pas la chair, il la transcende. Il considère alors que la vie de Marie est exempte de péché (il faudra cependant attendre 1854 pour que soit défini le dogme de l’Immaculée Conception). Il est aussi le premier à croire qu’elle est la seule dont la foi n’a pas faibli devant la croix. Son amour pour la Vierge Marie le conduit aussi à méditer sur le thème de la virginité, thème sur lequel il va écrire plusieurs traités. Avant même qu’il ait été consacré évêque, sa sœur Marcelline avait fait vœu de perpétuelle virginité. De plus il semble être assez difficile d’attribuer au hasard que son frère et lui-même soient toujours restés célibataires. Ambroise a considéré le renoncement au mariage comme un idéal chrétien.

La liturgie ambrosienne
C’est saint Hilaire de Poitiers qui a tout d’abord composé les premiers hymnes latins, mais sans arriver à leur conférer une place dans le chant populaire. Les premières compositions de saint Ambroise ont eu lieu, selon la tradition, pendant le siège de l’église de Milan par l’impératrice Justine. Celui-ci, pour assurer l’enthousiasme de la foule, les maintient dans la prière avec ses premiers hymnes. Saint Augustin écrit : « Pour empêcher que le peuple abattu ne séchât d’ennui, fut institué, à la mode orientale, le chant des hymnes et des cantiques. L’usage s’en est maintenu depuis ce temps jusqu’à aujourd’hui et il a été suivi à maints endroits, voire presque partout, imité de son troupeau dans le reste du monde ». Ceci est considéré comme la première expression poétique du christianisme en Occident.
Si le chant ambrosien a eu tout de suite de l’emprise sur le peuple, c’est bien parce qu’il garde une origine profondément populaire, il a été créé comme une catéchèse, il est accessible à tous, facile à comprendre. Dans ses hymnes Ambroise défend la vraie foi contre l’arianisme ; il doit son succès au fait qu’il parle directement au cœur. Ses hymnes se rapportent aussi aux heures du jour, aux diverses fêtes et surtout à cette rencontre mystique avec Dieu. De nombreux croyants n’ont pas tardé à en composer suivant le modèle initial. Il est donc aujourd’hui très difficile de déterminer quels sont ceux qui sont authentiques parmi tous les chants dits « ambrosiens ». De nos jours on appelle «liturgie ambrosienne » la liturgie qui semble directement s’inspirer de celle qui a été utilisée par saint Ambroise. Elle garde Milan comme centre ainsi que les territoires limitrophes de la métropole.