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À la question qui lui est posée au pluriel (les œuvres), Jésus répond au singulier : l’unique et décisive œuvre de Dieu, c’est de croire en lui, Jésus, Fils éternel fait homme, l’Envoyé du Père pour le salut du monde. « Car Dieu est unique, unique aussi le médiateur entre Dieu et les hommes, le Christ Jésus, homme lui-même, qui s’est livré en rançon pour tous » (1 Tm 2,5-6).
« Je crois »
Cette foi est d’abord l’œuvre de la grâce. Car « nul ne peut dire : Jésus est le Seigneur, que sous l’action de l’Esprit Saint » (1 Co 12,3). Elle est aussi un acte libre et pleinement humain. Jésus ne force jamais personne. Et faire confiance à Dieu est une œuvre profondément humaine. « Dans la foi, l’intelligence et la volonté humaines coopèrent avec la grâce divine » (CEC §°155).
La foi croit en Dieu et en tout ce qu’il révèle, dans le Christ. Nous cherchons donc toujours à mieux comprendre. « Je crois pour comprendre et je comprends pour mieux croire », disait saint Augustin. C’est également tout le rôle de la tradition et du Magistère de l’Église. La foi est, de ce fait, un « je crois » personnel qui s’enracine dans le « nous croyons » de l’Église du Christ. Quelle que soit la manière dont éclot et se développe ma foi, je me reçois d’une lignée ininterrompue de croyants et j’ai à prendre ma place, irremplaçable pour d’autres en paroles et en actes, comme dans la prière, pour évangéliser.
En approfondissant davantage, voyons pourquoi il est important de croire un jour ou l’autre en Jésus-Christ. Pour deux raisons : parce que cette foi est nécessaire au salut ; et parce qu’il y a un immense bonheur à vivre dans l’intimité de Jésus. Développons chaque raison :
La foi est nécessaire au salut
Avant son Ascension, Jésus disait à ses disciples : « Allez dans le monde entier, proclamez l’Évangile à toute la création. Celui qui croira et sera baptisé sera sauvé ; celui qui ne croira pas sera condamné » (Mc 16, 15-16).
S’appuyant sur cette citation de Marc et sur celles de Jean (Jn 3,36 ; 6,40), l’Église affirme : « Croire en Jésus-Christ et en Celui qui l’a envoyé pour notre salut est nécessaire pour obtenir le salut. Parce que "sans la foi […] il est impossible de plaire à Dieu" (Hb 11,6) et d’arriver à partager la condition de ses fils, personne jamais ne se trouve justifié sans elle et personne à moins qu’il n’ait "persévéré en elle jusqu’à la fin" (Mt 10,22 ; 24,15), n’obtiendra la vie éternelle » (CEC §°161). C’est pour cela que l’Église est missionnaire par nature.
Cette foi doit être soulevée par l’espérance et animée par la charité. C’est « la foi qui agit par la charité », dit Paul (Ga 5,6). Mais, dirons-nous, qu’advient-il des hommes qui ne connaissent pas le Christ et ne sont pas baptisés ? L’Église évangélise et administre les sacrements parce que Jésus l’a demandé et que cette voie révélée est donc la voie la plus sûre ! Mais le Magistère déclare cependant : « Puisque le Christ est mort pour tous […], nous devons tenir que l’Esprit Saint offre à tous, d’une façon que Dieu connaît, la possibilité d’être associé au mystère pascal. Tout homme qui, ignorant l’Évangile du Christ et son Église, cherche la vérité et fait la volonté de Dieu selon qu’il le connaît, peut être sauvé. On peut supposer que de telles personnes auraient désiré explicitement le baptême si elles en avaient connu la nécessité » (CEC §°1264).
Car le mystère pascal du Fils de Dieu fait homme rejaillit sur toutes les générations, aussi bien avant son Incarnation dans le temps qu’après elle, depuis Adam et Ève jusqu’à son Retour en gloire. Mais l’adhésion de foi explicite et persévérante est le chemin le plus sûr, car le Malin peut obscurcir aussi profondément le cœur de l’homme.
Au moment de la mort, chacun eut, a et aura à se recevoir décisivement du Fils Éternel de Dieu, devenu Jésus, unique Médiateur de salut, d’une manière qui lui fut, est et sera appropriée personnellement. Saint Paul écrit : « Tout a été créé par lui et pour lui » (Col 1,16). Le cœur de tout homme est donc orienté vers Lui, même s’il ne le sait pas, même s’il s’en défend aussi. À cet instant ultime, cette orientation profonde peut alors être mieux perçue et acceptée. L’exemple du Bon Larron est frappant (cf. Lc 23,39-43). Cela peut se faire aussi après la mort clinique, avant la mort métaphysique, c’est-à-dire la séparation de l’âme et du corps. La foi, l’espérance et l’amour entrent dans l’âme. Une note du Code de Droit annoté estime cette période possible jusqu’à deux heures. Marthe Robin allait jusqu’à sept heures. Trois cent cinquante mille personnes environ meurent chaque jour. Comme il faut prier ! Jésus déclare : « Tout péché et blasphème sera remis aux homme, mais le blasphème contre l’Esprit ne sera pas remis » (Mt 12,31). L’Église nous explique que ce « blasphème » peut être, par orgueil, le refus final d’accueillir l’Esprit Saint qui nous révèle nos péchés et nous invite à nous laisser faire Miséricorde par Dieu, dans le Christ. Dieu ne peut forcer notre liberté.
L’immense bonheur de vivre avec le Christ
L’autre raison qui nous pousse à évangéliser respectueusement, c’est le désir ardent que tout homme connaisse ce bonheur de la foi en Jésus, dès cette terre. Car seul le Christ nous révèle qui est profondément Dieu : Trinité-Amour ! Et nous révèle qui est véritablement l’homme, donnant sens à nos joies et à nos souffrances.… Jésus nous montre jusqu’où va l’Alliance aimante de Dieu avec les hommes. Elle va jusqu’à l’humilité extrême de l’Incarnation, la mort ignominieuse sur la Croix, la descente au séjour des morts. Cette Alliance débouche dans la lumière de la Résurrection, en la glorification de la chair du Fils de Dieu, prémices de la nôtre. En Jésus, Dieu nous aime jusqu’à prendre charnellement sur lui nos péchés, pour nous redonner vie par Lui, dans le don transformant du Saint-Esprit. Et, par son pardon, notre « mémoire de misères » devient « mémoire de Miséricorde ». Par la grâce, nous devenons « cohéritiers du Christ » (Rm 8,17). Et cet héritage, c’est la communion retrouvée avec le Père des Miséricordes, la vie éternelle déjà commencée, la communion avec la Vierge Marie, les saints et les anges. Saint Thomas d’Aquin disait : « La foi est un avant-goût de la connaissance qui nous rendra bienheureux dans la vie future. »
Par le baptême et la fidélité à la grâce, toujours à continuer ou à reprendre, les Personnes divines vivent pleinement en nous, nous aiment infiniment. Et elles s’échangent, en chacun de nos cœurs, leur Amour mutuel. Quel émerveillement ! Présence et échange réactivés par la communion eucharistique.
Mère de Dieu et Mère de l’Église, Marie est le modèle immaculé de la foi. Prions-la, imitons-la, pour progresser dans « l’œuvre de Dieu » : croire en son Fils. Par tout ce que fut sa vie, l’Église ne cesse de lui dire : « Bienheureuse celle qui a cru » (Lc1,47) ! Dans la présence de la Vierge déjà glorifiée, notre regard se tourne vers les réalités futures. Saint Jean fait jubiler nos cœurs : « Bien-aimés, dès maintenant, nous sommes enfants de Dieu, et […] nous lui serons semblables, parce que nous le verrons tel qu’il est. » (Jn 3,2)




