Parole de Dieu et combat spirituel
(Auteur: Père Jacques Philippe - Parution F&L n° 245 de Décembre 2005)
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Toute vie chrétienne authentique demande un combat pour résister au mal. Or, pour combattre, il faut des armes. Parmi toutes celles que nous propose l’apôtre Paul, il en est une très efficace : la Parole de Dieu. Découvrons ce trésor qui peut nous sauver la vie.
Dans le chapitre 6 de la lettre aux Éphésiens, Paul exhorte les destinataires à assumer avec confiance et courage la part de combat inéluctable dans toute vie chrétienne authentique : « Rendez-vous puissants dans le Seigneur et dans la vigueur de sa force… Revêtez l’armure de Dieu pour pouvoir résister aux manœuvres du diable… » (Ep 6,11). Paul décrira plus loin les diverses pièces de cette armure à endosser pour « résister au jour mauvais et rester fermes » . La dernière qu’il évoque est « le glaive de l’Esprit, c'est-à-dire la Parole de Dieu ». On retrouve une image analogue dans la lettre aux Hébreux : « Elle est vivante la Parole de Dieu, efficace et plus incisive qu’un glaive à deux tranchants » (He 4, 12).
Une arme dans le combat
Cela nous invite à prendre davantage conscience de la place de la Parole de Dieu comme aide indispensable pour traverser les combats et les épreuves de cette vie. Ceci est d’autant plus important que ces combats ne relèvent pas seulement des forces et des vicissitudes humaines, mais aussi de réalités d’ordre spirituel : « Ce n’est pas contre des adversaires de chair et de sang que nous avons à lutter, mais contre les Principautés, contre les Puissances, contre les Régisseurs de ce monde de ténèbre… » (Ep 6, 12). Il est vital de pouvoir ainsi nous appuyer sur la Sainte Écriture. Le pape Jean-paul II, dans son exhortation apostolique Novo Millenio Ineunte, disait qu’un chrétien qui ne prie pas est un chrétien en danger. Je dirais qu’un chrétien qui ne lit pas régulièrement la Parole de Dieu est un chrétien en danger. Fréquenter et méditer la Parole de Dieu n’est pas un luxe réservé à une élite, c’est une question de vie ou de mort : « L’homme ne se nourrit pas seulement de pain, mais de tout ce qui sort de la bouche de Dieu » (Dt 8, 3). Il y a trop de confusion dans les mentalités ambiantes et les discours que l’on nous assène, et trop de faiblesse en nous, pour que nous puissions nous passer de la lumière et de la force que nous puisons dans la Bible. De manière prophétique, le Concile Vatican II a beaucoup insisté pour que le peuple chrétien tout entier ait accès à la richesse de la Parole de Dieu : «… Or la force et la puissance que recèle la Parole de Dieu sont si grandes qu’elles constituent, pour l’Église son point d’appui et sa vigueur, et pour les enfants de l’Église, la force de leur foi, la nourriture de leur âme, la source pure et permanente de leur vie spirituelle » (Constitution Dei Verbum). En écho à ces paroles, Jean-Paul II nous exhorte: « Il est nécessaire que l’écoute de la Parole devienne une rencontre vitale, selon l’antique et toujours actuelle tradition de la lectio divina permettant de puiser dans le texte biblique la parole vivante qui interpelle, qui oriente, qui façonne l’existence. » (Novo Millenio Ineunte). Nous laisser ainsi interpeller, orienter et façonner par la Parole de Dieu est le seul moyen pour nous de construire notre vie de manière solide et durable : « Le ciel et la terre passeront : mes paroles ne passeront pas » (Lc 21, 33).
L’autorité de la parole divine
Les Évangiles synoptiques indiquent combien les foules sont frappées par l’autorité de la parole de Jésus : « Ils étaient frappés de son enseignement, car il les enseignait comme ayant autorité, et non pas comme les scribes » (Mc 1, 22) ; « Qu’est cela ? Un enseignement nouveau, donné d’autorité ! Même aux esprits impurs il commande et ils lui obéissent » (Mc 1, 27). Cette autorité a deux aspects. D’une part, elle veut dire que Jésus parle en son nom propre ; il se démarque ainsi de l’enseignement habituel des rabbis qui n’affirmaient rien sans s’appuyer sur l’autorité des sages qui les avait précédés. Jésus n’est pas un maillon dans la transmission de la Parole, il est la Parole elle-même. D’autre part, cette autorité de la Parole de Jésus est sa puissante efficacité : les démons s’enfuient, la mer s’apaise (Mc 4, 39), la pécheresse est pardonnée, purifiée, revêtue d’une dignité nouvelle (Jn 7, 11). Cette autorité de la parole de Jésus n’est pas pour nous écraser, mais au contraire à notre service, pour notre édification et notre consolation. Elle est autorité contre nos ennemis, contre l’Accusateur. Il est indispensable pour nous de savoir nous appuyer sur cette autorité de la Parole de Dieu, laquelle recèle une force que n’a aucune parole humaine.
Notre planche de salut
Je crois que tous, nous vivrons des moments de notre vie où cette autorité bienfaisante de la Parole de Dieu sera notre planche de salut. Il y aura des périodes d’épreuve où la seule manière de nous en sortir sera de nous appuyer sur l’Écriture. Jésus lui-même, tenté au désert par le Diable, s’est appuyé sur l’Écriture pour lui résister. Si nous restons seulement au plan du raisonnement, le Diable sera plus fort que nous. Seule la Parole de Dieu sera à même de le désarmer. Dans certains moments de trouble, de doute, d’épreuve, si nous essayons de nous calmer à coups de raisonnements, nous risquons de nous trouver dans une impasse totale. En effet, entre les motifs que nous avons de nous inquiéter et ceux de nous rassurer, nous ne savons jamais trop ce qui va l’emporter, tant notre raison est incapable de tout prévoir et de tout maîtriser. Le seul moyen de faire pencher la balance du côté de la confiance, de l’espérance et de la paix n’est pas de multiplier les arguments, mais de laisser revenir à notre esprit une parole de l’Écriture, et de nous appuyer avec foi sur cette parole : « Ne vous inquiétez pas du lendemain » (Mt 6, 34) ou encore « Ne craignez pas, petit troupeau, tous les cheveux de votre tête sont comptés » (Lc 13, 32).
Point d’appui dans nos luttes
La vraie paix ne dérive pas de la conclusion d’un raisonnement humain, elle ne peut venir que d’une adhésion du cœur aux promesses de Dieu que nous communique la Parole. Lorsque, dans un moment de doute ou de confusion, nous adhérons par un acte de foi à une parole de l’Écriture, l’autorité propre à cette parole devient pour nous un soutien et une force. Elle a un pouvoir particulier pour nous garder dans l’espérance et dans la paix, quoi qu’il arrive. L’Épître aux Hébreux évoque à propos de la promesse de Dieu à Abraham cette « garantie du serment qui met fin à toute contestation » (He 5, 16). La Parole de Dieu a le pouvoir de mettre un terme à nos irrésolutions et au va-et-vient de nos raisonnements incertains, pour nous établir dans la vérité et dans la paix. L’espérance que procure cette parole est « l’ancre de notre âme, sûre autant que solide » (He 5, 19). Les exemples sont innombrables des paroles de l’Écriture qui peuvent être pour nous un point d’appui précieux dans nos luttes. Si je me sens seul et abandonné, l’Écriture me crie : « Même si une femme oubliait son enfant, moi je ne t’oublierai pas ! » (Is 49, 15). Si je sens Dieu lointain, elle me dit : « Je serai avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde » (Mt 28, 20). Si je me sens écrasé par mon péché elle me dit : « Je ne me souviendrai plus de tes fautes ! » (Is 43, 25). Si j’ai l’impression de ne rien avoir de ce qu’il me faudrait pour bien avancer dans la vie, le psaume m’invite à poser cet acte de foi : « Le Seigneur est mon berger, je ne manque de rien » (Ps 23). Ne passons donc pas une journée sans prendre au moins quelques minutes pour lire un passage de l’Écriture… Elle nous semblera parfois un peu aride et obscure, mais si nous la lisons avec fidélité, dans la simplicité et la prière, elle pénétrera notre mémoire profonde sans même que nous n’en ayons conscience. Et le jour où nous en aurons besoin, dans tel moment d’adversité, un verset nous reviendra à la mémoire, et sera précisément la parole dont nous aurons besoin et sur laquelle nous pourrons nous appuyer pour retrouver l’espérance et la paix.




