/ MIEUX LE CONNAÎTRE / Vie spirituelle / Ma joie, Christ est ressuscité !

Ma joie, Christ est ressuscité !

(Auteur: Pascal Maillard - Parution F&L n° 260 d'Avril 2007)

Le Pape à Paris

- Bonsoir, comment ça va ? 
- Ça va, merci et vous ?
- Bien, bien, merci.
Silence un peu lourd…
- Bon, je vous laisse, bonne fête de Pâques.
- À vous aussi ! Mes amitiés à Madame et aux enfants !
- C'est gentil, je n'y manquerai pas…

L'homme s'éloigne rapidement vers sa voiture tandis que je rejoins la mienne. Nous sortons juste de la veillée pascale, et je m'en veux terriblement pour cet échange, banal à pleurer, entre deux chrétiens qui n'osent pas exulter ensemble, c'est-à-dire tout simplement vivre ce qu'ils viennent de célébrer.

Le Roi dort…

Je sais que de retour dans ma maison de la communauté des Béatitudes , dans quelques minutes, nous allons nous saluer, comme les chrétiens d'Orient le font, par cette exclamation pleine de tendresse et de lumière : - Ma joie, Christ est Ressuscité ! - Il est vraiment Ressuscité ! Puis, nous allons vénérer l'icône de la Résurrection avec une allégresse à peine contenue. Enfin, nous allons danser une partie de la nuit des cantiques bibliques, car il est nécessaire que le corps soit de la partie, à l'unisson de la joie du cœur. Alors, nous ressentirons les "divines énergies" (cette expression de nos frères orthodoxes n'a rien à voir avec une notion d'énergie telle qu'on la retrouve, par exemple, dans le New Âge. Il s'agit ici, tout simplement, de la grâce de Dieu) du Christ Ressuscité parcourir nos membres autant que nos âmes et nous faire "bondir comme des veaux à l'engrais" !

Pourtant, la veille et l'avant-veille, l'humeur n'était pas aux sauts de cabris. Le jeudi soir, dans une atmosphère de veillée d'armes, nous avons revécu la première cène autour de la table, lavement des pieds par le berger (responsable dans une maison de la communauté des Béatitudes) ou le prêtre, partage du Corps et du Sang du Christ "comme si c'était la première fois". Intimité, tendresse et stupeur, adoration… Après minuit, la Sainte Réserve est "cachée" et, devant l'icône de Gethsémani, chacun médite l'agonie de Jésus. Compassion, larmes de contrition, tentations aussi, dont celle du sommeil n'est pas la moindre…

Le vendredi saint nous a trouvés dans le jeûne et la repentance, le regard fixé sur le Crucifié qui s'est laissé torturer à cause de nos péchés, à cause de l'Amour du Père, à cause de toute cette détresse humaine… Le samedi saint, grand silence liturgique, pas feutrés et chuchotements : le Roi dort…

Mes préférés !

Je repense alors à la magnifique vision d'Adrienne von Speyr, cette mystique qui a inspiré l'œuvre du théologien Hans Urs von Balthasar : Jésus a vécu sa Passion et sa Résurrection comme une immense confession de toute l'humanité, récapitulée en sa Personne.

Son agonie est une sorte d'incommensurable "examen de conscience" de tous les péchés de tous les temps ; sa mort en Croix exposée à tous les regards en est "l'aveu" ; la Résurrection constitue cette universelle "absolution" donnée à l'humanité par le Père à travers Jésus. Une "absolution collective" (la seule autorisée !), définitive réponse du Père au sacrifice du Christ, qui signifie : " Mon enfant, tu as pris en toi tous les hommes de tous les temps, et en t'offrant dans ta mort sur la Croix, tu as tué pour eux le Mal et le péché. Et Moi qui te rends la vie, j'agrée ce sacrifice et je la leur rends à eux aussi. En toi, Mon Enfant, Mon unique, je les façonne selon la beauté du premier jour, qu'ils redeviennent ce qu'ils n'ont jamais cessé d'être : tous mes Bien-Aimés, tous mes préférés ! "

Il faut absolument que je retrouve ce paroissien de minuit. Pour lui sourire, l'embrasser et lui témoigner : Ma joie, Christ est Ressuscité !

Christ est ressuscité !

Oui, ami(e) lecteur ou lectrice, ma joie, Christ est Ressuscité ! Car " Ce Jésus que vous avez crucifié, le Père l'a rendu à la vie " (Ac 2, 23-24). Tout péché, de quelque nature qu'il soit, est une atteinte à l'amour ; et cette atteinte, cette défiguration dont tu es tantôt le responsable tantôt l'objet, le Père les a effacées en ressuscitant Jésus ! Tu n'es plus coupable ni victime ! L'irréparable a été réparé, l'inexcusable a été excusé, l'impardonnable a été pardonné !

Ma joie, Christ est Ressuscité ! Quoique tu aies fait, quelle que soit la cause de ta culpabilité, qu'elle soit fausse ou réelle, le Père l'a fait disparaître. Tu n'es plus coupable : le Christ a pris sur Lui ton péché ; Il l'a anéanti sur la Croix. En ressuscitant le Christ, le Père a scellé définitivement ce pardon .

Ma joie, Christ est Ressuscité ! Le châtiment qui pesait sur toi est retombé sur Lui, et l'Amour du Père a tout englouti. Tu n'as plus besoin de te punir, de te faire du mal, de t'interdire le bonheur, tu n'es plus coupable ! Ni du mal que tu as vraiment commis, ni de celui des autres que tu as pris sur toi. Entends bien : par la Résurrection de Jésus, tout a été réparé ! Tout !

Ma joie, Christ est Ressuscité ! Toute blessure, toute souffrance, tout échec - aussi meurtrissants qu'ils aient été - sont maintenant, si tu le veux, porteurs de sens et de vie. Jésus ressuscité veut visiter tes lieux de mort, tes tombeaux, toute ton histoire dans ses aspects les plus obscurs, et guérir à jamais tes blessures. Tu n'es plus victime, tu es porteur de Gloire !

Ma joie, Christ est Ressuscité ! S'il s'est identifié à ton mal, ton péché et ta mort, c'est pour que tu sois identifié(e) à sa Résurrection. Tu es donc fils, fille de la Résurrection, ton vieux "Moi" rétréci et frustré peut disparaître et un nouveau "moi" est appelé à la vie. Ce nouveau "moi" est le vrai, l'authentique. Vivre en Ressuscité(e), c'est pour toi entamer un passionnant pèlerinage vers ce vrai "moi". Courage !

Fameuse victoire !

Mais peut-être me diras-tu : C'est bien beau, mais moi, je vois le mal encore autour et en moi. Où est-elle, cette fameuse victoire ? Soit, je le vois moi aussi, mais une comparaison peut nous faire comprendre ce paradoxe d'un Dieu victorieux du mal et de la mort, alors que nous les voyons toujours à l'œuvre. Parmi toutes les étoiles qui brillent dans le ciel, beaucoup sont en fait éteintes… depuis longtemps ! Pourtant, nous percevons encore leur éclat car la lumière n'a pas fini son trajet. À l'inverse, certaines étoiles sont nées il y a très longtemps, dont la lumière ne nous est pas encore parvenue : seul un télescope électronique peut en attester l'existence.

Ainsi du mal, du péché et de la mort : le Christ les a vaincus, ils ont été engloutis, mais notre monde est toujours "en rédemption". C'est un peu comme un combat, une guerre dont l'issue victorieuse serait connue et obtenue à l'avance. Ne crois-tu pas que l'on se bat différemment quand on sait qu'on va gagner, ou plutôt qu'un autre a déjà gagné pour nous ? Cette victoire nous sera attribuée en son temps : quand nous aurons un peu combattu, nous dit saint Paul.

Notre télescope électronique, c'est la foi qui nous permet de vivre "comme si nous voyions l'invisible". Ce que Jésus te demande, c'est un acte de foi, tout petit, mais sincère. Une fois que tu l'auras fait, alors tu expérimenteras la puissance de sa résurrection. Tu sentiras dans ton cœur que "c'est vrai". Le Saint-Esprit, témoin véridique, l'attestera au-dedans de toi.

Le beau risque de la foi

Jésus dit à Marthe à la mort de son frère Lazare : " Je te dis que si tu crois, tu verras la Gloire de Dieu. " Nous, nous préférons souvent répondre : montre-moi d'abord, je croirai ensuite. Ça n'est pas très élégant, ni… très bien élevé ! La foi mise en actes nous dévoile la gloire de Dieu. Elle libère sa puissance de Résurrection. Pourquoi un acte de foi d'abord ? Parce que Dieu est Amour, ce qui implique qu'Il nous laisse libres. Il pourrait nous obliger à croire et à L'aimer en faisant toutes sortes de prodiges qui tiendraient plus de "l'épate" que de l'Amour. Nous serions coincés. Et nous sentant ainsi manipulés, forcés, nous ne pourrions pas L'aimer librement. Alors Dieu, dans son infini respect, demande qu'on mette en œuvre notre liberté, notre responsabilité : c'est faire "œuvre d'homme" que de prendre le risque de la foi. Le Seigneur va faire "œuvre de Dieu" en répondant à cette foi. Il agira dans nos vies, dans le monde, avec puissance et fidélité. Lorsque l'on fait un pas vers Lui, n'en fait-Il pas mille vers nous ?

" Si tu crois dans ton cœur que Jésus est le Seigneur, si ta bouche proclame qu'Il est Ressuscité d'entre les morts, alors tu seras sauvé " (Rm 10,9). Crois, proclame, empare-toi de ce salut !