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Le pape Jean-Paul II, il n’en restera rien, me disait un jour un prêtre. Ce n’est pas un mystique. Regarde ce qu’il fait au moment de la consécration. Il me montre une photo prise durant une messe où, au cours de l’élévation, le regard du Pape, loin d’être posé sur l’hostie, se porte sur l’assemblée des fidèles.
En méditant devant cette photo, j’ai reçu, en image, une leçon de mystique du prêtre : la mystique du prêtre «époux».
Homme et femme
Regardons donc l’homme et la femme. Pourquoi l’altérité sexuelle, voulue par Dieu, est-elle un grand bien ? Parce qu’elle permet le don des personnes et le don de la vie. Ce «double don» des époux, inscrit dans la nature de l’homme et de la femme, fait du couple une image parfaite de Dieu.
En effet, le Père engendre, le Fils est engendré. Et parce que le Père se donne dans son être divin, en engendrant le Fils ; parce que le Fils se reçoit totalement du Père, dans son être divin, en étant engendré ; cet engendrement donc, que nous appelons l’Amour, est lui-même un être divin, l’Esprit Saint. Et l’Esprit Saint est donné. Ainsi Dieu se révèle comme étant don en lui-même, et il nous révèle que le don est donné. Nous avons là comme la définition de l’Amour, et donc de tout amour.
L’homme et la femme portent dans leur corps cette image parfaite : l’homme est celui qui «va vers», la femme est celle qui «accueille». L’homme suscite la vie dans le sein de son épouse, qui la porte et la mène à la plénitude. Le don des époux, parfaite image de Dieu qui engendre et qui est engendré, est inséparable du don de la vie. L’enfant est le témoin du don des époux, il est le don de ce don. Voilà comment on peut comprendre saint Paul quand il dit que le mari est le «chef» de son épouse, et qu’elle doit lui être »soumise». L’homme est la source de la féminité de la femme, et c’est lui qui la glorifie dans la maternité. La femme à son tour se reçoit de son époux et l’introduit dans la vraie paternité, qui est douceur et force. Nous avons du mal à comprendre cela, parce que le péché a introduit, par le biais de l’altérité, domination et convoitise.
Vin des noces
Contemplons maintenant le Christ. À son époque, le jeune époux avait la charge de fournir le vin de ses noces. C’est ce que fit Jésus, à Cana. Et sur la croix, tout comme Adam, Jésus est endormi dans un sommeil mystérieux, la mort. Tout comme Adam, son côté est ouvert, par la lance du soldat. Et du côté du nouvel Adam, Dieu tire l’eau du baptême et le sang de l’eucharistie. Dieu tire l’Épouse, l’Église, qui fera la joie de son Époux, quand Il s’éveillera de son sommeil. La figure biblique du peuple, c’est la femme. Jésus et l’Église assument et accomplissent vraiment ce mystère de l’amour de l’homme et de la femme.
À la messe, festin des noces de l’Agneau, l’Époux dit à sa bien aimée l’Église qui est là : « Mon corps, qui est pour toi ». Pour une étreinte d’amour, réelle, charnelle : la communion. Et les « enfants » de cette union du Christ et de l’Église, ce sont tous les baptisés.
Le prêtre féconde l’Église
Ainsi le don eucharistique de l’Époux et de l’Épouse est-il inséparable de la mission. En effet, le don ne peut qu’être donné pour être vrai. « Heureux les invités au festin des noces de l’Agneau » est une invitation à la mission. Les invités, ce sont ceux qui ne sont pas encore nés de cette union du Christ et de son Église, ce sont les futurs baptisés !
Osons poser cette question : pourquoi le Christ s’est-il incarné en homme ? Parce qu’il fallait un nouvel Adam, pour que puisse être tirée la nouvelle Ève qui est l’Église. Jésus suscite la vie éternelle que son épouse, l’Église, va porter, et faire croître dans le monde entier.
Nous comprenons maintenant pourquoi on ne peut ordonner que des hommes. En effet, le ministère sacerdotal est un ministère de fécondation. Par la prédication et les sacrements, le prêtre suscite la vie éternelle, que le peuple de Dieu va porter et faire croître. Voilà pourquoi seul un homme peut porter, dans sa masculinité, ce ministère ordonné. Et il fait cela in persona Christi. En la personne de l’Époux. Oui, Jean-Paul II avait tout compris quand il regardait avec amour l’Épouse, au moment où il élevait Celui qui est l’Époux, celui en qui il regarde son peuple bien-aimé. Ainsi le prêtre est bien, dans le Christ, et donc dans l’exercice de son ministère, l’époux de son peuple.
De ceci, nous pouvons tirer quelques enseignements :
La fécondité pastorale de l’Église est le fruit de la communion du peuple et de ses pasteurs. Dieu a voulu l’altérité dans l’Église, en vue de la communion et de la fécondité. Voilà un chemin de conversion, pour les prêtres et pour les laïcs. Cette communion doit s’inscrire dans la réalité charnelle de notre existence. Le prêtre doit être «chez lui» dans les familles, «petites églises». Chez lui, cela veut dire qu’il vient pour partager la vie familiale : la mise du couvert, le repas, la détente… La vie du jeune prêtre Woytila nous fait voir pourquoi Jean-Paul II comprenait si bien tout cela. En lisant l’Évangile entre les lignes, il me semble que Jésus avait un enracinement dans la famille de Lazare et de ses sœurs, à Béthanie.
Les fidèles se reçoivent du prêtre
La mission n’est pas d’abord l’affaire des prêtres, mais bien celle des fidèles. Le prêtre envoie en mission ceux en qui il a suscité, par son ministère, la vie même de Dieu. Voilà un enseignement nouveau que nous a donné Vatican II et, plus tard, Christi fideles Laïci.
Le prêtre est le serviteur de son épouse, qu’il doit sans cesse féconder par la prédication et les sacrements. Le péché du prêtre, c’est le péché de l’homme : dominer son épouse au lieu de la servir. Le cléricalisme est un «machisme» spirituel.
Les fidèles ne peuvent remplir leur mission que s’il se reçoivent du prêtre. Le péché du peuple de Dieu, c’est celui de l’épouse qui voudrait porter la vie, sans la recevoir de celui qui la suscite en elle. C’est une tentation plus fréquente qu’il n’y paraît.
Ce qui peut plonger le prêtre dans le désespoir, c’est d’avoir une «épouse» volontairement stérile. Si le peuple vient à la messe en prenant la pilule spirituelle, à quoi cela sert-il ? Comment cela peut-il être source de bonheur pour son pasteur ? C’est la fécondité de son peuple qui fera la joie de son époux.
Ce qui peut rendre le peuple stérile, c’est le manque de souci du prêtre de féconder ce peuple par la parole, les sacrements, et un amour spirituel authentique. Et cela va bien au-delà de la seule célébration eucharistique. Envoyer en mission, c’est bien plus que demander des services. Cela suppose de nourrir sans cesse avec une attention de tous les instants. On devine chez saint Paul cette charité pastorale qu’il avait pour les églises qu’il avait fondées.
Le prêtre se reçoit des fidèles
De même que c’est la femme qui permet à l’homme de se comprendre, lui qui est la source de sa féminité, et qui la glorifie dans la maternité ; de même, c’est le peuple de Dieu qui permet au prêtre de se comprendre, lui qui le sanctifie par son ministère. Le face à face du prêtre et du peuple, dans la liturgie de Paul VI, a permis cette photo, dans laquelle nous percevons ce que peut être l’amour du prêtre et de son peuple. Que ce soit l’amour du Christ pour son Église !




