- Vos réactions
- Envoyer à un(e) ami(e)
- Imprimer cette page
Quand j’étais jeune, je n’aimais pas trop ce Dieu courroucé qui exterminait les gens par le feu ou le déluge… J’avais plutôt l’image d’un père fouettard à l’affût de la première bêtise : « Le Bon Dieu t’a punie », disait-on pour dissuader de désobéir. Et puis un jour, j’ai contemplé le magnifique et bouleversant tableau de Rembrandt, Le fils prodigue, et fus saisie par les deux mains du Père : l’une masculine, l’autre féminine. La miséricorde, deux visages dans un seul Être ?
La miséricorde du Père
Le mot miséricordieux est formé de misere corde, "malheureux par le cœur". Le visage féminin de la miséricorde est celui qui se penche sur la souffrance pour la soulager. L'homme, lui, se penche vers la vérité : si le mal n'est pas montré du doigt, il n'y a pas de miséricorde possible. C'est le visage masculin de la miséricorde.
Dieu est père quand sur le Sinaï il donne la Loi à Moïse et la fait respecter en récompensant le bien et en punissant le mal, car sa justice est conforme à sa Sagesse « Tu es juste quand tu prononces, juste lorsque tu juges » dit le psalmiste. Il est mère quand Il pardonne.
Quand le peuple est infidèle, Sa éclate comme celle d’un amoureux trahi qui crie sa souffrance. Car la colère de Dieu, c’est son amour passionné pour son peuple, celui de l'époux envers l’épouse : ruhama, "bien-aimée" ou d'un père envers son fils. « Éphraïm est-il pour moi un fils à ce point chéri que, chaque fois que je le menace, je me souvienne encore de lui ?» (Jr 31,19). C’est pourquoi Il lui pardonne ses fautes et ses trahisons. Quand le peuple se montre par trop insupportable, va-t-Il l’exterminer ? « Mon cœur en moi est bouleversé… Comment te délaisserais-je, Ephraïm ? Comment te livrerais-je Israël ? Mon coeur se retourne et mes entrailles s'émeuvent... Je suis Dieu, moi, et non un homme. Je suis le Saint au milieu de toi. Je n'aime pas à exterminer » (Os 11, 8-9). Voilà la justice de Dieu : une mère qui pardonne et qui se penche sur la souffrance : « J’ai vu la misère de mon peuple » (Ex, 3, 7) dit Dieu à Moïse. Il a entendu ses cris, Il va le délivrer de l’esclavage (Ex 12) « à main forte et à bras étendu » La puissance de Dieu se révèle dans sa miséricorde. La sortie d’Égypte, commémorée d’âge en âge, est la clé qui permettra à tous et chacun en particulier d’implorer avec confiance la miséricorde dans la détresse ou après le péché.
Quand Moïse intercède pour son peuple qui s’est détourné de Dieu pour adorer le veau d’or, il entend : « YHWH, YHWH, Dieu de tendresse et de pitié, lent à la colère, et plein de miséricorde et de fidélité » (Ex 34,4-6). Moïse confesse alors le Seigneur comme un Dieu qui pardonne. Le Nom divin Je suis, exprime toute la miséricorde et la fidélité de Dieu qui, malgré l’infidélité des hommes et du châtiment qu’ils méritent, « garde sa grâce à des milliers » (Ex 24,7)1.
Entre la hessed, la bonté bienveillante de Dieu et la dîn, sa sévérité juste et vraie, il y a la rahamîm, (de rahem, "le sein maternel") ses entrailles qui se retournent contre lui pour faire miséricorde.
La miséricorde est une puissance particulière de l’amour, plus forte que le péché, elle va plus loin que la justice. Elle découle de toutes les perfections de Dieu. Plus tard elle aura un visage : Jésus.
Révélée dans le Fils
« Qui m'a vu a vu le Père » (Jn 14, 9). Jésus, seconde Personne de la Trinité, couché nu dans la mangeoire… couché nu sur la Croix…
Entre ces deux événements, toute la vie du Christ révèle la miséricorde du Père :: les boîteux marchent, les sourds entendent, les aveugles voient… Ce sont les pauvres, les petits, les exclus.qui attirent la miséricorde.
De toutes les paraboles de la miséricorde dans l’Évangile de Luc : le bon samaritain, la brebis perdue, la drachme perdue, la plus belle et la plus bouleversante est celle du fils prodigue (Lc 15). Le fils a conscience qu’il n’est plus digne d’être appelé fils. Cependant le Père, « pris de pitié, court se jeter à son cou et l’embrasse » , il le couvre du manteau de la miséricorde, rétablit la relation entre lui et son fils et lui redonne son rang de fils. C’est cet amour agapè que saint Paul décrit dans son épître aux Corinthiens : « La charité ne tient pas compte du mal, elle excuse tout, espère tout, supporte tout… » (1Co 13,4-8).
« La miséricorde ne consiste pas seulement dans le regard chargé de compassion vers le mal moral, corporel ou matériel. Elle revalorise, tire le bien de toutes les formes de mal qui existent dans le monde et dans l'homme. C'est ainsi qu'elle constitue le contenu fondamental du message messianique du Christ et sa force. L'amour ne se laisse pas vaincre par le mal, il est toujours vainqueur du mal » ( J.P.II Dives in misericordiae).
Avec Jésus, la loi du Talion (Lv 24, 10), soucieuse de justice équitable, fait place à un surcroît de justice : « Quelqu’un te donne-t-il un soufflet sur la joue droite, tends-lui encore l’autre » (Mt 5, 20).
Dans le Nouveau Testament c’est également dans la pâque : la mort et la résurrection du Christ, que culmine la miséricorde. Jésus, nouveau Moïse, « Lui qui était sans péché, Dieu l'a fait péché pour nous, afin qu'en lui nous devenions justice de Dieu (2 Co 5, 21), nous a fait passer de la mort à la vie, des ténèbres à la lumière, il a réconcilié le monde avec Dieu et nous a ouvert les portes du Royaume. Amour plus fort que la mort et le péché ! « Là où le péché a abondé, la grâce a surabondé » (Rm 5,20). Par sa mort et sa résurrection, Dieu, qui est riche en miséricorde, à cause du grand amour dont il nous a aimés, alors que nous étions morts par suite de nos péchés, nous a fait revivre avec le Christ (Ep 2, 4-5). La réincarnation n’existe pas ! Avec le Christ nous mourons, avec lui nous ressuscitons ! Mystère de miséricorde qui dépasse toute intelligence !
À l’œuvre dans l’Église par l’Esprit Saint
« Heureux les miséricordieux, ils obtiendront miséricorde » (Mt 5,7).
Sous le souffle de l’Esprit, l'Église, Corps du Christ, est chargée de continuer, l'oeuvre commencée par le Christ : montrer le visage du Père qui se penche sur la misère humaine et lui vient en aide, pardonne "soixante-dix fois sept fois", redonne aux hommes la dignité, car « Dans la mesure où vous l'avez fait à un de ces petits, c'est à moi que vous l'avez fait » (Mt 25, 40). L'homme parvient à l'amour miséricordieux dans la mesure où lui-même se transforme intérieurement par la prière et les sacrements (Eucharistie et réconciliation principalement), dans l'esprit d'un tel amour envers le prochain. C’est un chemin de conversion et un « devoir » d’offrir nos corps et d'aimer Dieu comme Il nous aime, de faire ce qui convient au prochain dans un but constructif (Cf. Rm 12-15). Le Christ crucifié est pour nous le modèle, Il est celui qui se tient à la porte et frappe au cœur de tout homme.
Le plus grand péché, disait Mère Teresa, est l’absence d’amour et de charité, la terrible indifférence au prochain qui, au bord de la route, est en butte à l’exploitation, la corruption, l’indigence et la maladie.
Les œuvres de miséricorde ont été principalement suscitées par des chrétiens, religieux ou laïcs. Ils ont mis en pratique ce que Marie, la Mère de Miséricorde, avait dit à Cana : « Faites tout ce qu’Il vous dira » (Jn 2,5).
À notre monde menacé d'autodestruction, le Seigneur a donné à l’Église un message
pour le troisième millénaire par l'intermédiaire de soeur Faustine, canonisée le 30 avril 2000 : « Pour les âmes, l'ultime planche de salut est de recourir à ma Miséricorde. » En instituant le dimanche de la Miséricorde2, Jean-Paul II permet à l’humanité de crier vers Dieu, le Père de Miséricorde, pour implorer son pardon. La prière de l'Église devient la prière de Jésus sur la croix : « Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu'ils font » (Lc 23,34).
« Ô inconcevable et insondable miséricorde divine…
Tu es le doux espoir de l’homme pécheur…
Chantez avec gratitude l’hymne de l’inconcevable miséricorde » Sr Faustine3.
1- Cathéchisme de l’Église catholique n° 210 - 211
2- Le dimanche après Pâques. (Cf. Le petit journal Sr Faustine)
3- La Miséricorde divine, ed. Bénédictines




