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Tout homme éprouve le besoin de se sentir enveloppé d'amour. Mais celui qui ne se nourrirait que de ce besoin courrait le risque de vivre à la superficie de lui-même, de n'exister qu'à travers l'autre, il oublierait sa profondeur. L’homme a donc besoin d'habiter son espace intérieur. Dire cela, c'est d'abord affirmer qu'il a besoin d'être lui-même, autrement dit d’être libre. Les violences que nous ressentons sont toutes des atteintes à notre autonomie, et cela dès le plus jeune âge. Or, la liberté s'exprime volontiers en termes d'espace. Nous exprimons spontanément notre aspiration à la liberté en termes géographiques : « J'ai besoin d'espace ». Entendre : « je vous donne de l'espace » est ressenti comme libérant. Inversement, toute limitation de notre autonomie est éprouvée comme enfermante, oppressante, suffoquante, tous ces adjectifs évoquant une limitation de l'espace.Cet espace intérieur s'ébauche dans la nature. Plus nous montons dans l'échelle des vivants, plus l'intériorité grandit. L'animal possède son propre système autonome de circulation du sang : le cœur. Celui-ci a, au sens le plus rigoureux de l’expression, intériorisé le soleil : le cœur est un soleil intérieur. Cette intériorisation corporelle devient psychique avec l'homme : être conscient de soi-même, être la source de ses actions, être capable de s'approprier ses souvenirs, requiert de l'homme qu’il puisse se retirer en lui, qu'un espace soit creusé en lui. L'animal vit dans le monde ; le monde vit en l'homme.Enfin, l'entrée dans la vie spirituelle se caractérise par un élargissement intérieur : « Notre cœur s'est grand ouvert, écrivait saint Paul aux Corinthiens, vous n'êtes pas à l'étroit chez nous ; c'est dans vos cœurs que vous êtes à l'étroit » (2 Co 6,12). Un prêtre commentait : « Je suis toujours étonné de voir que nous nous octroyons une place d'un demi-mètre carré, alors que Dieu a préparé pour nous des hectares et des hectares de prairie verdoyante. »L'espace intérieur constitue d'abord un "chez soi" et cette maison n'appartient qu'à nous. Même l'ami le plus intime n'en connaîtra jamais que le seuil. Il n'a donc pas accès immédiatement à ce que nous ressentons et pensons. Nous demeurons toujours extérieurs les uns aux autres. Notre espace intérieur est inaccessible, inviolable, mystérieux.
Voici enfin quatre conseils :
1. Découvrons notre espace intérieur. Cela est particulièrement vrai des tempéraments plus extravertis qui puisent leur énergie à l'extérieur d'eux-mêmes. Tel l'enfant prodigue, nous sommes appelés à quitter l'extérieur pour entrer en nous-mêmes (cf. Lc 15, 17). Si la prière est si difficile à tant de personnes, c'est d'abord parce qu'elles ont perdu l'habitude de vivre dans l'intériorité et le silence. Notre civilisation est centrifuge, littéralement : elle nous fait fuir notre centre.
2. Découvrons progressivement les différentes pièces de notre maison, et non seulement quelques-unes. Saint Thomas d'Aquin commente le commandement « Aime Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta force et de tout ton esprit » (Lc 10, 27 ; cf. Dt 6, 5) en disant que, pour aimer, nous devons faire appel à toutes nos capacités : intelligence (esprit), volonté (cœur), affectivité (âme) et combativité (force).
3. Vivons centrés en nous-mêmes. Apprenons à recevoir la réalité, l'autre (sa parole, sa présence) au plus intime de nous-mêmes et à nous donner (agir, parler, penser) à partir de notre cœur, de nos besoins fondamentaux, là où se conjuguent notre intelligence et notre volonté dans la continuité de la mémoire.
4. Plus encore, vivons centrés sur Dieu. Lorsque Jésus dit à Zachée : « C'est aujourd'hui que je viens demeurer chez toi » (Lc 19, 5), il exprime à tout homme qu'il désire demeurer en son centre intime. Si l’on en croit saint Augustin, Dieu est depuis toujours déjà présent au cœur de notre cœur, alors que nous le cherchons à l'extérieur. La vie spirituelle consiste donc à descendre de plus en plus profondément dans notre château intérieur, selon l'image de sainte Thérèse d'Avila.




