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L’homme : une créature paradoxale. Voué à une existence mortelle, un désir d’infini le tenaille. Ce désir est faim d’Absolu, soif de l’Autre, aspiration vers l’Éternel. En favorisant un isolement de l’homme sur lui-même, notre culture ambiante refoule et exacerbe cet irrépressible besoin. L’essor actuel de mouvements sataniques, tel le “gothic” et autres sous-produits du Ténébreux, en est l’expression la plus aberrante. Idem avec la recherche d’expériences limites où l’on “se défonce”.
L’homme contemporain ne sait plus rejoindre que lui-même. La conséquence en est ruineuse. Son existence devient opaque, épuisante, insensée. Le diagnostic est aussi patent qu’alarmant : son âme est malade. Malade de ne retrouver que soi-même. Malade de ne plus savoir dire "Dieu", d’aller à lui, de lui parler, de l’écouter ; ou de le faire d’une manière si maladroite, sauvage, errante… La vie humaine exige l’élancement vers un Autre que soi pour en savourer le mystère : l’amour de Dieu. Car « la santé de l’âme, c’est l’amour de Dieu » (St Jean de la Croix). Et l’amour de Dieu appelle l’humble reconnaissance de la foi.
Dieu est la lumière sûre, la puissance efficace, la seule vraiment appropriée au “soin de l’âme”. Pourquoi cette affirmation ? Parce que Dieu est l’hôte mystérieux et permanent du fond de toute personne humaine, son centre de gravité. De cette Présence, tout être humain tient son inaliénable dignité. « Qu'il faut qu'une âme soit grande pour contenir un Dieu ! », s’émerveille Thérèse de l’Enfant-Jésus (LT 165). L’énigme qu’est l’homme, la réponse à ses attentes fondamentales, ne s’éclaire que dans sa relation à Dieu. Hors de Dieu, l’homme est hors de sens.
Un autre témoin de Dieu a parlé avec clarté, saveur et profondeur de l’intériorité humaine : Élisabeth de la Trinité. Sa vie et ses écrits annoncent la vérité de l’homme théophore, porteur de Dieu. Élisabeth en a reçu le charisme et la mission : « Il me semble qu'au Ciel, ma mission sera d'attirer les âmes en les aidant à sortir d’elles pour adhérer à Dieu par un mouvement tout simple et tout amoureux, et de les garder en ce grand silence du dedans qui permet à Dieu de s’imprimer en elles, de les transformer en Lui-même » (L 335).
L’insistance d’Élisabeth à faire entendre à ses correspondants la spatialité infinie du fond de l’âme, et que ce fond « est le sanctuaire de Dieu », délivre une vérité anthropologique essentielle. Élisabeth de la Trinité est prophète de la grandeur de l’homme appelé à être théophore. Celui, celle qui, par la foi et l’adoration, s’éveille aux vastes champs de son intériorité, s’ouvre à sa vocation divine. Son contenu ? Vivre de la liberté de l’Esprit et de la filiation divine en Jésus-Christ.
Concrètement, quel acte pouvons-nous poser pour faire « mémoire de Dieu », vivre ces plongées adorantes aux profondeurs de soi, qui régénèrent l’âme au contact de Dieu ? Les Pères du désert parlaient de "prières courtes", souvent renouvelées, telles des flèches lancées vers le Ciel. Prières jaculatoires, a-t-on dit aussi. Moyens efficaces à la portée de tous, confirme saint Augustin.
À l'heure du portable, on se plaît à envoyer de brefs messages à ceux que l’on aime, heureux aussi d’en recevoir : les SMS. Ce sigle signifie Short Message Service, “service de message court”. Eh bien, si nous voulons sauver notre âme de la dispersion et de la superficialité, lui rendre vie et santé, usons de SMS vers le Ciel ! Envoyons à Dieu de Simples Messages Silencieux. Ne serait-ce qu'une minute de réelle mise en présence de Dieu, par la foi en « son trop grand amour » ! Brèves élévations vers « le ciel de notre âme »… Cette pratique, simple, toujours accessible, ouvre des horizons nouveaux, infinis, vivifiants, pacifiants : ceux du Dieu vivant, de sa Présence agissante, son Mystère. Là est notre vie, notre santé, car là est notre centre le plus profond.




