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On entend souvent qu’un chrétien isolé est un chrétien en danger. Livrés à nous-mêmes, notre foi ”flanche“. Nous pouvons facilement nous égarer, chercher des compensations, céder à la paresse, à l’individualisme, etc…
Notre ADN
Nous sommes pourtant appelés à être des artisans de communion. Amour, relation et communion ne vont-ils pas ensemble ? C’est ce qui se passe déjà en Dieu. Les trois Personnes de la Trinité sont relation, communion, circulation d’amour entre le Père, le Fils et l’Esprit : l’amour est fait pour être reçu et donné. Nous sommes donc appelés à vivre ensemble, avec nos différences, comme dans la Trinité où le Père n’est ni le Fils ni l’Esprit… Pas d’amalgame mais bien dialogue, communion d’amour. Notons que la communication n’est pas la communion. On peut s’envoyer des messages à distance, tout en restant isolés, chacun chez soi !
Une expérience de communion, de proximité, de don mutuel, c’est autre chose. Avec le Christ, avec les autres, est-ce que je ne fais qu’envoyer des “messages” ou bien ai-je vraiment une relation avec eux ? Faire corps, se “rassembler”, c’est le sens du mot “Église”. Le “Corps” dont nous formons les “membres” est une image reprise par saint Paul (cf 1 Co 12) affirmant que dans nos différences « nous sommes membres les uns des autres. » Dans notre propre corps, les cheveux ne sont pas le sang, mais ils partagent pourtant le même ADN : c’est le point commun de toutes les parties de notre corps. Comme chrétiens, nous pouvons dire que le Christ, c’est notre ADN ! Nous avons donc à accepter nos différences tout en nous reconnaissant membres d’un seul “Corps”, comme les organes d’un corps humain se reconnaissent dans leur complémentarité.
Le verre et la carafe
Pourquoi avons-nous donc tant de mal à nous accepter les uns les autres, tels que nous sommes ? Nous pouvons même devenir des étrangers ou des ennemis les uns par rapport aux autres. En fait, la relation avec les autres est à comprendre en fonction de notre relation propre au Christ. Il me revient cette parabole très parlante, entendue en Égypte de la part d’un moine qui s’exprimait comme un vrai “Père du désert”… On pourrait l’appeler la parabole “du verre et de la carafe”. Nous sommes les verres et Jésus, la carafe. Dans notre relation avec les autres, en famille, entre amis, au travail, nous désirons à priori le bien et essayons de le transmettre.
Entre les “verres” que nous sommes, il y a alors un échange d’eau. Si l’on ne me donne rien en retour, je me dis en “bon chrétien” : « Ça ne fait rien. Je vais donner encore ! » S’il y a de nouveau indifférence de la part de l’autre, et si je donne encore, le “verre” que je suis, situé à côté de la “carafe”, finit par se vider… Et l’on est fâché, fatigué, déçu… On a soif. On essaie alors d’absorber n’importe quel amour. On va mendier l’amour. Et si l’on n’est pas capable de mendier l’amour, on va dans un “supermarché” d’amour pour “acheter” l’amour. Comment ? En mettant un masque pour que les autres m’acceptent. Mes relations deviennent souvent un mode de “paiement” pour que l’on m’aime. S’accepter soi-même, c’est au fond très difficile… Jésus dit pourtant : « Tu aimeras ton Dieu de tout ton cœur, de toute ta force, et ton prochain COMME toi-même » (Lc 10, 27).
Vide ?
Si vous croyez être adulée uniquement parce que vous êtes la plus belle jeune fille au monde, immanquablement cette situation changera et vous ne pourrez plus “payer” cette reconnaissance. Pour reprendre l’exemple du verre et de la carafe, si l’on continue à se “donner” de cette façon, on devient comme un “verre vide”. On peut rester “vide” durant longtemps, voire pour toujours. Nous devons nous rendre compte que l’on ne peut pas avoir “assez” pour les autres (et réciproquement), que c’est même dangereux de le croire ! Avant ma relation aux autres, je dois me demander : quelle est ma relation avec le Christ ? Est-ce que je désire l’aimer « de tout mon cœur » (Lc 10, 27) ?
Nous disons vouloir être l’ami du Christ, mais nous marchons bien souvent “à côté” de lui, comme le “verre” qui se tient à côté de la “carafe”, sans nous abreuver réellement du Christ. Je peux être “tout près” de lui, vivre en “compagnonnage”, en “bon chrétien”, mais ma vie ne s’en trouve pas pour autant transformée. Pourtant Jésus dit : « Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi et qu’il boive » (Jn 7, 37). La vraie relation au Christ n’est sans doute pas d’être seulement “à côté” de lui, mais d’être EN lui. Jésus nous dit : « Demeurez en moi, comme moi en vous » (Jn 15, 4). C’est un autre type de relation, pas seulement des “messages” ou des SMS…
Bienheureuse plongée
« Demeurez en moi, comme moi en vous » (Jn 15, 4)… Qui est à l’intérieur de l’autre ? Si nous reprenons l’image du “verre”, le verre que je suis a deux solutions pour être EN Christ. Soit il se met dans la “carafe” en “flottant” à la surface de l’eau, mais il peut rester pour toujours en “flottant“, tout en restant vide. Au moindre mouvement, le “verre” que je suis s’affole, se plaint, se sent instable… Rien n’a changé. Et dans mes relations humaines, ça peut “flotter” de même. Soit le verre que je suis quitte ses sécurités, ses propres vues. Il appelle, supplie, se découvre pauvre, pécheur (comme il découvre aussi de plus en plus le péché des autres, le péché de l’homme…)
En somme, si le “verre” devient plus “modeste”, s’il se prosterne, s’il s’ouvre, s’il se penche, alors l’eau de la carafe vient le remplir, et le verre “coule” dans la carafe… Nous voyons là que le verre est DANS la carafe, mais que l’eau est DANS le verre : « Je suis EN vous et vous êtes EN moi. » Le verre est rempli, mais le Christ le recouvre. Le verre, plongé dans la carafe, devient grand de la taille du Christ, alors qu’à l’extérieur, il reste à sa taille de verre. Oui, en Christ, on devient “grand”, parce que nous vivons alors dans sa surabondance : « Je suis venu pour qu’on ait la vie et qu’on l’ait surabondante » (Jn 10, 10). Même si je donne et donne encore, je ne serai jamais vide, et je pourrai verser de ce “grand” qu’est le Christ, même à ceux qui me font du mal, volontairement ou non.
“Reverser“ le Christ
Cela suppose que je me laisse aimer prioritairement par le Christ. Que je cherche davantage à dépendre D’ABORD de son regard plutôt que de celui des autres. Pour cela, il est important que je prenne soin de mon “intérieur”, de mon intimité avec Jésus, que je prête attention aux rendez-vous qu’il me donne : c’est une détermination à renouveler chaque matin. Ainsi, même si je suis faible “à l’extérieur”, je suis fort EN Christ, protégé par lui (par les parois de la carafe), nourri par lui. Je comprendrai davantage ce que Dieu veut pour moi, pour les autres… Si d’autres personnes me donnent en retour, je le reçois comme un cadeau ; s’ils ne donnent rien, à l’instar de la Petite Thérèse, je ne veux pas m’en étonner, car je sais que c’est d’abord en Lui que je suis comblé : d’abord l’amour de Dieu puis celui des hommes.
Entretenons DANS le Christ notre relation à nous-même et aux autres. Le Christ nous abreuve tout d’abord par ses sacrements, mais prenons aussi des temps de prière personnelle, lisons la Parole de Dieu, prenons un accompagnateur spirituel, invoquons le nom de Jésus au cœur de nos activités les plus quotidiennes, au travail, à la maison, dans nos relations, prions la Vierge Marie, le “verre” par excellence qui s’est laissée remplir du Christ pour pouvoir nous le “reverser” continuellement et abreuver le Corps de Christ, son Église…




