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Marie m’a souri

(Auteurs : Propos recueillis par Fabienne Lacoste - Parution F&L n° 283 de Mai 2009)

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Nous étions mariés depuis sept ans et avions trois enfants. Nous avions acheté une magnifique maison à la campagne au cœur de la Bourgogne. Nous avions de supers amis, étions en bonne santé, les enfants étaient bien. J’étais un “business man”, je voyageais partout dans le monde, rencontrant des gens importants. Le boulot marchait bien, l’argent n’était pas un problème.

Christine a commencé à retourner à l’Église après une profonde conversion et j’y allais aussi une fois de temps en temps. Je me sentais un peu jaloux de sa relation avec Dieu et l’Église. Parfois, ça m’énervait de faire du baby-sitting et de ne pas être avec elle à faire quelque chose de sympa. J’avais l’impression que Dieu l’avait enlevée loin de moi. Il est vrai aussi que je n’aimais pas beaucoup avoir des conversations spirituelles, cela me mettait mal à l’aise.

Piège en Yougoslavie
J’avais été élevé dans la foi catholique, avec la messe du dimanche, le catéchisme, la prière en famille. J’avais été dans une école de Frères des Écoles Chrétiennes. Et pourtant, à seize ou dix-sept ans, ça ne m’intéressait pas du tout et j’envoyai tout balader.
J’avais trente-deux ans quand Christine et sa sœur piégèrent leurs maris dans un pèlerinage en Yougoslavie, à travers le Club Med. Comme si ça ne suffisait pas, elles nous traînèrent la même année à une semaine de retraite à Ars, le village de saint Jean-Marie Vianney, avec 5000 personnes. J’étais d’accord pour cette semaine de retraite, c’était une bonne façon de se reconnecter, mais je ne me sentais pas d’aller voir un prêtre et de parler. Parler à propos de quoi ? Pourquoi devrais-je parler à n’importe qui de mes questions intérieures et de ma vie spirituelle quand je pouvais parler à Dieu directement ? Je n’avais pas besoin de passer par une tierce personne.
Cette semaine de retraite s’avéra être un rassemblement charismatique ; tous ces gens souriants et montrant leur joie me tapaient particulièrement sur les nerfs. Mais bon, j’avais donné une semaine au Seigneur. J’étais venu pour Lui parler et donc je ne m’occupais pas de tout ce qui se passait ni des gens autour. Beaucoup d’entre eux faisaient du camping, mais nous restions à l’hôtel.

Je n’ai rien demandé !
La seconde soirée était une soirée de Réconciliation. J’avais les yeux fermés et j’étais en train d’essayer de prier quand j’ai commencé à trembler, je me sentais comme si j’avais mis les doigts dans une prise de 380 volts. Ça passait à travers tout mon corps par vagues successives. Je pensais : « Pas moi, pas moi, je n’ai rien demandé, je suis juste venu pour voir. Je ne veux rien faire. » Je me sentais comme Zachée, je voulais voir, mais pas être vu ; être un spectateur, pas un acteur. Je savais que quelque chose était en train de se passer !
Alors, quelqu’un vint vers moi dans ce que j’appelle une vision. Ce n’était pas Dieu, non. C’était la Vierge Marie. Elle était très jeune, très menue et très belle. Elle était à peu près à 1,50 m au-dessus du sol, comme si elle flottait, mais bien présente. Elle était dans un pré très vert, vallonné, entouré par de petits murs de pierres. La Vierge n’a pas dit un mot. Je pouvais voir ses yeux bleus et ses cheveux foncés, son visage, ses lèvres. Elle était vêtue d’une longue robe ; la couleur de la robe était très foncée, presque noire, mais pourtant extrêmement lumineuse. Ça me faisait penser à la couleur des nuages d’orage quand ils sont frappés par le coucher de soleil en été.
Elle avait un sourire très triste ; elle me regardait juste. Comme je ne savais pas quoi dire ou faire, j’avais l’impression que je devais lui présenter toute ma famille et mes amis. C’est ce que j’ai fait, un peu comme si je présentais cette longue file de personnes à ma Reine.
C’est alors qu’elle a vraiment souri, elle se retenait de rire joyeusement. Je ne sais pas pourquoi elle a ri à ce moment-là. Comme elle ne disait pas un mot, j’avais l’impression que ça voulait dire : « Je te connais et je connais toute ta famille, tous tes amis » ou « Je suis venue pour toi et seulement pour toi » ou encore « Tu es gentil, c’est trop mignon ce que tu fais » ou quelque chose comme ça. Je me sentais bien, mais timide et embarrassé. Ça a duré un bon moment et j’avais l’impression que ça pouvait durer longtemps. Elle salua tout le monde avec son gentil sourire ; je pouvais voir ses dents, ses cheveux bouger. Il y avait juste un de mes amis qu’elle n’était pas contente de rencontrer ; j’avais le sentiment qu’elle le trouvait repoussant.

Impossible d’en parler…
Sans que je puisse noter aucun changement dans l’endroit où nous étions, je perçus qu’elle me guidait vers un endroit plus haut à ma droite. Marie s’est effacée et je me suis retrouvé devant une grande lumière, rien de ce que j’ai pu voir avant, rien que je puisse vraiment décrire. Oui, c’était merveilleux, et seulement quelques années après, j’ai pu comparer ça à ce que j’avais lu des gens qui ont décrit une expérience après la vie ; le tunnel de lumière et aussi cette immense, magnifique lumière, si puissante. Je savais que j’étais en présence de la source de la Lumière et de l’Amour. J’étais en présence de Dieu. C’était si bon ! C’était là que j’avais ma place, là que je voulais passer le reste de ma vie, mon éternité. Je restais là en contemplation et je ne voulais pas bouger, ne sachant pas ce qui se passait. Tout dans ce qui m’entourait avait disparu, je ne sentais plus la présence de personne, n’entendait plus la musique ni les prières. Je pleurais de joie, mais je devais partir !
Je ne savais pas ce qui s’était passé, je ne pouvais pas en parler. Il m’a fallu une année complète avant que je puisse parler de cette expérience à ma femme et encore beaucoup d’années avant que je puisse en parler à des amis proches, puis que je puisse donner mon témoignage. La seule chose que j’avais décidée sur le moment était de revenir à ce rassemblement l’année suivante.
Le Seigneur a déversé tant de grâces sur moi après ça que je savais que c’était réel. Je commençai à dévorer les Écritures, spécialement les Actes des Apôtres (« Dès que je trouvais tes paroles, je les dévorais. Ta parole m’a réjoui, m’a rendu profondément heureux. Ton Nom a été proclamé sur moi, SEIGNEUR, Dieu des puissances. » Jr 15,13). Je ne pouvais pas m’arrêter de lire, je ne pouvais pas m’arrêter de prier. Tout était si clair. Je savais que ce que je lisais dans les Écritures était la Vérité.

Le voile s’est levé
À cette période, je ne pouvais pas voir l’hostie ou prier le Notre Père sans pleurer abondamment. Je ne pouvais pas rester écouter quelqu’un dire des ragots. Je me rappelle qu’une fois, nous quittions l’église et avons rencontré des amis. Quand ils dirent quelque chose de négatif, juste négatif, sur une autre personne, je suis parti. Je ne pouvais pas le supporter, je ne voyais plus que ce qui était bon dans les gens. Je sentais la présence de Dieu tout le temps ; je pouvais Lui parler et L’écouter, mais pas seulement Lui, aussi Marie, les Saints, tout spécialement saint Joseph.
Je n’ai jamais eu de nouveau cette vision de Marie et de cette Lumière, du moins je ne le pense pas, mais je sais que j’ai rencontré Dieu d’une façon vraiment tangible, sensible. Le voile entre le visible et l’invisible avait été levé pour un bref moment, et ma vie ne pourrait plus jamais être la même.
Quelques années plus tard, nous sommes allés en Terre Sainte et j’espérais y recevoir encore plus de grâces, de visions. Mais j’ai été très déçu. J’avais ressenti une très forte présence du Seigneur quand nous étions dans la chambre haute, où Jésus institua l’Eucharistie. Mais je voulais davantage. Cela n’est pas arrivé ; le Seigneur avait décidé qu’il était temps pour moi d’arrêter de boire du petit lait et de commencer à mâcher de la viande. Je n’ai plus de petits frissons ; je ne pleure pas quand je reçois l’Eucharistie ou que je dis le Notre Père. Je peux entendre dire du mal des gens et en dire moi-même.
Le voile s’est levé une fois et tout ce que j’ai vu ou vécu est vrai. Vivre dans la Présence du Dieu vivant, c’est notre expérience de chaque jour, Il est toujours avec chacun de nous, toujours présent, toujours intéressé, toujours attentif : « Je suis avec vous pour toujours, jusqu’à la fin des temps. » (Mt 28,20)

Christian s’occupe avec son épouse Christine de la préparation au mariage. Vous pouvez les rencontrer sur www.catholicmarriagepreponline.com