/ MIEUX LE CONNAÎTRE / Spécial Vierge Marie / La prière des “branchés”

La prière des “branchés”

(Auteurs : Cécile C.  - Parution F&L n° 213 de Janvier 2003)

COMMANDEZ VOTRE HORS-SÉRIE

« Et maintenant, nous allons prier notre deuxième chapelet de la journée : les mystères douloureux. » Pff ! mais ce n’est pas possible ! On va encore en dire un ? Cette annonce m’a vraiment agacée !

J’ai mordu sur ma chique
C’est vrai que je n’avais encore jamais prié le chapelet. J’ai pourtant été élevée dans une famille catholique pratiquante mais maman venant d’un milieu protestant, nous n’avions jamais prié le chapelet. J’ai donc mordu sur ma chique et suivi les personnes autour de moi. C’était aussi la première fois que je participais à un pèlerinage en car ! Il faut dire que Maman nous avait un peu forcé la main : « c’est le cadeau que je vous demande pour mes 50 ans ! » Que pouvions-nous faire d’autres que d’accepter ? Pourtant cela nous donnait des boutons : se retrouver dans un car et s’entendre dire à longueur de journée « Quelle belle famille ! Tous ensemble en pèlerinage ! » Rien que d’y penser, cela m’exaspérait !

Ce n’était qu’un début !
J’ai donc égrené ce chapelet… Assise dans ce fauteuil du car, j’ai mis mes préjugés sur ce style de prière de côté, écouté les mystères, les prières et essayé de “m’accrocher” en suivant la troupe ! Et finalement ce n’était pas si pénible que ça ! Le chapelet était plus rapide que prévu.
Ce n’était que le début… Car sur place, nous n’avons pas arrêté de le prier !!! Mais c’était différent. Dans le sanctuaire, tout était facile à vivre, à accueillir. Moi, je me laissais faire. Un soir, c’est même moi qui ai proposé à ma sœur de prier un chapelet. Nous nous sommes assises sur un rocher et avons commencé à prier. D’autres personnes s’étaient jointes à nous.

Marie dans ma vie
De retour dans mon appartement bruxellois, une surprise m’attendait. La Sainte Vierge m’y précédait ! J’étais ébahie ! Incroyable, je sentais sa présence si douce et intense. Je ne pouvais pas l’oublier. J’avais beau me retourner dans mon lit ou faire la cuisine, où que j’aille, elle était là. J’avais l’impression qu’elle faisait le ménage chez moi et spécialement dans les lieux où je ne le faisais jamais : derrière les radiateurs. C’était une impression extérieure de sa présence dans mon appartement mais cela n’était que le reflet de son agir dans ma vie : elle préparait le terrain pour Jésus. Je me disais « Mais c’est la Reine du Ciel et de la terre qui est chez moi ! » Que faire ? Comment la remercier ? Alors, tout simplement, j’ai pris mon chapelet. Et c’est ainsi que j’ai commencé à le prier.

Réjouis-toi
J’allumais ma petite bougie et me plaçais devant une icône en m’installant confortablement avec des coussins, alors tout changeait ! Je fermais bien vite mes yeux et mon cœur voyait ce qui restait fermé à mon regard de chair. Le ciel était là, présent. Le ciel s’ouvrait et moi je regardais tout en murmurant mes “Réjouis-toi, Marie”. Je me délectais, appréciant une paix, une joie. Chaque “Réjouis-toi” était une façon de remercier Celle qui venait chez moi. « Comment m’est-il donné que la Mère de mon Seigneur vienne jusqu’à moi ? » (Lc 1,43). Cela me permettait de me replacer devant Marie, Mère de Dieu qui se présentait à moi pour devenir ma propre Maman. À chaque "Réjouis-toi", je la saluais, je l’admirais, je l’embrassais et elle me surprenait : elle m’accueillait et se réjouissait en ma présence ! Alors que je n’avais aucun mérite et qu’elle avait elle-même fait le premier pas !

Du Chapelet à la Bible
Chaque dizaine devenait une plongée dans le vie de Jésus et de Marie. Les passages bibliques prenaient vie : cette prière toute simple me permettait de me retrouver par les yeux du cœur devant ma chaîne de télévision préférée : le Ciel ! Quelle beauté de pouvoir se tenir avec Marie et Joseph à Bethléem devant l’Enfant nouveau né ! Quelle grâce de pouvoir courir avec les bergers en présence des anges en apprenant la grande et étonnante nouvelle de la venue du Messie. Prier ces mystères avec mon chapelet me permettait ainsi de plonger dans la vie du Christ et de redécouvrir des passages Bibliques. J’avais alors le désir de mieux scruter les Écritures. Je me suis donc mise à lire la Bible, à découvrir les liens entre le Nouveau et l’Ancien Testament, à vouloir en savoir davantage. Prier le chapelet me permettait de goûter combien sa Parole est plus douce que le miel. Du chapelet à la Bible et de la Bible au chapelet, je me délectais !

Prière en Famille
Je pris donc l’habitude de prier car j’avais goûté combien la prière était une rencontre joyeuse et heureuse. Elle me donnait de plus en plus soif de Dieu, de sa vie et de ses mœurs. Pour aller au travail, dans le métro ou dans la voiture, le chapelet était pratique. Cette paix grandissait et je ne voulais pas la lâcher, donc je priais. La présence de Dieu vécue dans cette rencontre pendant cette prière m’ouvrait aussi à Sa présence aux autres moments de ma journée. Jésus, l’Emmanuel, Dieu avec nous, était aussi avec moi.
Ce pèlerinage a eu aussi des conséquences pour la famille. Le fait de le prier tous ensemble lors de ce pèlerinage, nous a donné une certaine habitude de prière familiale. Papa et maman devenaient des assidus du chapelet. Ainsi, avant de partir au travail, ils priaient les mystères joyeux, priaient durant la journée les douloureux et se retrouvaient le soir pour les mystères glorieux. Quand nous nous retrouvions chez eux, nous nous associions à leur prière. J’aimais beaucoup me laisser porter par leur prière. Ils avaient pris l’habitude d’ajouter une petite phrase correspondant au mystère récité : « Et Jésus né à Bethléem est béni… Et Jésus adoré par les bergers est béni... » Cela m’aidait à ne pas me laisser distraire par 36000 idées. Je pouvais là encore goûter à cette présence de Dieu si proche de mon quotidien. J’aimais beaucoup cette façon de prier ensemble en famille dans la simplicité. Nous pouvions prier et parfois rire en même temps car le chat venait se faire dorloter ou la voisine arrivait se demandant ce que nous pouvions trafiquer. C’était une belle manière de prier en famille car chacun ayant sa pudeur, il nous était difficile d’arriver à proposer de prier ensemble.

Chapelet M&M’s
Je me souviens avoir prié aussi en rendant visite à ma sœur. Nous nous étions décidées de prier ensemble un chapelet. Comme nous n’avions pas beaucoup de courage, nous avions décidé de prier un chapelet de “M&M’s”. À chaque “Réjouis-toi”, nous en mangions un ! Mais après deux, trois dizaines, nous n’en pouvions plus tant nous étions écœurées ! C’est ainsi que petit à petit je me suis mise à ne plus oublier mon chapelet.

Si au début, tout était facile. La prière est devenue au fil du temps plus aride. Les distractions m’empêchaient de goûter à la présence de Dieu. Ou alors je me laissais avoir par toutes sortes de choses à faire et n’arrivais plus à m’arrêter pour prier. Alors j’apprenais petit à petit à me faire violence pour dépasser mes sentiments et replonger dans les grâces reçues lors de mes premiers chapelets. Je peux dire qu’en me souvenant de ces grâces, je pouvais à nouveau les vivre ! Quand je repense à ma réaction dans ce car, je souris ! Moi qui pensais que la prière du chapelet était une prière “ringarde”, je réalise qu’au contraire c’est la prière des branchés du troisième millénaire !