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Espérer lorsqu’il n’y a plus d’espoir, c’est là l’épreuve de la foi, mais aussi la source de toutes les consolations que notre Mère dispense à ses enfants. Au cœur des épreuves les plus radicales, Marie est la mère de l’espérance.
Un rapprochement nous aidera à comprendre la signification de la présence de Marie au pied de la Croix : il s’agit de la figure d’Abraham. Cette comparaison est suggérée par l’ange Gabriel lui-même, lors de l’Annonciation, quand il dit à Marie les paroles mêmes qui furent adressées à Abraham « Rien n’est impossible à Dieu » (Gn 18, 14 ; Lc 1,37). Mais cela ressort avant tout des faits. Dieu avait promis à Abraham qu’il aurait un fils, alors qu’il avait passé l’âge de la paternité et que sa femme était stérile. Et Abraham a cru. À Marie également Dieu a annoncé qu’elle aurait un Fils, bien qu’elle n’ait pas de relation avec un homme. Et Marie a cru.
Le Fils de la promesse
Mais voici que Dieu intervient à nouveau dans la vie d’Abraham, cette fois pour lui demander de lui immoler précisément ce fils que lui-même avait donné et dont il avait dit : « C’est par Isaac que tu auras une descendance » (Gn 21,12). Et cette fois encore, Abraham crut, et il obéit. De même Dieu intervient une seconde fois dans la vie de Marie, pour lui demander de consentir, et même d’assister à l’immolation de son Fils dont il avait été dit qu’il serait grand et que son règne serait sans fin (cf. Lc 1,32-33). Et Marie obéit. Abraham monta avec Isaac sur le mont Moria et Marie monta, à la suite de Jésus, sur le Calvaire. Mais il fut demandé à Marie plus qu’à Abraham. Avec Abraham, Dieu intervint au dernier moment et lui rendit son fils vivant. Avec Marie, tel ne fut pas le cas. Elle dut aussi franchir cette limite extrême, sas retour, qu’est la mort. Elle retrouve son Fils, mais seulement après qu’on l’ait descendu de la croix.
Espérer contre toute espérance
Comme elle marchait elle aussi dans la foi et non dans la vision, Marie a espéré que le cours des événements s’inverserait d’un moment à l’autre, que l’innocence de son Fils serait reconnue. Elle a espéré devant Pilate, mais rien. Elle a espéré tout au long du trajet vers le Calvaire, mais rien. Dieu allait de l’avant. Elle a espéré jusqu’au pied de la croix, jusqu’à l’instant où fut enfoncé le premier clou. Cela ne pouvait être. Ne lui avait-on pas assuré que son Fils monterait sur le trône de la maison de David et qu’il règnerait pour toujours sur la maison de Jacob (cf. Lc 1,32-33) ? C’était donc cela le trône de David : la croix ? Oh oui, Marie a espéré contre toute espérance (Rm 4,18) ; elle a espéré en Dieu, même lorsqu’elle voyait disparaître son ultime raison humaine d’espérer.
Marie médiatrice des bénédictions
Tirons donc à présent, de cette comparaison, la conséquence qui s’impose. Si pour tout ce qu’il a fait, Abraham a mérité d’être appelé « notre père à tous » (Rm4,16), et notre père dans la foi, pourquoi hésiterions-nous à appeler Marie « Mère de l’Église » ? Dieu dit à Abraham : « Parce que tu as fait cela, que tu n’as pas refusé ton fils, ton unique, je te comblerai de bénédictions, je rendrai nombreuse ta postérité... Je te ferai père d’une multitude de nations » (Gn 17,5 ; 22,16-17). De même, mais avec beaucoup plus de force, il dit à Marie : « Parce que tu as fait cela et que tu ne m’as pas refusé ton Fils, ton Fils unique, je te comblerai de bénédictions. Je te ferai mère d’une multitude de nations ! »
Si tous les croyants de l’ensemble des confessions chrétiennes ont en commun la conviction qu’Abraham n’a pas seulement été constitué exemple et patron mais aussi cause de bénédiction » (comme l’exprime Calvin, dans son commentaire de Gn 12,3), qu’à Abraham est réservé, dans le plan salvifique de Dieu, le rôle de médiateur de bénédictions pour toutes les générations (G. von Rad), pourquoi tous les chrétiens n’accueilleraient-ils pas avec joie la conviction qu’à plus forte raison, Marie a été constituée par Dieu cause et médiatrice de bénédictions pour toutes les générations ? Pas seulement « exemple », - j’y insiste – mais aussi cause de salut pour tout le genre humain, comme la nomme précisément saint Irénée (Adversus Haereses, III, 22,4) ? Pourquoi ne pas partager la conviction que ce n’est pas seulement à Jean mais à tous les disciples qu’est adressée la parole du Christ mourant : « Voici ta mère » (Jn 19, 27) ?
Au pied de la croix, - dit le Concile – Marie est devenue pour nous « mère dans l’ordre de la grâce » (Lumen Gentium, 61).
C’est pourquoi, comme les Israélites, au moment de l’épreuve, se tournaient vers Dieu en disant : « Souviens-toi d’Abraham, notre père ! » (Ex 32,13 ; Dt 9,27 ; Tb 4,12), nous pouvons maintenant nous tourner vers lui, en disant : « Souviens-toi de Marie notre Mère ! » et comme ceux-ci disaient : « Ne retire pas de nous ta miséricorde, pour l’amour d’Abraham, ton ami » (Dn 3,35), nous pouvons lui dire : « Ne retire pas de nous ta miséricorde, pour l’amour de Marie, ton amie ! »
Souviens-toi de la foi de Marie
Il arrive un moment dans la vie où nous avons besoin d’une foi et d’une espérance comme celles de Marie. C’est quand Dieu semble ne plus écouter nos prières, quand on dirait qu’il se dédit et qu’il ne tient pas ses promesses, quand il nous mène d’échec en échec, lorsqu’il nous laisse nous débattre dans notre échec et que les puissances des ténèbres semblent triompher sur tous les fronts ; lorsque, comme le dit un psaume, il semble « avoir, dans sa colère, fermé son cœur et oublié sa miséricorde » (Ps 77,10). Quand cette heure arrive pour toi, souviens-toi de la foi de Marie et crie : « Mon Père, je ne te comprends plus, mais je te fais confiance ! »
Peut-être Dieu cherche-t-il justement quelqu’un qui lui sacrifie, comme Abraham, son « Isaac », c’est-à-dire, l’être, ou la chose, ou le projet, ou la fondation, ou le poste qui lui sont chers, que Dieu lui a confiés, un jour, et pour lesquels il a travaillé toute sa vie. C’est là l’occasion que Dieu t’offre pour que tu lui montres qu’il t’est plus cher que tout, et plus que ses dons, et plus que le travail que tu accomplis pour lui. Dieu a mis Marie à l’épreuve sur le calvaire « pour voir ce qu’elle avait dans le cœur », et dans le cœur de Marie est resté intact, et même plus fort que jamais, le « oui » et le « me voici » du jour de l’Annonciation. Puisse-t-il en ces moments-là trouver également notre cœur prêt à lui dire « oui » et « me voici » !
Le rendez-vous au pied de la croix
Sur le Calvaire, Marie s’est unie à son fils dans l’adoration de la sainte volonté du Père. En cela elle a réalisé, à la perfection, sa vocation de figure de l’Église. Maintenant elle est là et nous attend. On a dit du Christ qu’il « est en agonie jusqu’à la fin du monde et qu’il ne faut pas le laisser seul durant ce temps-là » (B. Pascal).
Et si le Christ est en agonie et sur la croix jusqu’à la fin du monde, de manière incompréhensible pour nous mais véritable, où donc peut bien être Marie, durant ce temps-là, si ce n’est avec lui « au pied de la croix » ? Là, elle invite les âmes généreuses et leur donne rendez-vous, pour qu’elles s’unissent à elles dans l’adoration de la sainte volonté du Père. L’adorer sans la comprendre. Il ne faut pas laisser Marie seule durant ce temps-là. Elle sait qu’il n’y a absolument rien de plus important, de plus beau, de plus digne de Dieu, que nous puissions faire dans la vie, au moins une fois avant de mourir.




