Marie était là

(Auteur : Raymond Halter - Parution F&L n° 228 de Mai 2004)

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Raymond Halter, prêtre marianiste a pris chez lui Marie : toute sa vie en a été revivifiée. Il a développé au sanctuaire marial d’Abidjan un immense apostolat dont le cœur est la consécration à Marie, chemin de sainteté. Il nous donne ici son témoignage qui rejoindra tous ceux qui passent par l’épreuve.

La souffrance de Marie a été grande et nous avons du mal même à l’imaginer. Rappelons-nous cette parole des Lamentations : « Ô vous qui passez par ce chemin, voyez s’il y a une douleur plus grande que la mienne ». (Lm 1,12) Marie n’est pas simplement celle qui nous aide à vivre la louange, la joie, à la suite du Christ, sur un chemin qui mène à la perfection de l’amour. Elle est aussi celle qui vint nous aider dans nos périodes de grandes souffrances. Elle est même celle qui nous apprend à souffrir.

Temps de souffrance
Lors d’une mission que j’accomplissais au Zaïre, j’ai eu un accident et j’ai dû subir une grave opération au fémur. Or, la première opération a été ratée et, un mois plus tard, il a fallu recommencer d’une autre manière. J’avais supporté avec beaucoup de force la première opération. La seconde en revanche, m’a vraiment mis dans une situation très grave, très douloureuse, d’où il m’a fallu très longtemps pour remonter. Et non seulement cela, mais pendant des mois, des années, j’ai enduré des souffrances intolérables. De temps en temps, on me donnait des cachets pour les atténuer. Mais les problèmes qui peuvent naître de la douleur ne disparaissaient pas pour autant...

Elle était là !
Je peux dire que c’est vraiment la contemplation de Marie au pied de la Croix , Marie l’innocente souffrant avec son Fils pour la Rédemption du monde, qui m’a beaucoup aidé tout au long de ce temps de souffrance et par la suite, de rééducation. Car il a fallu que je réapprenne à marcher, pas après pas, avant de pouvoir quitter mes béquilles et retrouver un peu plus de liberté dans mes déplacements.
Or Marie était là, jour après jour. Elle m’apprenait à unir mes souffrances aux siennes. C’est elle qui m’a appris cette grande patience qui faisait que je pouvais accueillir avec le sourire les personnes qui venaient me voir ; qui me faisait oublier ma propre souffrance pour être totalement présent à ces personnes : parce que je suis prêtre, tout en me rendant visite, elles venaient aussi me confier leur détresse et leur situation parfois très compliquée, voire insoluble.

Marie m’apprend à souffrir
Marie a donc été pour moi, à ce moment-là, un miroir de patience, et c’est en elle que j’ai appris à rester ouvert aux autres. Car la souffrance a ceci de particulier qu’elle tend à refermer la personne sur elle-même, sur ses égoïsmes, sur tout ce qui l’intéresse. La souffrance cherche à mettre au service de la personne qui souffre toutes les autres personnes qui sont autour d’elle. Aussi Marie, dans cette patience quotidienne qu’elle venait m’enseigner, m’apprenait-elle à ne pas regarder moi-même, mais à rester présent, ouvert à ceux qui étaient autour de moi.

Aucune souffrance n’est perdue
C’est avec Marie qu’on peut le mieux découvrir, mystérieusement, le sens de la souffrance. C’est le deuxième aspect de ce que Marie m’apportait à ce moment-là : je voyais que, dans sa propre souffrance, ce n’est pas elle qu’elle regardait. Sa souffrance prenait tout son sens parce qu’elle était unie à la souffrance du Christ.
Une souffrance laissée à elle-même, une souffrance sauvage, peut devenir destructrice, amener la personne à s’enfermer tellement en elle-même qu’elle devient incapable d’agir. La personne qui souffre se replie sur elle-même, sur ce qu’elle ressent. Or, Marie au pied de la Croix, avec toute l’intensité de sa souffrance, ne pense pas à elle. Elle unit sa souffrance à celle de son Fils pour que s’accomplisse la Rédemption du Christ.
Je dirais même que cela va plus loin : Marie au pied de la Croix, en souffrant avec le Christ, souffre de la souffrance du Christ. Et elle nous apprend à considérer notre souffrance non pas comme la nôtre à nous, mais comme la souffrance même du Christ qui, comme le dit saint Paul, se continue en chacun de nous pour son Corps qui est l’Église (Col 1,24), pour ce monde dans lequel nous vivons, pour nous faire participer à sa conversion et à sa Rédemption.
Marie m’a ainsi appris la valeur de la souffrance. Cette souffrance qui sert de monnaie chaque jour pour payer la conversion des âmes. Aucune ne doit être perdue. Chacune doit être unie à celle du Christ. Et alors la souffrance, au lieu d’être destructrice, devient une souffrance féconde, la souffrance qui met au monde. Elle devient source de vie, non seulement pour notre propre progrès spirituel, mais aussi pour tous les fruits qu’elle porte autour d’elle pour la conversion de nombreuses personnes que l’on ne connaît même pas.
C’est la souffrance qui est rédemptrice. Les guérisons, les délivrances – et j’en ai vu beaucoup - ne conduisent pas nécessairement à la conversion. C’est la souffrance qui, unie à celle du Christ, possède une véritable fécondité et qui transforme en profondeur ce monde dans lequel nous sommes.