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Jésus et Marie un seul cœur !

(Auteur : Raniero Cantalamessa - Parution F&L n° 228 de Mai 2004)

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Accueillir la souffrance, la laisser envahir notre être tout entier, en rejoignant Jésus et Marie à la Croix, c’est participer à la louange suprême, à la glorification du Christ, c’est alors que la souffrance devient joie.

« Près de la croix de Jésus se tenaient sa mère... Jésus donc voyant sa mère et près d’elle le disciple qu’il aimait, dit à sa mère : « Femme voici ton Fils ! » puis il dit au disciple : « Voici ta mère. » Dès cette heure là, le disciple l’accueillit dans sa maison. » (Jn 19,25-27)
Si Marie était près de la croix de Jésus sur le Calvaire, cela veut dire qu’elle était à Jérusalem ces jours-là et, si elle était à Jérusalem, cela veut dire qu’elle a tout vu. Elle a été témoin de la Passion de son Fils, et du cri : Barabbas, Barabbas ! et de l’Ecce Homo ! Elle a vu son Fils exhibé au dehors, flagellé, couronné d’épines, couvert de crachats ; elle a vu son corps dénudé tressaillir sur la croix sous le frisson de la mort. Elle a vu les soldats se partager ses vêtements et tirer au sort cette tunique qu’elle avait probablement tissée elle-même avec tant d’amour. Elle a bu, elle aussi, la coupe amère, elle l’a bue jusqu’à la lie. Et comme elles lui conviennent ces paroles prononcées, dans sa désolation, par l’antique fille de Sion : « Vous tous qui passez par le chemin, regardez et voyez s’il est une douleur pareille à la mienne ! » (Lm1,12)

Dernier regard
En se tenant « debout » au pied de la croix, la tête de Marie était à la hauteur de celle de son Fils qui était penchée. Leurs regards se rencontraient. Quand il lui dit : « Femme voici ton fils », Jésus regardait en direction de celle qu’il n’éprouva pas le besoin de nommer pour l’identifier au milieu des autres femmes. Qui pourra jamais pénétrer le mystère de ce regard entre mère et fils en un tel moment ? Une joie terriblement souffrante passait de l’un à l’autre, comme l’eau dans des vases communicants, et cette joie découlait du fait qu’ils n’opposaient plus désormais de résistance à la douleur, qu’ils étaient sans aucune défense face à la souffrance, qu’ils se laissaient librement inonder par elle. À la lutte avait succédé la paix. Ils ne faisaient plus qu’un avec la douleur et le péché du monde entier. Jésus en sa personne d’abord, comme « victime expiatoire pour les péchés du monde entier » (1 Jn 2,2), Marie, indirectement, par son union charnelle et spirituelle avec son Fils.

Là tout homme est né
La dernière chose que fit Jésus, avant de s’enfoncer dans les ténèbres de l’agonie et de la mort, fut d’adorer amoureusement la volonté de son Père. Marie le suivit dans la même voie : elle aussi se mit à adorer la volonté du Père avant que ne descende en son cœur une terrible solitude et que les ténèbres règnent en elle, comme elles s’étendaient « sur toute la surface de la terre » (Mt 27,45). Et cette solitude et cette adoration restèrent rivées là, au centre de sa vie, jusqu’à sa mort, jusqu’à ce qu’advienne, pour elle aussi,  l’heure de la résurrection.
Un psaume appliqué à Marie par la liturgie dit ceci : « Tel ou tel est né, ici ou là... Et de Sion on dira : Tel ou tel est né en elle... On écrira dans le livre des peuples : « Là, celui-ci est né. » (Ps 87,4-6) C’est vrai ; nous sommes tous nés là ; on dira à Marie, la nouvelle Sion, tel ou tel est né en elle. Dans le livre de Dieu, il est écrit de moi, de toi, de chacun, même de celui qui ne le sait pas encore : « Là celui-ci est né ! »