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Avec Marie contempler le Christ

(Lettre apostolique de Jean Paul II (ch. 1er) - Parution F&L n° 217 de Mai 2003)

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Fixer les yeux sur le visage du Christ (...) jusqu'à en percevoir la splendeur divine (...) tel est le devoir de tout disciple du Christ. Le pape invite tous les chrétiens du monde entier à cette contemplation, par la « petite voie mariale » du Rosaire qui nous conduit à Jésus et par lui au Père.

La contemplation du Christ trouve en Marie son modèle indépassable. Le visage du Fils lui appartient à un titre spécial. C'est dans son sein qu'il s'est formé, prenant aussi d'elle une ressemblance humaine qui évoque une intimité spirituelle assurément encore plus grande.

Le regard de Marie
Personne ne s'est adonné à la contemplation du visage du Christ avec autant d'assiduité que Marie. Déjà à l'Annonciation, lorsqu'elle conçoit du Saint-Esprit, les yeux de son cœur se concentrent en quelque sorte sur lui ; au cours des mois qui suivent, elle commence à ressentir sa présence et à en pressentir la physionomie. Lorsque enfin elle lui donne naissance à Bethléem, ses yeux de chair se portent aussi tendrement sur le visage de son Fils tandis qu'elle l'enveloppe de langes et le couche dans une crèche (cf. Lc 2, 7).
À partir de ce moment-là, son regard, toujours riche d'un étonnement d'adoration, ne se détachera plus de lui. Ce sera parfois un regard interrogatif, comme dans l'épisode de sa perte au temple: " Mon enfant, pourquoi nous as-tu fait cela? " (Lc 2, 48); ce sera dans tous les cas un regard pénétrant, capable de lire dans l'intimité de Jésus, jusqu'à en percevoir les sentiments cachés et à en deviner les choix, comme à Cana (cf.Jn 2, 5) ; en d'autres occasions, ce sera un regard douloureux, surtout au pied de la croix, où il s'agira encore, d'une certaine manière, du regard d'une "femme qui accouche", puisque Marie ne se limitera pas à partager la passion et la mort du Fils unique, mais qu'elle accueillera dans le disciple bien-aimé un nouveau fils qui lui sera confié (cf. Jn 19, 26-27) ; au matin de Pâques, ce sera un regard radieux en raison de la joie de la résurrection et, enfin, un regard ardent lié à l'effusion de l'Esprit au jour de la Pentecôte (cf.Ac 1, 14).

Les souvenirs de Marie
11. Marie vit en gardant les yeux fixés sur le Christ et chacune de ses paroles devient pour elle un trésor : « Elle retenait tous ces événements et les méditait dans son cœur » (Lc 2, 19; cf. 2, 51). Les souvenirs de Jésus, imprimés dans son esprit l'ont accompagnée en toute circonstance, l'amenant à parcourir à nouveau, en pensée, les différents moments de sa vie aux côtés de son Fils. Ce sont ces souvenirs qui, en un sens, ont constitué le "Rosaire" qu'elle a constamment récité au long des jours de sa vie terrestre.
Et maintenant encore, parmi les chants de joie de la Jérusalem céleste, les motifs de son action de grâce et de sa louange demeurent inchangés. Ce sont eux qui inspirent son attention maternelle envers l'Église en pèlerinage, dans laquelle elle continue à développer la trame de son « récit » d'évangélisatrice. Marie propose sans cesse aux croyants les « mystères » de son Fils, avec le désir qu'ils soient contemplés afin qu'ils puissent libérer toute leur force salvifique. Lorsqu'elle récite le Rosaire, la communauté chrétienne se met en syntonie avec le souvenir et avec le regard de Marie.
Le rosaire, pour garder toute sa richesse, rappelle le Pape, doit garder son caractère contemplatif sans lequel il deviendrait « rabâchage ». Quand nous disons le Rosaire, avec Marie « nous faisons mémoire ». « Faire mémoire » dans une attitude de foi et d'amour signifie s'ouvrir à la grâce que le Christ nous a obtenue par ses mystères de vie, de mort et de résurrection... Cette actualisation se réalise en particulier dans la liturgie.
Mais Jean-paul II précise que la vie chrétienne ne se limite pas à la liturgie, elle est aussi fréquentation de Dieu « dans le secret », qui tend à la prière incessante.
Le Rosaire se situe dans ce panorama multicolore de la prière « incessante ».

À l’école de Marie
 Cette contemplation « avec la Vierge » nous conduit à découvrir le « maître » et à nous conformer à lui.
S'il est vrai que, du point de vue divin, l'Esprit est le Maître intérieur qui nous conduit à la vérité tout entière sur le Christ (cf Jn 14, 26; 15, 26; 16, 13), parmi les êtres humains, nul autre que sa Mère ne peut nous faire entrer dans une profonde connaissance de son mystère.
Marie ouvre les yeux de notre cœur pour lire le Christ, pour en pénétrer les secrets, pour en comprendre le message. Elle nous obtient les dons de l’Esprit Saint et nous donne l’exemple du « pèlerinage dans la foi » dont elle est le maître incomparable.
À l’école du Rosaire, nous fréquentons le Christ d’une façon amicale en compagnie de Marie. Elle nous fait entrer de manière naturelle dans la vie du Christ et pour ainsi dire "respirer" ses sentiments. Et nous finirons par lui ressembler comme il en advient de deux amis. Ainsi Marie Mère de l’Église continue par le Rosaire à engendrer des fils, configurés au Christ. Elle est l'icône parfaite de la maternité de l'Église.
Le Rosaire est un moyen privilégié de devenir les fils de Dieu que nous sommes devenus par le baptême…
Et citant Saint Louis Marie Grignion de Montfort : « Marie étant de toutes les créatures la plus conforme à Jésus Christ, il s'ensuit que, de toutes les dévotions, celle qui consacre et conforme le plus une âme à Notre-Seigneur est la dévotion à la Très Sainte Vierge. »
L’avant dernier point abordé dans ce premier chapitre de la lettre apostolique insiste sur la médiation de Marie.
Par son intercession maternelle, Marie intervient pour soutenir la prière que le Christ et l'Esprit font jaillir de notre cœur. « La prière de l'Église est comme portée par la prière de Marie. »
Elle est « toute puissante par grâce », disait le bienheureux Bartolo Longo. Dans le Rosaire, tandis que nous la supplions, Marie, Sanctuaire de l'Esprit Saint (cf.Lc 1, 35), se tient pour nous devant le Père, qui l'a comblée de grâce, et devant le Fils, qu'elle a mis au monde, priant avec nous et pour nous.