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Quelle est la différence entre le mythe de Narcisse, connu pour s’aimer lui-même intensément, et la phrase chrétienne qui dit "Aimer son prochain comme soi-même", qui semble être une règle d’or de la vie du chrétien ? Thierry
Votre question est judicieuse, car au-delà d’une apparente accointance, vous évoquez en fin de compte deux genres de rapport à soi complètement opposés.
L’histoire de Narcisse trouve son origine dans la mythologie grecque. Fils du dieu fleuve Cephyse et de la nymphe Liriope, en grandissant, Narcisse devint très beau et avait fier caractère, repoussant ainsi plusieurs prétendantes. Un jour, alors qu’il s’abreuve à une source, il voit le reflet de son visage dans l’eau et en tombe amoureux. Il resta longtemps ainsi, se contemplant et gémissant de ne pouvoir atteindre sa propre image. Il y resta si longtemps qu’il dépérit et vint à mourir. C’est ce « trop d’amour de soi » que l’on appelle aujourd’hui une attitude narcissique.
« Aimer son prochain comme soi-même » est tiré de l’Évangile (par ex., Mc 12, 31). Tout chrétien connaît ce verset, mais… le vit-il dans le bon sens ? Souvent, nous n’en retenons qu’une partie : aime ton prochain. C’est oublier que tout amour vrai du prochain s’ancre d’abord dans un amour vrai de soi. On ne peut laisser l’amour déborder vers les autres s’il n’est pas réellement présent pour soi-même d’abord.
Alors quelle différence ? On pourrait presque dire que le chrétien est un Narcisse qui n’a pas oublié de quitter la source dans laquelle il a appris à s’aimer ; un Narcisse qui ne s’est pas renfermé sur son propre ego, un Narcisse qui ne s’est pas laissé étouffer par sa propre image, mais a su trouver vie et souffle en se détournant de soi pour aller vers le prochain, vers les autres, et leur annoncer qu’aux yeux du Créateur, tout être humain mérite d’être aimé d’un amour unique.


