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« Le jour de la Pentecôte étant arrivé, ils se trouvaient tous ensemble dans un même lieu. »
(Ac 2,1)
Est-ce un hasard si l’effusion de l’Esprit Saint sur les apôtres a eu lieu lors de la fête biblique de Shavouoth (« semaines »), dont le nom grec hémêra tes pentecostés (« jour des cinquante » [après la Pâque]) (on trouve aussi ce nom dans Tb 2,1 ; 2 M 12,32 ; Ac 20,16 ; 1 Co 16,8.) a donné « Pentecôte » ? Ou bien y a-t-il, au-delà d’une coïncidence chronologique, des liens de continuité qui nous aident à comprendre le récit ?
Dans la tradition rabbinique, cette fête agricole de la Moisson (Ex 23,16), jour des prémices (Nb 28,26), devenait le « temps du don de la Torah » (L’expression se trouve dans la liturgie de la fête), et ce sont les événements décrits dans l’Exode (19 et 20) que l’on commémore. La Pentecôte de l´Église peut être comprise comme un temps de moisson des premiers fruits de la Pâque, et en même temps comme le don de la loi de l’Esprit.
Ceci est souligné par des phénomènes météorologiques semblables (cf. Ac 2,2 et Ex 19,16 ; 20,18), et surtout par « des langues de feu qui se partageaient » (Ac 2,3). Au Sinaï comme au mont Sion, « le Seigneur était descendu dans le feu » (Ex 19,18), mais d’ou viennent les langues ?
Le texte hébreu de Ex 20,18 dit textuellement : « Tout le peuple vit les voix. » Comment peut-on voir des voix ? – Naturellement, sous forme de langues. Et pourquoi le pluriel, lorsqu’il s’agit de la voix du Dieu unique ? Ceci est expliqué par le Midrash : « R. Yochanan dit : La voix s’est divisée en 70 voix, 70 langues, afin que tous les peuples puissent l’écouter, chacun dans sa langue » (Midrash Exode Rabbah 5,9 commentant Ex 4,27. Au sein même du peuple hébreu, il y aurait eu aussi des distinctions : « Viens et vois comment la voix atteignit les Israélites. Chacun [la reçut] selon sa force, les anciens selon leur force, les jeunes, les nourrissons, et même Moïse, comme il est écrit : Moïse parla, et Dieu lui répondit par une voix (Ex 19,19) – par une voix qu’il pouvait supporter. C’est pourquoi l’Écriture dit : Voix du Seigneur dans la force (Ps 29,4) – pas dans sa force, mais selon la force de chacun. »).
La mention des 70 peuples au Sinaï, appuyée par la remarque qu’une « foule mêlée monta avec eux » (Ex 12,38) essaye de répondre à la question : « Pourquoi avons-nous reçu la Torah, et non pas les autres nations ? » On en conclut qu’elle avait été proposée à tous les peuples, puisqu’elle avait été donnée dans le no man’s land du désert, et non pas sur la terre d’Israël. Par contre, « les hommes dévots de toutes les nations qui sont sous le ciel » (Ac 2,5), qui se trouvaient à Jérusalem pour écouter la prédication de saint Pierre, étaient en large majorité des Juifs de la diaspora venus en pèlerinage pour la fête de Shavouoth.



