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Un bain d’espérance

(Auteur: Michel Remaud - Parution F&L n° 277 de Novembre 2008)

Michel Remaud
Michel Remaud est prêtre de la congrégation des Fils de Marie Immaculée. Il vit depuis 1979 en Israël. Il dirige l’Institut Albert Decourtray et est l’auteur de plusieurs livres dont :
À cause des Pères, Louvain, Peeters, 1997.
Évangile et Tradition rabbinique, Bruxelles, Lessius, 2003.
L'Église au pied du Mur. Juifs et chrétiens, du mépris à la reconnaissance, Paris, Bayard 2007

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«Quiconque a en lui cette espérance se rend pur, comme celui-là est pur.»1 Jn 3, 3

On lit en Jérémie : « Le Seigneur est l’espérance d’Israël » (Jr 17,13). La Bible connaît deux mots issus de la même racine hébraïque pour désigner l’espérance : tiqva et miqvé. Le second de ces deux termes, qui est employé dans ce verset, comme d’ailleurs en Jérémie 14,8, peut désigner aussi un réservoir d’eau, comme par exemple en Exode 7,19 ou en Lévitique 11,36. Il en est venu assez tôt à désigner dans le judaïsme la piscine où l’on doit se plonger pour les bains rituels de purification, et c’est dans ce sens de bain rituel qu’il est employé aujourd’hui encore. Lire que le Seigneur est le miqvé d’Israël ne pouvait qu’encourager à entendre le mot dans le second de ces deux sens, pour enrichir l’interprétation du verset : Dieu est le bain dans lequel on doit se plonger pour se purifier.
Le Talmud rapporte à ce sujet une interprétation d’un des grands maîtres juifs du second siècle, Rabbi Aqiva : « Comme le bain purifie ceux qui sont impurs, ainsi, le Saint – béni soit-il ! – purifie Israël. » Et un midrash poursuit en développant cette image : si Dieu lui-même est le bain rituel, qui doit aller vers qui ? « Lequel doit aller auquel ? Le bain [doit-il aller] à celui qui est impur, ou celui qui est impur [doit-il aller] au bain ? C’est celui qui est impur qui doit s’y rendre, y descendre et s’y plonger. De même, le Saint – béni soit-il ! – purifie Israël. » Celui qui est impur doit donc oser se plonger en Dieu comme on se plonge dans la piscine. Espérance d’Israël, Dieu est aussi le bain qui le purifie.
Dans sa première épître, saint Jean exprime d’une autre manière ce caractère purificateur de l’espérance : « Mes bien-aimés, dès maintenant nous sommes enfants de Dieu, et ce que nous serons n’a pas encore été manifesté. Nous savons que lorsqu’il paraîtra, nous lui serons semblables, parce que nous le verrons tel qu’il est. Quiconque a en lui cette espérance se rend pur, comme celui-là est pur » (1 Jn 3,2-3). « Celui-là » étant Jésus lui-même, que la première épître de Jean évite en général de nommer – celui qui est notre espérance et dont l’attente nous purifie.