Michel Remaud
Michel Remaud est prêtre de la congrégation des Fils de Marie Immaculée. Il vit depuis 1979 en Israël. Il dirige l’Institut Albert Decourtray et est l’auteur de plusieurs livres dont :
À cause des Pères, Louvain, Peeters, 1997.
Évangile et Tradition rabbinique, Bruxelles, Lessius, 2003.
L'Église au pied du Mur. Juifs et chrétiens, du mépris à la reconnaissance, Paris, Bayard 2007.
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« Il est plus facile à un chameau de passer par un trou d’aiguille qu’à un riche d’entrer dans le Royaume des cieux. » (Mt 19, 24 et Mc 10, 25)
On lit dans l’évangile de Matthieu et dans celui de Marc : « Il est plus facile à un chameau de passer par un trou d’aiguille qu’à un riche d’entrer dans le Royaume des cieux. » (Mt 19,24 ; Mc 10,25) La disproportion entre le trou de l’aiguille et la taille du chameau est telle que les commentateurs reculent parfois devant l’interprétation littérale de ce verset, et proposent des solutions plus ou moins ingénieuses pour atténuer le paradoxe. Certains suggèrent de lire «câble» au lieu de « chameau », ce qui ne résout que très partiellement le problème ! D’autres pensent que l’aiguille dont il est question ici désignerait une porte basse, ou un défilé dans un passage rocheux, ainsi nommés à cause de leur étroitesse, au point qu’il aurait fallu décharger les chameaux pour les y faire passer.
Or, cette comparaison du trou d’aiguille est bien connue de la tradition rabbinique, soit qu’il s’agisse du chas de l’aiguille, par lequel on fait passer le fil, soit plutôt du trou fait par la pointe de l’aiguille. La leçon de la parabole est différente de ce qu’elle est dans l’Évangile, mais le rapprochement s’impose quand même. Il s’agit d’un commentaire sur le verset du Cantique des Cantiques : « Ouvre-moi… » (Ct 5,2), que l’on retrouve, avec des variantes, dans d’autres passages de la littérature rabbinique : « Le Saint, béni soit-il, dit à Israël : "Mes fils, ouvrez-moi une porte de repentance comme un trou d’aiguille, et moi, je l’élargirai pour y faire passer des charrettes." » Une variante parle même d’y faire passer une armée avec tout son équipement. Entre le trou d’aiguille et le chameau, la différence est encore moins grande qu’entre la part de bonne volonté, même infime, qui est requise de l’homme et la puissance de Dieu qui peut faire le reste.
C’est bien ce contraste entre la puissance de l’homme et celle de Dieu qui est évoqué dans le passage d’Évangile, comme en témoignent la réaction des disciples et la réponse de Jésus : « Qui donc peut être sauvé ? » (Mt 19,25) Personne, répond Jésus, qu’il soit riche ou pauvre, ne peut se sauver par ses propres moyens, aussi grands soient-ils. « Aux hommes, c’est impossible, mais à Dieu, tout est possible. » (Mt 19,26)… pourvu que nous acceptions de lui ouvrir une petite porte de bonne volonté, même de la taille d’un trou d’aiguille.




