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Paix à ceux qui sont loin

(Auteur: Michel Remaud - Parution F&L n° 288 de Novembre 2009)

Michel Remaud
Michel Remaud est prêtre de la congrégation des Fils de Marie Immaculée. Il vit depuis 1979 en Israël. Il dirige l’Institut Albert Decourtray et est l’auteur de plusieurs livres dont :
À cause des Pères, Louvain, Peeters, 1997.
Évangile et Tradition rabbinique, Bruxelles, Lessius, 2003.
L'Église au pied du Mur. Juifs et chrétiens, du mépris à la reconnaissance, Paris, Bayard 2007.

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« Il y aura plus de joie dans le ciel pour un seul pécheur qui se repent, que pour quatre-vingt-dix-neuf justes qui n'ont pas besoin de repentance. » (Lc 15, 7) Cette conclusion bien connue de la parabole de la brebis perdue n’est pas sans échos dans la tradition juive, qui ne manque jamais de souligner le prix d’une vie humaine et la grandeur du repentir. Témoin, entre autres, ce commentaire où la subtilité de l’exégèse est mise au service de la théologie et de la foi dans l’amour de Dieu pour chaque pécheur.
On lit dans le prophète Isaïe : « J’ai vu sa conduite, mais je le guérirai, je le conduirai, je lui prodiguerai le réconfort à lui et à ceux qui sont dans le deuil, faisant naître la louange sur leurs lèvres : ‘Paix ! Paix à qui est loin et à qui est proche, dit le Seigneur. Et je le guérirai’. » (Is 57, 19)
Le commentaire rabbinique s’attache ici à l’ordre des mots de la phrase, pour souligner que ceux qui sont loin sont évoqués avant ceux qui sont proches, et pour en conclure que ceux qui sont éloignés sont les premiers destinataires de la paix : « Le Saint, béni soit-il, rend proches ceux qui sont éloignés et soutient ceux qui sont loin autant que ceux qui sont proches. Mieux : il accorde la paix à ceux qui sont loin avant de l’accorder à ceux qui sont proches, comme il est dit : « Paix, paix à celui qui est loin et à celui qui est proche. » (Is 57, 19)
Ajoutons que le vocabulaire hébreu donne lieu à une variante qui nous rapproche encore du texte de Luc, puisque le verbe qui est traduit ici par « soutient » (samakh) est très proche de celui qui signifie « se réjouit » (samah). On pourrait donc lire que le Saint, béni soit-il, « se réjouit » pour ceux qui sont loin autant que pour ceux qui sont proches.
Saint Paul reprendra le même verset d’Isaïe dans son épître aux Éphésiens : « Il est venu annoncer la paix à vous qui étiez loin, et la paix à ceux qui étaient proches. » (Eph 2,17) Pour notre Père qui est aux cieux, ceux qui “reviennent de loin” sont toujours prioritaires.