Michel Remaud
Michel Remaud est prêtre de la congrégation des Fils de Marie Immaculée. Il vit depuis 1979 en Israël. Il dirige l’Institut Albert Decourtray et est l’auteur de plusieurs livres dont :
À cause des Pères, Louvain, Peeters, 1997.
Évangile et Tradition rabbinique, Bruxelles, Lessius, 2003.
L'Église au pied du Mur. Juifs et chrétiens, du mépris à la reconnaissance, Paris, Bayard 2007.
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« Jésus vint vers eux en marchant sur la mer. »Matthieu 14,25
Les évangiles de Matthieu (14,22-27), Marc (6,45-52) et Jean (6,16-21) racontent comment Jésus, après avoir nourri la foule dans le désert, marche sur l’eau pour rejoindre ses disciples, qui ont entrepris dans leur barque la traversée du lac La littérature juive ancienne rapporte une tradition qui peut être rapprochée de cette scène. Il s’agit d’un commentaire sur un verset de psaume : « Même si les grandes eaux débordent, elles ne l’atteignent pas. » (Ps 32,6)
Dieu, nous dit cette tradition, aurait pris Jacob et l’aurait placé sur la mer, pour lui faire connaître à l’avance le miracle qu’il ferait plus tard pour ses fils : « Le Saint – béni soit-il ! – prit les pieds de notre père Jacob et les plaça sur l’eau. Il lui dit : "Vois les signes que je fais pour tes fils, comme il est écrit : Lorsqu’Israël sortit d’Égypte…" (Ps 114,1). » Le commentaire joue ici sur le fait que le nom d’Israël désigne à la fois le patriarche Jacob et le peuple qui est issu de lui, et le texte poursuit par cette précision : « Quand Israël sortit d’Égypte : il s’agit d’Israël l’ancêtre. » Dieu veut ainsi montrer à Jacob que ses fils, quand ils quitteront l’Égypte, ne seront pas engloutis par les eaux de la Mer Rouge.
Un autre rabbi renchérit en disant que le même miracle s’est produit, non seulement pour Jacob, mais aussi pour Abraham et Isaac : « Il plaça aussi les pieds des pères (les patriarches) sur la mer, comme il est dit : "Pour leurs pères, il a fait le miracle." (Ps 78,12) » L’usage de ce verset s’explique par la suite : « Il fendit la mer et les y fit passer. » Le commentaire applique ici très librement aux patriarches ce que le psaume dit du peuple d’Israël lors de la sortie d’Égypte. Un adage rabbinique dit que ce qui advient aux pères est signe pour les fils. En prenant les patriarches pour les faire se tenir sur l’eau, Dieu veut leur montrer que rien ne pourra engloutir leur descendance.
En marchant sur l’eau, Jésus donne le même signe à ses disciples et conforte leur foi. La mort, qui n’a pu l’engloutir, ne pourra pas davantage les submerger, même si la mer est agitée.




